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C’est le sauve qui peut au niveau des banques privées et de la BCE : tout cela pour faire semblant de sauver la Grèce

Petites mises au point techniques sur les magouilles des banquiers, de la BCE et du FMI en ce qui concerne la Grèce, la dette et l’euro.

Tribune de Bruno Lemaire, Professeur émérite HEC (spécialiste de la pensée économique Maurice Allais), et Jean-Richard Sulzer, Professeur à l’Université Paris Dauphine. (SOURCE: Nation Presse)

La Grèce ne pourra jamais rembourser la totalité de ses dettes publiques : tout le monde le sait depuis des mois, voire des années. Mais tout le drame, terrible par ses conséquences sur le peuple grec – dont la pensée a irrigué notre vieille Europe – et d’un cynisme scandaleux, consiste en ce qu’il faut refuser de déclarer ouvertement ce défaut.

Il s’agit donc que les créanciers de la dette acceptent « volontairement » de remettre une partie de cette dette, 50 ou 60 %. Si cette « remise de dette » n’est pas volontaire, alors les fameux CDS – ceux que l’on doit à la « créativité financière » de banques comme JP Morgan, et qui ont causé la faillite de Lehman Brothers – se déclencheraient. Dans ce cas, nul ne sait vraiment ce qui arriverait aux créanciers, et au système financier européen, voire mondial. Ce serait sans doute pareil si la Grèce décidait de rompre ces négociations, en quittant, ou non, la zone Euro.

On comprend pourquoi les banquiers, que ce soient ceux de la BCE, du FMI, de la Commission Européenne ou ceux qui ont été placés à la tête des gouvernements grec ou italien ne l’entendent pas de cette oreille : il faut que les grecs payent, et payent encore, même si nos gouvernants et leurs conseillers savent bien que c’est impossible : ce n’est pas un plan d’austérité supplémentaire qui transformera la fin inéluctable de cette tragédie grecque : les grecs ne peuvent s’en sortir ainsi, mais il ne convient pas de le dire.

Et que fait donc la BCE, dans tout cela ? Et bien, elle aussi, elle prête, et elle prête encore, mais cette fois aux banques privées – pas aux Etats. La BCE va d’ailleurs se retrouver au même niveau d’endettement que Lehman Brothers, juste avant sa faillite. Certes, en tant que banque centrale, elle risque moins : on ne peut supposer qu’elle fera défaut, elle, quoique …

La BCE demande aux banques européennes « privées » d’avoir 9 % de fonds propres. Après l’émission monétaire programmée pour février, elle-même n’aura toujours que 80 milliards de capitaux propres (69 milliards seulement d’après ‘Le Monde’) pour asseoir un bilan de l’ordre de 4 000 milliards d’euros, d’où un ratio de l’ordre de 2 %. Là encore, la BCE ne s’applique pas ses propres conseils.

Et c’est pourtant la BCE dont nos adversaires louent la sagacité et la compétence, et c’est le programme de Marine Le Pen que certains font mine de juger dangereux sur le plan monétaire. Or Marine Le Pen propose d’émettre en cinq ans l’équivalent de 225 milliards d’euros (45 milliards annuels) pour financer la dette française – alors que la BCE, en cinq ou 6 semaines (décembre et février) va avoir émis plus de 1000 milliards (voire plus) – ce qui, ramené au poids relatif de la France dans la zone euro (un peu plus de 20 %) correspondrait à 200 milliards : 225 milliards en 5 ans, ou 200 milliards en 5 semaines … voilà le choix proposé aux français !

Quand on sait, de plus, que les banques privées, pour bénéficier de cette manne de la BCE, déposent en garantie des « collatéraux » d’une valeur plus que douteuse – que la BCE n’aurait jamais acceptés ne fut-ce qu’il y a 6 mois – on se demande si ce n’est pas la BCE elle-même qui est en train de détruire, sinon la zone Euro, du moins la valeur relative de la monnaie unique, qui ne vaudra bientôt plus guère plus qu’un billet de monopoly. Ou de la monnaie de singe, puisque, comme le dit le dicton financier : « with peanuts you get monkeys »