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BPI : l’inquiétante étatisation du financement des PME

Au-delà des effets d’annonce, nous ne devons pas manquer de relever la perverse cohérence du nouveau gouvernement sur le sujet du financement des PME. Tout d’abord il dégoûte tout ceux qui sont susceptibles d’investir leurs capitaux dans l’économie (75% d’impôt au dessus d’un million de revenu, ISF relevé, hausse de la taxe sur les plus-values de cession même si le mouvement des pigeons semble faire reculer ce projet).

Une remarque : le régime fiscal précédent n’avait rien d’avantageux, l’UMP pseudo-libérale assommait déjà les investisseurs d’impôts, mais là c’est le coup de grâce ! Ensuite, le gouvernement « déplore » que les PME soient sous-financées et décide qu’il faut « agir ».

Troisième étape, il sort de son chapeau une Banque publique d’investissement (BPI) dotée d’une force de frappe de 40 milliards d’euros, ce qui n’est pas rien. Cette BPI accordera donc des crédits et des capitaux (sous forme de prises de participation) aux PME. Autrement dit, le financement des PME sera de plus en plus dépendant de l’Etat, au sens politique du terme. Déjà certains secteurs seront privilégiés, nous dit-on, comme « ceux qui favorisent la conversion écologique et énergétique de l’industrie ou encore l’économie sociale et solidaire » (JDD), autrement dit des activités fumeuses et subventionnées.

Ensuite les régions (qui sont toutes à gauche hormis l’Alsace) joueront un rôle important dans l’attribution des crédits, le patron de PME devra donc être tout sourire devant le président de région… L’imagine-t-on ensuite critiquer la politique du gouvernement dans la presse locale ? Et lorsqu’il faudra arbitrer entre plusieurs dossiers, qui ne dit que la BPI ne jettera pas un œil sur la carte électorale ?

Nous assistons en fait ici à une étatisation progressive des PME françaises, un milieu historiquement hostile à la gauche (de la même façon que les 25% de logements sociaux obligatoires sont un outil d’étatisation du marché du logement). Après un début difficile avec le monde des entreprises (le mouvement des « pigeons »), on peut parier que quantité de patrons de PME soutiendront « spontanément » le candidat Hollande lors de la prochaine élection présidentielle. Bien joué, non ?

Philippe Herlin