Bernard Monot (FN) : «Valls se heurtera rapidement aux obstacles économiques»

Qui est Bernard Monot ? : Homme de l’ombre du Front national dont il est sympathisant depuis plus de vingt-cinq ans et adhérent depuis 1989, Bernard Monot est, avec Jean-Richard Sulzer (responsable de la commission économique), l’un des conseillers les plus influents au sein du FN depuis 2006. On lui doit notamment la «nouvelle doctrine» du parti, écrite en réalité depuis 2007, qui s’est construite à partir de l’anticipation de la crise de 2008. «Nous avions vu arriver le big-bang dès 2005 et c’est d’ailleurs pour cela que j’avais rencontré Jean-Marie Le Pen à l’époque, explique Bernard Monot. Nous nous inspirons très fortement de l’école autrichienne d’économie par opposition à l’école de Chicago qui nous a conduits dans la situation où nous sommes. Notre ambition repose sur une nation et une monnaie comme cela existe partout dans le monde, pour pouvoir décliner la politique monétaire et nous rendre compétitifs au niveau mondial.»

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INTERVIEW – Conseiller économique de Marine Le Pen et tête de liste du Front national aux élections européennes (région Centre), Bernard Monot estime que le nouveau premier ministre est dans une impasse.

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LE FIGARO. – Vous estimez que le nouveau gouvernement de Manuel Valls se trouve dans une impasse économique. Pourquoi?

Bernard MONOT. – Le premier problème est celui de la compétitivité de la France, mais aussi celle de l’Europe. Aujourd’hui, le monde entier est en situation de dévaluation compétitive – que ce soit au niveau du dollar, du yen ou de la livre sterling – et seuls les pays de la zone euro ne peuvent pas agir sur le taux de leur monnaie. Tous les gains de compétitivité que nous pourrions imaginer via les sacrifices des Français (réductions de prestations et hausses d’impôts) permettront au mieux de gagner 4%, mais cela ne vaudra jamais une dévaluation interne de la monnaie, qui permettrait de gagner immédiatement 20% de gains de compétitivité. C’est cela qui pourrait entraîner une reprise économique et un retour à l’emploi.

Vous vous interrogez également sur la possibilité pour ce gouvernement de désendetter la France. Pourquoi?

Comment vont-ils pouvoir désendetter le pays? La dette ne cesse de croître depuis quarante ans. Quant aux déficits, cela fait trente ans que la France n’a pas de budget en excédent. Malgré tous les efforts, et même si l’on atteignait un déficit zéro, nous n’avons pas encore commencé à rembourser un seul euro du stock de dette. Je rappelle que nous allons atteindre 2000 milliards d’euros!

Que pensez-vous du pacte de responsabilité?

C’est la tenue de camouflage de l’austérité. Il faudra bien trouver les 50 milliards d’euros quelque part. En 2012, nous avions modélisé l’irrémédiable évolution de la dette publique et prévu sa croissance suivant cette politique ultra-libérale.

Que répondez-vous à ceux qui observent pourtant des signes de reprise en Europe, comme en Espagne par exemple?

Peut-on appeler cela une reprise, dans ce pays, quand le système bancaire européen privé est au bord du gouffre? On a oublié aussi l’ensemble des pertes non résorbées depuis la crise de 2008 et qui sont passées hors bilan. Si les banques ne se prêtent pas entre elles aujourd’hui, c’est bien qu’il existe un risque majeur de défaut. On met en place l’union bancaire de toute urgence parce qu’on sent que certaines banques risquent de basculer.

Quels sont les principaux défis pour Manuel Valls?

D’abord l’emploi. Avec une inflation aussi basse, le chômage ne peut qu’exploser. C’est l’analyse faite par le FN en posant la problématique de l’euro. En taux réel, cette inflation n’a jamais été aussi basse depuis très longtemps. Actuellement, la zone euro est à 0,5% d’inflation. Nous ne sommes donc pas loin de passer en déflation, synonyme de catastrophes sociales. Le deuxième défi sera celui du pouvoir d’achat des Français qui va diminuer. Dans le prolongement, on peut imaginer les problèmes de sécurité apparaissant dans un pays qui s’appauvrit.

Comment analysez-vous cette nomination à Matignon?

J’ai l’impression de voir un gouvernement de cohabitation entre un président social-démocrate et un Manuel Valls qui pourraient très bien faire partie du personnel de l’UMP. La politique macroéconomique de cette coalition UMPS sera la feuille de route d’une Union européenne inféodée aux marchés financiers.

Selon vous, quelles actions prioritaires la France devrait-elle lancer sans attendre?

Ouvrir un sommet de la zone euro avec les dix-huit pays membres. Il faut mettre sur la table le problème de la monnaie surévaluée qui obère la croissance économique et provoque la désindustrialisation, à l’exception de l’Allemagne qui fait de la dévaluation compétitive territoriale. Ce sommet permettrait de passer aux monnaies nationales, dans la douceur et pas dans la douleur, tout en gardant un euro monnaie commune. Il faut absolument avoir la possibilité d’agir, au niveau national, sur la politique monétaire et sur la politique de change.

Bernard Monot publie ses analyses sur le site monot2014.com.