Chacun son voile, chacun son chemin… Et si Diam’s était entrée au couvent ?

A l’occasion de la sortie de son autobiographie, Diam’s revient sur le devant de la scène après deux ans de silence. Voilée, maman et sereine, un bonheur apparent largement relayé par des médias aux anges, les mêmes qui la conspuaient lors de sa conversion à l’islam en 2009.

Atlantico : Critiquée en 2009 dans Paris Match et à ses concerts suite à sa conversion à l’islam, on a l’impression désormais que les médias la réhabilitent : pourquoi ce revirement et surtout dans quelle mesure les médias décident-ils de ce qui est bien ou mal ?

Elisabeth Lévy : Tout d’abord, je ne m’intéresse pas particulièrement à Diams et je n’ai aucune lumière sur une éventuelle polémique en cours. Cela dit, je me rappelle que tout le monde trouvait admirable sa chanson « Ma France à moi », dans laquelle figurent ces paroles: « Ma France à moi, elle parle du bled ». Quand quelqu’un ose parler de son bled en Auvergne, c’est atroce, ultra-beauf et en un mot raciste: en clair il vaut mieux être bledouillard que franchouillard. Bref, la beauferie, c’est super quand c’est exotique.

C’est ce que vous pensez ?

Non, moi je n’ai pas de problème avec le fait que les gens aiment leur patelin, même si je n’en ai pas vraiment.

Mais le point de vue dominant dans les médias, c’est qu’il est tout à fait acceptable d’être de quelque part, à condition que ce quelque part soit de l’autre côté de la Méditerranée.

Ce qui traduit, une fois de plus, le décalage énorme qui existe entre l’opinion médiatique et l’opinion générale. Le problème est que ce décalage nourrit le ressentiment : les « gens ordinaires », comme dit Michéa, ou les « vrais gens » comme on disait autrefois au Parti Communiste ont l’impression qu’une minorité de journalistes vivant à l’abri de frontières culturelles entend leur dire ce qu’ils doivent penser et s’ériger en arbitre des élégances morales. Heureusement, internet permet d’échapper au monopole des médias convenables. Même si économiquement cela reste difficile, les gens décrétés infréquentables peuvent s’exprimer….sinon, j’aurais dû changer de métier depuis longtemps !

(…)

On voit que les médias « choisissent » là où la critique va s’axer: auraient-ils une réaction similaire face à Diam’s si cette dernière était rentrée au couvent? A contrario, on l’impression que l’islam passe mieux, est-ce le cas?

Je suppose que si Diam’s était entrée au couvent, les médias auraient trouvé ça moins chic que sa conversion à l’islam.

Encore que ce n’est pas sûr : j’ai l’impression que la religiosité sous toutes ses formes a le vent en poupe. Cela dit, l’islam bénéficie d’une côte particulière, sans doute parce que c’est la religion des nouveaux damnés de la terre. Dans l’imaginaire de la gauche, l’immigré sans papier (qui se trouve être musulman) a remplacé le prolétaire et on a les plus grands égards pour la susceptibilité islamique alors que les cathos doivent accepter qu’on se paye la tête de Jésus et du pape sans sourciller. Du coup, Libération qui était autrefois le journal de toutes les dragues célèbre la « halal attitude », se félicite que la France fasse ramadan et qu’on puisse acheter des niqab en plein cœur de Paris. Les temps changent, comme disait l’autre. Et pas forcément pour le mieux.
Propos recueillis par Valérie Meret