Bernard Lugan : L’Afrique n’est pas « Charlie »

Ouf il y a encore des gens qui réfléchissent dans ce pays…. Lugan pointe du doigt quelques grands paradoxes de nos multiculturalistes et démontre l’inanité de la marche démagogique des chefs d’État qui eut lieu au lendemain des attentats.
Nous vous l’avons dit: le slogan « je suis charlie » est aussi stupide et dangereux que le fut « touche pas à mon pote » dans les années 8O.
« Je suis Français » eut été plus intelligent, plus rassembleur, plus politique, plus guerrier… mais la gauche aurait-elle défilé derrière un tel slogan?! Pour imposer son imprimatur post-moderne et sa censure « antiraciste », la gauche a besoin du markéting nihiliste, émotionnel et dépolitisant qu’elle a elle-même inventé pour nous soumettre à ses choix.

Trop préoccupée à manipuler l’émotion légitime de tout un peuple, la gauche, à grand coup de Pasdamalgame, nous a empêché de voir une réalité qui nous éclate aujourd’hui à la figure: L’attentat contre Charlie Hebdo était un acte profondément islamique, profondément musulman.
Au yeux d’un grand nombre de musulmans, les dessinateurs de charlie hebdo étaient coupables d’avoir insulté ce qu’ils ont de plus sacré. Les frères Kouachi se sont contentés de faire justice en prenant soin de ne pas tuer des « innocents » (les différents chauffeurs auxquels ils ont volé des voitures, le pompiste, le directeur de l’imprimerie…). Aujourd’hui ils apparaissent comme des héros qui ont eu le courage de faire respecter le droit islamique.
L’attentat des frères Kouachi est, selon les musulmans, plus « défendable » que les crimes « aveugles » de Merha contre des enfants juifs ou des soldats français innocents.

Le slogan « Je suis Charlie » et la Une minable du Charlie Hebdo post-attentat auront crée, ici et ailleurs, plus de candidat au djihad que le prêche enflammé et guerrier d’un salafiste.
Nous le paierons cher, très cher…..

On ne dit pas merci à Charlie!

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Lu sur fdesouche

Vu d’Afrique, l’ « affaire Charlie hebdo » illustre les limites de l’universalisme européo-centré. Vendredi 16 janvier, alors que les sociétés de l’hémisphère nord communiaient dans le culte de la liberté d’expression, une partie de l’Afrique s’ insurgeait contre la France des « Charlie ». Du Sénégal à la Mauritanie, du Mali au Niger, de l’Algérie à la Tunisie et au Soudan, le drapeau français a été brûlé, des bâtiments français incendiés et en « prime », des églises détruites. Quant aux imprudents chefs d’Etat africains qui participèrent à la marche des « Charlie », dont Ibrahim Boubacar Keita du Mali, les voilà désormais désignés ennemis de l’islam.

Aveuglés par la légitime émotion et noyés sous l’immédiateté, nos responsables politiques n’ont pas songé à se demander comment l’Afrique percevait les événements. Or, alors que pour nous, il s’agit d’un ignoble attentat contre la liberté d’expression commis contre des journalistes, personnes sacrées dans nos sociétés de la communication, pour une grande partie de l’Afrique, il s’agit tout au contraire de la « juste punition de blasphémateurs ». Qui plus est ces derniers n’en étaient pas à leur coup d’essai et ils avaient même été solennellement mis en garde.

Voilà pourquoi leurs assassins sont considérés comme des « héros ». Quant aux foules de « Charlie », elles sont vues comme complices des insultes faites au Prophète. De plus, comme le président de la République a marché à leur tête, cela signifie que la France et les Français sont coupables.

Les conséquences géopolitiques qui vont découler de cette situation ne peuvent encore êtremesurées, notamment dans les pays du Sahel en raison du jihadisme récurrent contre lequel nos troupes sont engagées. Le plus grave est ce qui s’est passé au Niger où Boko Haram qui, jusqu’à présent ne s’était pas manifesté, a pris le prétexte de la nouvelle livraison de Charlie Hebdo pour lancer les foules contre le centre culturel français de Zinder; au même moment, nos postes militaires avancés veillent aux frontières du pays…

Personne n’a dit ou vu que l’ « affaire Charlie Hebdo » n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase des impératifs politiques et moraux que nous imposons à l’Afrique: démocratie, droits de l’homme, avortement, mariage homosexuel, anthropomorphisme etc. Tous y sont considérés avec dédain ou même comme de « diaboliques déviances ».

C’est donc dans les larmes et dans le sang que les bonnes âmes et les idéologues vont devoir constater que le « village Terre » n’existait que dans leurs fantasmes universalistes. Ce qui est bon ou juste aux yeux de leur branchitude est en effet une abomination pour une grande partie de l’Afrique et même de la planète.

En plus de cela, pour nombre d’Africains, l’Europe est devenue une terre à prendre : ses habitants ne croient plus en Dieu, ses femmes à la vertu volage ne font plus d’enfants, les homosexuels s’y marient et la féminisation y a dévirilisé ses mâles. Paradoxe cruel, ceux qui, depuis des décennies, ont permis cette révolution en tournant systématiquement en dérision les valeurs fondatrices et le socle social (famille, travail, discipline, ordre, effort, armée, police etc.) ont été odieusement assassinés par les enfants de ceux auxquels ils ont si largement ouvert les portes…

Bernard Lugan