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Amiens : règlement de comptes « à la marseillaise »

«Ça fait vraiment peur, c’est un règlement de compte « à la marseillaise ». » L’avocat qui rapporte ces propos d’un policier n’a rien d’un paranoïaque :

« Quand un flic, qui en voit de drôles tous les jours, te confie qu’il a peur, il y a de quoi le prendre au sérieux… »

Le western a eu lieu dimanche dernier, vers 19 heures. Il a pour cadre le square Émile-Thuillier, dans le quartier d’Étouvie, à l’ouest d’Amiens.

Si tous les projecteurs sont braqués sur Amiens-Nord depuis deux mois, cette autre banlieue n’est épargnée ni par les difficultés sociales, ni par la délinquance, singulièrement le trafic de stupéfiants.

Dimanche, une troupe de cinq ou six jeunes d’Amiens-nord débarque dans le quartier, armée d’au moins deux pistolets 9 millimètres. Il s’agit d’en découdre avec un gars d’Étouvie. Pour un motif futile, jurent-ils tous. Mais «cette affaire sent le cannabis à plein nez » confie une source proche de l’enquête. Les autochtones se réfugient dans la cage d’escalier d’un immeuble, au numéro 15, que les «nordistes » entreprennent de monter. Un jeune d’Étouvie se retrouve avec un fusil dans les mains. Au niveau du quatrième étage, il fait feu et blesse à l’épaule un de ses assaillants. Le tireur rejoint le sixième quand le gang du nord redescend au pied de l’édifice. Coups de fusil d’en haut, coups de pistolet d’en bas : la scène est traumatisante pour tout le voisinage.

Son silence contre 20 000 euros

La suite est plus savoureuse : le blessé est hospitalisé, entendu par la police, et dès le mardi retourne à Étouvie pour tenter de négocier son silence, contre 20 000 €.

Jeudi, trois personnes – le tireur au fusil, le blessé et un autre tireur présumé – sont interpellées. Hier soir, les trois jeunes hommes (19, 19 et 20 ans), conseillés respectivement par Mes Berriah, Crépin et Yahiaoui, sont mis en examen, le premier pour tentative de meurtre, les deux autres pour tentative d’assassinat. Le second est également mis en examen pour tentative d’extorsion. Ils devaient tous trois être placés en détention provisoire. D’autres interpellations pourraient encore avoir lieu.

Le Courrier Picard