Voilà un article du Prix Nobel d’économie de 2008 Paul Krugman pour la RTBF info que vous ne lirez peut-être jamais dans la presse française. C’est donc une tribune à lire avec la plus grande attention, car hormis Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Jacques Rosa, Jacques Sapir, gerard Lafay ou feu Maurice Allais, personne en France n’ose tenir ce discours. On aimerait d’ailleurs que François Lenglet le petit télégraphiste de l’UMP/PS si sourcilleux sur les mesures techniques du programme de ses invités dans le cadre de l’émission “Des paroles et des actes” prenne deux minutes pour lire un prix Nobel… peut-être qu’il gagnerait en courage et que sa duplicité ne serait plus qu’un mauvais souvenir.
( Attention: Quand Paul Krugman parle de républicain, ce sont ceux que l’on désigne comme étant des libéraux en France)
la création de l’euro a engendré un faux sentiment de sécurité parmi les investisseurs privés, libérant de gigantesques mouvements de capitaux non durables dans les pays émergents de l’Europe. En conséquence de ces mouvements, les coûts et les prix ont augmenté, l’industrie est devenue non compétitive et les pays qui avaient un commerce à peu près équilibré en 1999 se sont alors mis à accumuler d’importants déficits commerciaux. Puis la musique s’est arrêtée.
Si les pays en développement avaient encore leur propre monnaie, ils pourraient et ils utiliseraient la dévaluation pour retrouver rapidement la compétitivité.
Lisbonne, Portugal – Ici, tout va très mal puisque le taux de chômage dépasse les 13 %. C’est encore pire en Grèce, en Irlande et d’une certaine façon en Espagne et l’Europe toute entière semble glisser vers une nouvelle récession.
Pourquoi l’Europe est-elle devenue le malade de l’économie mondiale ? Tout le monde connaît la réponse. Malheureusement, la majeure partie de ce que les gens savent n’est pas la vérité - notre discours économique est plein d’histoires fausses quant aux maux dont souffre l’Europe.
Si on lit un éditorial à propos de l’Europe – ou, comme trop souvent, un article censément factuel – on y rencontrera très certainement l’un des deux récits que je me représente comme le récit républicain et le récit allemand. Aucune de ces deux histoires ne colle à la réalité.
Le récit républicain – et c’est l’un des thèmes centraux de la campagne de Mitt Romney – veut que l’Europe ait des problèmes car elle en a trop fait pour aider les pauvres et les moins chanceux, et que nous assistons aux derniers souffles de l’état Providence. D’ailleurs, cette histoire est une histoire révérée par les républicains depuis très longtemps : en 1991, lorsque la Suède souffrait d’une crise bancaire causée par les dérèglements (ça vous rappelle quelque chose ?), le Cato Institute a publié un rapport triomphant démontrant que c’était l’échec du modèle de l’état Providence.
Ai-je mentionné le fait que la Suède, qui possède toujours un état Providence très généreux, est aujourd’hui un pays ultra performant, avec une croissance économique plus rapide qu’aucun autre pays développé ?
D’ailleurs, faisons cela de manière systématique. Regardons les 15 pays européens qui utilisent l’euro (laissons Malte et Chypre de côté) et classons-les selon le pourcentage de leur PIB qu’ils ont dépensé pour des programmes sociaux avant la crise. Est-ce que les pays GIPEI (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie) se démarquent par leur état Providence particulièrement clément ? Pas du tout ; seule l’Italie était dans les cinq premiers et même à ce niveau-là, son état Providence était plus faible que celui de l’Allemagne. Des états Providence excessivement généreux ne sont donc pas la cause des problèmes.
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