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Après la Grèce, maintenant le Portugal !

La dégradation de la note du Portugal par Moody’s, ainsi que les difficultés du plan de sauvetage grec ont relancé l’anxiété sur les marchés financiers, ainsi que la spéculation.

Durant la crise grecque, beaucoup de spécialistes de la spécialité nous ont expliqué l’exceptionnalité de la situation grecque. Un pays de cigales réfractaires à l’impôt, un système de corruption généralisé et des gouvernements qui ont « triché » en arrangeant leurs comptes, une église orthodoxe toujours influente. Tout n’était pas faux dans cette description peu généreuse du pays. Mais avec la dégradation de la note du Portugal par l’agence Moody’s intervenue le 6 juillet, on comprend surtout que, comme certains économistes – Jacques Sapir, Jean-Michel Quatrepoint, Jean-Luc Gréau – l’avaient prédit dès 2008, la dette souveraine va provoquer les mêmes mouvements spéculatifs que la crise des subprimes. Hier mercredi 6 juillet, la dégradation de la note du Portugal a coïncidé avec l’information selon laquelle les autorités grecques ne parvenaient pas à finaliser le plan de sauvetage avec le FMI et l’Union européenne.

Comment Moody’s justifie-t-elle sa décision de classer le Portugal parmi les investissements spéculatifs, en baissant sa note de quatre crans ? Par le fait que le Portugal risque d’avoir besoin d’un second plan d’assistance financière. Un jugement qui peut étonner puisque le premier plan d’aide – de 78 milliards d’euros – vient à peine d’être bouclé. Bien entendu, la décision de Moody’s a provoque les cris d’orfraie de Barroso et d’autres dignitaires européens : « Nous regrettons profondément la décision d’une agence de notation d’abaisser la note portugaise. Nous regrettons ce fait, nous regrettons aussi la méthodologie choisie et la date choisie. » Au fait, un effort de mémoire : n’est-ce pas Nicolas Sarkozy qui avait dénoncé les agences de notation et leur rôle néfaste dans la crise ? N’était-il pas question de créer une agence européenne pour enrayer ces mécanismes délétères pour l’économie européenne déclenchés par ces mêmes agences? Pourquoi ce volet de la régulation des marchés financiers a-t-il disparu de l’agenda du G20 comme de celui de l’Union européenne ?

En réalité, les agences de notation financière témoignent surtout de l’irréalisme des plans de sortie de crise: comment penser que le Portugal, la Grèce, mais aussi l’Irlande, l’Italie, la Belgique ou même la France (dont l’écart de taux d’emprunt s’est écarté de 0,55% avec celui de l’Allemagne) peuvent rétablir l’équilibre de leurs finances par des plans d’austérité qui pèsent sur leurs recettes ? D’autant que comme l’euro reste fort, leurs entreprises n’améliorent pas leur compétitivité et le déficit commercial s’ajoute au déficit budgétaire. C’est d’ailleurs ce que constate Patrick Artus, de Natixis, dans une note récente : « si le pays n’a pas une capacité de croissance de qualité suffisante, parallèlement, ses finances publiques seront impossibles à redresser, et il aura un besoin impossible à satisfaire d’endettement extérieur. C’est ici qu’est la déficience des plans de soutien européens : ils ne s’occupent pas de la croissance. » L’analyse, très pertinente, oublie cependant de préciser que si l’Union européenne ne se soucie pas de la croissance, c’est que celle-ci ne fait pas partie de la feuille de route de la Banque centrale européenne, ce qui est une aberration qui a fait polémique dès le référendum de Maastricht. C’est d’ailleurs ce que soulignent de plus en plus d’économistes libéraux, comme Augustin Landier et David Thesmar dans une tribune publiée par le quotidien Les Echos, qui appellent à lever les tabous de ce qu’ils nomment « le consensus de Bruxelles ».

Ceci étant, les agences de notation ne sont pas seulement « objectives » : elles contribuent activement à des mouvements spéculatifs sur la dette. Derrière Moody’s et Fitsch, des milliers de spéculateurs parient sur l’effondrement ou le redressement de chaque pays dans la tourmente. Le malheur des Portugais ou des Grecs fait les bénéfices de ceux qui prêtent de l’argent à leur états à des taux usuraires : plus de 16% pour les prêts à deux ans sur la dette portugaise!

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