Citoyen, républicain, «ces tristes cache-sexe de l’indigence de la pensée» (Agoravox)

Matthieu Vasseur, s’insurge sur l’utilisation systématique de mots standardisés comme «citoyen» ou «républicain» dans le discours politique et médiatique.

Quand j’entends dire par François Fillon qu’il faudrait immédiatement raccrocher le téléphone pour couper court à toute discussion avec un leader du FN, j’ai du mal à l’accepter. Au nom de quoi ? Quel dévoiement prophylactique permet-il de rejeter un être humain dans cette altérité radicale, telle que tout dialogue avec lui serait souillure ?

 Il y a deux ans, il n’y en avait que pour «citoyen», utilisé comme adjectif. Il y avait des «cafés citoyens», des «engagements citoyens», des «marchés citoyens» : tout devait porter le label magique. Vous aviez envie de vous cuiter ? Organisez une «fête citoyenne», voila votre beuverie anoblie, garantie sans mal de crâne le lendemain.

Mais il en va de ces mots valises comme des plans de sauvetage de l’Euro : tristes cache-sexe de l’indigence de la pensée, ils ont une durée de vie de plus en plus courte, avant que leur vacuité ne soit révélée à tous. Exit donc «citoyen», tout désormais doit être «républicain». […]

Aujourd’hui, un grave débat agite le petit monde qui papote : le Front National est-il républicain ?

Alors j’ai ressorti du placard mes vieux manuels de droit constitutionnel : républicain, par opposition à monarchiste, Président contre Roi (et maitresse du Président contre Royal, mais c’est une autre histoire). Marine Le Pen réclame-t-elle le retour des Bourbons sur le Trône ? Non, donc voila, c’est plie : républicain. Par opposition aux Britanniques, emportés dans leur euphorie post-jubiléenne : pas républicains, les Anglais, vilains, les Anglais. […]

Rien dans le programme du FN, que ce soit dans leur demande de suffrage proportionnel ou dans leur recours au referendum n’est intrinséquement anti-démocratique. On peut être pour, on peut être contre, mais ce n’est pas anti-démocratique. Alors, peut-être que dans le secret de leur conscience, Marine Le Pen et Florian Philippot nourrissent de noirs desseins dictatoriaux, mais moi, je ne suis pas le Bon Dieu, je ne sais pas lire dans les consciences. Donc, pour l’instant : toujours républicain.

Pourtant, tout le monde nous le dit en fronçant les sourcils : le Front National n’est pas républicain. Mais c’est quoi, républicain, à la fin ? Sur le Grand Journal de Canal+, la charmante autant qu’insignifiante Najat Vallaud-Belkacem, confrontée à Florian Philippot, nous a enfin livré la clé, ou tout au moins une clé : le FN n’est pas républicain parce qu’il est favorable à la peine de mort. […]

Agoravox