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Argentine : Protectionnisme et indépendance monétaire ont permis la sortie de crise

Les recettes économiques « populistes » du couple Kirchner ont réussi à l’Argentine : Christina Kirchner vient d’être réélue pour un second mandat, sans même avoir besoin d’un second tour. Avant elle, son époux, le péroniste de gauche Nestor Kirchner était au pouvoir depuis 2003. Le couple Kirchner a donc gouverné le pays de 2003 à maintenant, et il l’a tiré d’une crise cataclysmique.

L’Argentine s’en est sortie, à partir de 2003, en prenant le contre-pied de ces politiques suicidaires, en retrouvant son indépendance monétaire, en battant monnaie en fonction de ses besoins, et en appliquant un certain protectionnisme. Ce sont les recettes Kirchner.

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Rappel des faits :

En 1992, sous l’influence de l’école monétariste de Chicago, un nouveau peso est créé, et il est aligné strictement sur le dollar dans un système dit de « currency board ». Le but d’un tel système est d’empêcher l’État de recourir à la « planche à billets » : la monnaie locale n’est créée qu’en fonction directe des entrées de dollars. Les particuliers et les entreprises peuvent détenir aussi bien des comptes libellés en peso qu’en dollar.

Le système fonctionne assez bien tant que le dollar est faible. Les entreprises étrangères peuvent investir sans craindre les aléas monétaires locaux et conserver leurs encours en dollars. Elles affluent. Le FMI annonce que la communauté financière peut désormais avoir confiance et doit investir en Argentine. On parle de « miracle argentin.»

Tout s’écroule en 1998. La brusque remontée du dollar est mortelle pour l’économie argentine. La situation économique empire de jour en jour. Les dollars n’entrent plus assez dans le pays provoquant, par les mécanismes mêmes du Currency board une réduction de la circulation monétaire, un credit crunch et une déflation sévère. Les résistances à cette déflation créent des tensions sociales. Les salaires sont réduits. Les prix intérieurs devraient en théorie fortement baisser, mais des hausses de tarif surviennent quand même.

N’ayant plus la planche à billets à disposition, le gouvernement est paralysé.

Les monnaies particulières, créées par des acteurs locaux, se multiplient. Il finit par y en avoir 200.

L’affaire se finit en cataclysme bancaire, les guichets fermant tout à fait, et en défaut de paiement du pays.

Le PIB recule de 21 % entre 1998 et 2001. Le taux de chômage atteint 23 %. Cinq présidents se succèdent en un an.

La sortie de crise sous l’égide de Nestor Kirchner

Élu en 2003, Nestor Kirchner (1950-2010) mène une politique de rupture avec les marchés internationaux et de démondialisation avant la lettre. La dette souveraine subit une réduction sévère. L’Argentine perd tout crédit sur le plan international, mais l’économie redémarre, valant à Kirchner, une popularité sans faille ; en 2007, il n’est plus ré-éligible, mais sa femme lui succède, et il est entendu qu’elle est un autre lui-même ; elle vient d’être réélue triomphalement (Nestor Kirchner étant décédé en 2010).

Laurent Pinsolle a fait le bilan pour Marianne 2 de la politique Kirchner, s’appuyant en partie sur le blog Le bon dosage :

* la croissance est actuellement de 8 % par an
* le chômage est tombé à 7 % (contre 23 % en 2002)
* le pays n’a rien emprunté aux marchés financiers depuis 10 ans
* grâce au protectionnisme, il se remet à produire certaines catégories de produits comme les jouets ou le Blackberry
* la balance commerciale est en excédent

La France, un futur à l’argentine ?

En tous cas, le blog Le bon dosage y croit, et le souhaite :

« La similitude des situations entre la France ou même les pays latins de l’Europe avec l’Argentine de 2002 est tout à fait flagrante. Notre destin sera probablement une évolution similaire avec je l’espère moins de brutalité car l’effondrement en 2002 fut très difficile pour la population. On peut imaginer qu’une fois que la monnaie unique aura éclaté les pays latins seront traversés d’une forte dévaluation, ce qui produira dans un premier temps une forte inflation sur les produits importés et d’une contraction des importations. Par la suite la production locale prendra le relais et ces pays connaîtrons enfin une hausse plus rapide de leur production industrielle accompagné d’une forte baisse du chômage et des inégalités.

Le régime de croissance de cette nouvelle économie sera forcement plus forte, mais aussi plus inflationniste au grand damne des rentiers qui ne jurent que par l’enrichissement sans efforts et sans investissement productif. Nos pays étant latin il connaîtrons une dynamiques assez similaire à celle de nos cousins sud américains. Mais c’est une situation que nous avions déjà connu pendant les trente glorieuse la France avait souvent une inflation à 4 ou 5% sans que cela n’eut empêché la hausse du niveau de vie global, au contraire même. »

Par Catherine Segurane