Comment Cameron veut réformer l’immigration en Europe

Le Premier ministre britannique veut pouvoir limiter le nombre d’immigrants en provenance de l’Union européenne, reconduire à la frontière ceux qui ne s’intègrent pas et conditionner leur accès aux prestations sociales.

Le Premier ministre britannique a présenté mercredi sa vision d’une politique migratoire intra-européenne durcie qui risque de faire des vagues. Il s’agit en effet de la pièce maîtresse de la réforme du fonctionnement de la communauté européenne que le Premier ministre britannique David Cameron veut obtenir avant un éventuel référendum sur l’appartenance de son pays à l’Union. Mais au-delà des enjeux domestiques britanniques, toute la question est de savoir s’il peut rallier d’autres pays à sa philosophie à un moment où la crise économique a fait de l’immigration un enjeu politique majeur partout en Europe. Selon lui, les ministres de l’Intérieur autrichien, allemand et néerlandais partagent son point de vue. La commission a de son côté accusé le leader anglais « d’hystérie ».

Dans un point de vue au « Financial Times » , David Cameron explique ainsi d’abord vouloir limiter les prestations chômages distribuées aux immigrés en provenance de l’Union. Elles ne leur seraient ainsi ouvertes qu’au bout de 3 mois de présence et ne seraient payées que pendant un semestre. Les nouveaux arrivants ne pourraient pas non plus toucher d’allocations logements et devraient, en général, gagner un minimum pour toucher des aides.

Mais le Premier ministre est prêt à aller plus loin. « Si les gens ne sont pas là pour travailler – s’ils mendient ou dorment dans la rue – ils seront reconduits à la frontière et interdit de séjour pendant 12 mois, » explique-t-il. Ceux qui emploient des immigrants au-dessous du salaire minimum paieront de leur côté une amende de jusqu’à 20.000 livres, soit quatre fois plus qu’aujourd’hui.

« Vastes mouvements de population »

Enfin, en précisant que près d’un million d’Européens de l’Est vivent aujourd’hui en Grande-Bretagne et alors que les Roumains et les Bulgares vont avoir liberté de s’installer outre-Manche à partir du 1er janvier, David Cameron estime qu’il faut désormais contrôler les « vastes mouvements de population » induits par l’ouverture des frontières de l’Union. « Nous devons mettre en place des systèmes ralentissant l’accès au marché du travail d’un pays donné, » assène-t-il, par exemple en requérant que des seuils économiques dans les pays de départ – PIB par tête… – soient atteints avant d’ouvrir les frontières des plus riches. David Cameron propose même que chaque pays de l’Union puisse plafonner le flux annuel d’immigrants.

Au Royaume-Uni tout comme en France, beaucoup d’études sont publiées qui expliquent que l’immigration est bénéfique à l’économie. La Commission européenne a encore répété hier que les immigrants européens rapportaient plus en impôts au Trésor britannique qu’ils ne percevaient d’allocations. De même, les milieux d’affaires, en général proches des tories, veulent au contraire que les portes soient ouvertes encore plus largement. Seulement voilà, les conservateurs perdent des voix au profit du parti populiste UKIP. La population ne croit pas aux études sur les bienfaits de l’immigration et certaines poches de Britanniques de souche s’estiment exclus du monde du travail et de la société en général dans leur propre pays. David Cameron a promis de réduire l’immigration nette de quelque 200.000 personnes quand il est arrivé à quelques dizaines de milliers et n’y parvient pas, notamment parce qu’il ne peut aujourd’hui limiter que l’immigration des non-européens. Il veut changer cela. Et de façon surprenante, il a le soutien du parti centriste pro-européen avec qui il est en coalition. Le libéral démocrate Nick Clegg a ainsi jugé « intelligentes et raisonnables » les réformes proposées.