Claude Levy-Strauss : Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au-dessus de toutes les autres.

Première publication le 23 octobre 2012

La gauche a voulu faire de l’anthropologue claude Levy Strauss, un apôtre du métissage, un disciple de la tolérance cool et sympa. C’est d’ailleurs toujours l’image trompeuse qu’en donne la propagande éducative mise en musique par une armée de profs de gauche dont le travail consiste à expurger de l’œuvre de Levy Strauss tout ce qui pourrait aller contre leur catéchisme.
Or ceux qui ont lu « Tristes Tropiques » sans passer par le filtre soviétoïde de l' »educazion nazionale » savent que l’ethnologue n’a jamais caché son aversion envers l’Islam. Et dans « Le regard éloigné », dans « Race et Histoire, ou encore dans « Race et Culture, l’éminent intellectuel remet les pendules de l’antiracisme à l’heure. En fin observateur de la chose humaine, il a su prévoir le détournement sémantique dont a été l’objet le mot race. Il avait compris que cette manipulation avait pour but d’imposer un projet de civilisation aux apparences certes aimables mais terriblements dangereuses. En cela, il devançait Alain Finkielkraut pour qui l’antiracisme est le communisme du XXIè siècle.

Notons qu’il est impossible de débattre aujourd’hui de la civilisation dans laquelle nous pousse les bobos modernistes sans prendre le risque de se faire étriller par la police de la pensée. Claude Guéant a essayé. Mal lui en a pris. Le terrorisme intellectuel est tel que les textes de Claude Levy-Strauss auraient aujourd’hui beaucoup de mal à être publiés et enseignés avec un minimum honnêteté. Triste époque !


Citations 1

Extraits de Le regard éloigné (1983) :

« […] je m’insurge contre l’abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme défini au sens strict et des attitudes normales, légitimes même, et en tout cas inévitables. Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d’individus, de quelque façon qu’on le définisse, l’effet nécessaire d’un commun patrimoine génétique. On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé l’attitude d’individus ou de groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend partiellement ou totalement insensibles à d’autres valeurs.

Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au-dessus de toutes les autres, et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative n’autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu’on rejette ou leurs représentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n’a rien de révoltant. Elle peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement.

Si comme je l’ai écrit ailleurs, il existe entre les sociétés humaines un certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi ; elle ne s’ignorent pas, s’empruntent à l’occasion, mais, pour ne pas périr, il faut que, sous d’autres rapports, persiste entre elles une certaine imperméabilité. »

« […] rien ne compromet davantage, n’affaiblit de l’intérieur, et n’affadit la lutte contre le racisme que cette façon de mettre le terme, si j’ose dire, à toutes les sauces, en confondant une théorie fausse, mais explicite, avec des inclinations et des attitudes communes dont il serait illusoire d’imaginer que l’humanité puisse un jour s’affranchir ni même qu’il faille le lui souhaiter […] »

« […] parce que ces inclinations et ces attitudes sont, en quelque sorte, consubstantielles à notre espèce, nous n’avons pas le droit de nous dissimuler qu’elles jouent un rôle dans l’histoire : toujours inévitables, souvent fécondes, et en même temps grosses de dangers quand elles s’exacerbent. J’invitais donc les lecteurs à douter avec sagesse, avec mélancolie s’ils voulaient, de l’avènement d’un monde où les cultures, saisies d’une passion réciproque, n’aspiraient plus qu’à se célébrer mutuellement, dans une confusion où chacune perdrait l’attrait qu’elle pouvait avoir pour les autres et ses propres raisons d’exister. […] il ne suffit pas de se gargariser année après année de bonnes paroles pour réussir à changer les hommes, […] en s’imaginant qu’on peut surmonter par des mots bien intentionnés des propositions antinomiques comme celles visant à “concilier la fidélité à soi et l’ouverture aux autres” ou à favoriser simultanément “l’affirmation créatrice de chaque identité et le rapprochement entre toutes les cultures”. »