Anne Frank et sa famille n’auraient peut-être pas été dénoncés

Heureusement que cette info est sortie d’un musée adoubé par le système. Si un historien s’était risqué  à faire cette révélation, il aurait été conspué par la planète entière.


Des recherches tendraient vers une découverte « par hasard » de la famille Frank en 1944.

Une photo d'Anne Frank diffusée en 1959, 15 ans après sa mort
Une photo d’Anne Frank diffusée en 1959, 15 ans après sa mort 

Qui dénonça la famille d’Anne Frank en ce jour fatidique de l’été 1944 ? Après des décennies de vaines recherches, une nouvelle étude suggère que l’adolescente juive et les autres clandestins de l’Annexe pourraient avoir été découverts « simplement par hasard ».

Pour le musée Anne Frank d’Amsterdam, qui publie l’étude, « il est possible » que la perquisition qui mena à la découverte de l’appartement secret de l’entreprise familiale ait été effectuée « à cause d’emplois illégaux et d’un trafic de coupons de rationnement ».

Et donc, que « les enquêteurs aient découvert Anne Frank et les sept autres clandestins simplement par hasard ».

Née à Francfort-sur-le-Main en Allemagne le 12 juin 1929, Anne Frank avait quitté son pays avec sa famille en 1933 pour échapper aux Nazis. Installés à Amsterdam, ils entrent dans la clandestinité en juillet 1942, dans l’appartement aménagé derrière une fausse bibliothèque au dernier étage du 263, Prinsengracht. Bientôt rejoints par la famille Van Pels et par Fritz Pfeffer, les Frank s’y terrent pendant deux ans, jusqu’en août 1944, avant d’être découverts et déportés.

L’histoire veut que les enquêteurs aient reçu un coup de fil dénonçant les clandestins. Un magasinier de l’entrepôt du rez-de-chaussée, l’épouse d’un collègue, la sœur d’une assistante de la famille : au fil des ans, les suspicions ont été nombreuses mais aucune enquête ou étude n’a jamais pu déterminer avec certitude l’identité du potentiel délateur. « Pendant l’année 1944, beaucoup de lignes téléphoniques ont été coupées, limitant les possibilités pour les particuliers d’effectuer des appels », assure dans son article l’auteur de l’étude, Gertjan Broek, soulignant que le numéro des services de renseignements allemands « ne se trouvait pas dans le bottin ». « Il existe donc une réelle possibilité que l’appel, s’il a bien eu lieu, provienne d’une autre agence gouvernementale », ajoute-t-il.

Nouveaux indices

À partir du 10 mars 1944, Anne évoque dans son journal l’arrestation de deux hommes, qu’elle surnomme « B » et « D ». Ceux-ci, Martin Brouwer et Pieter Daatzelaar, travaillaient en tant que représentants pour la société de matières premières Gies & Co, installée au rez-de-chaussée du bâtiment. Le 14, l’adolescente écrit : « B. et D. ont été arrêtés, nous n’avons donc pas de coupons… ». Ce qui prouve, assure le chercheur, que les deux hommes fournissaient des coupons aux clandestins de l’Annexe. Sur la base du journal et de nouveaux documents, dont des rapports de police, Gertjan Broek a également conclu que les enquêteurs présents lors de l’arrestation n’avait pas pour mission de découvrir des Juifs mais travaillaient sur des affaires de fraudes. Les enquêteurs sont entrés dans le bâtiment entre 9h30 et 11h et les clandestins ont été emmenés vers 13h : l’opération a donc duré plus de deux heures, une durée « plus longue que nécessaire pour rassembler des juifs clandestins ayant été dénoncés », assure le chercheur.

Au début de l’opération, le bâtiment n’était pas gardé et des personnes ont réussi à quitter les lieux, une situation « improbable » si les enquêteurs étaient venus avec l’intention d’arrêter des clandestins. Selon Gertjan Broek, d’autres éléments indiquent que des personnes liées au 263, Prinsengracht, ont été punies par les Nazis pour des emplois illégaux. « Une société où travaillaient des personnes de manière illégale, et où deux représentants ont été arrêtés pour trafic de tickets de distribution, courait évidemment le risque d’attirer l’attention des autorités », ajoute-t-il.

L’adolescente mourra du typhus début 1945 dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, quelques jours après sa sœur. Son père Otto fut le seul survivant de l’Annexe. Le journal d’Anne Frank est l’un des ouvrages les plus lus au monde : il s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires et a été traduit en 67 langues. Pour Ronald Leopold, directeur exécutif du musée, « cette nouvelle étude ne réfute pas la possibilité que les clandestins aient été dénoncés mais démontre que d’autres scénarios doivent être examinés ». « Espérons que d’autres chercheurs voient l’intérêt de poursuivre ces nouveaux indices », a-t-il ajouté.