Comment Hollande est devenu le meilleur ami des spéculateurs boursiers.

Fraîchement élu, François Hollande avait fait une promesse : s’attaquer au monde de la finance en doublant les taxes sur les transactions boursières. Il pensait ainsi mettre fin à une bulle spéculative dangereuse sans se rendre compte (ou pas) qu’il favorisait en fait fiscalement ces spéculateurs boursiers.

Plus de 90% des ordres boursiers sont spéculatifs, mais échappent aux nouveaux impôts créés par le gouvernement. Officiellement, on allait voir ce qu’on allait voir. Avec François Hollande, on allait accrocher « les boursicoteurs à la lanterne » ! En réalité, le gouvernement Hollande a mis en place deux mesures fiscales qui pénalisent les particuliers qui font quelques investissements boursiers placés dans la durée, en « bon père de famille », alors qu’elles exonèrent les boursicoteurs spéculateurs. Ignorance ? Incompétence ? Soumission aux lobbys ? L’illustration d’un double discours, complaisamment relayés par la plupart des médias.

Pour les particuliers qui investissent en bourse en misant dans  une grande entreprise, dans la durée, l’addition se corse :

D’une part, le gouvernement a décidé de doubler la taxation sur les transactions boursières mise en place par le gouvernement précédent, la portant à 0,20%. Officiellement, c’est aux intermédiaires financiers de l’acquitter. En pratique, celle-ci a été répercutée aux particuliers, via des hausses des frais de transactions (de 300% à 400% !) ou des frais de gestion. D’autre part, le gouvernement a également décidé d’accroître la fiscalité sur les dividendes, en supprimant le prélèvement libératoire. Or, pour un investisseur gérant prudemment, la régularité et le niveau de rendement d’un titre, c’est-à-dire le montant du dividende versé par l’entreprise, sont des critères importants d’investissement. Comme en immobilier, le gestionnaire raisonnable compte sur le long terme, sur la régularité du rendement, bien plus que sur une hypothétique  plus-value, tandis que le spéculateur ne se soucie guère du rendement, focalisé sur les plus-values court terme, les « coups ». Depuis longtemps, le diagnostic est fait : deux pratiques, largement répandues chez les spéculateurs boursiers, sont à la fois dangereuses pour la stabilité et économiquement largement inutiles, en plus d’être moralement contestables. Il s’agit d’une part du « trading à haute fréquence » (TAF), et d’autre part des « ventes à découvert».

Rappelons que le TAF représente des millions de transactions spéculatives, effectuées par des ordinateurs en micro-secondes. Le TAF représente en 2011 : 90% des ordres envoyés sur le marché français et 30% des transactions. Or, les achats et ventes par TAF ne sont pas soumis à la taxe Hollande de 0,20%. La raison : l’achat et la vente sont réalisés dans la même journée (« day trading ») ou parfois dans la même minute (TAF). Du coup, à la fin de la journée, quand la taxe et calculée, le spéculateur ne possède aucun titre en portefeuille. Pas de titre, pas de taxe à payer. Le tour est joué. Pour la même raison, le spéculateur ne perçoit pas le dividende versé par l’entreprise à ses actionnaires, puisqu’il ne possède pas le titre au moment du détachement du coupon. Donc, il se moque bien de la hausse de la fiscalité sur les dividendes.

 

Même problème pour les ventes à découvert. De même que les gouvernements ont pris l’habitude de dépenser l’argent qu’ils n’ont pas, certains spéculateurs se sont spécialisés dans la « vente à découvert ». Le principe malsain : vendre une action que l’on n’a pas, en s’engageant à l’acheter plus tard, pour « solder l’opération », en espérant que le prix ait baissé entre temps, pour encaisser l’écart de prix. Cette spéculation sur la baisse des valeurs d’une devise, d’une matière première, d’une banque,… n’est pas étrangère à l’effondrement de certaines économies. On vend en premier une action que l’on n’a pas, donc on ne paye pas la taxe sur l’achat des actions. Et quand on l’achète enfin, le solde du portefeuille est nul. Donc à nouveau pas de taxe. Inutile de  dire, par ailleurs, que celui qui spécule sur l’effondrement d’un titre ne se soucie guère de percevoir un dividende. Ce « shorteur »  n’est donc pas non plus concerné par la nouvelle taxation. Aussi simple que cela…

On pourrait également parler des « achats à terme ». Le principe : le spéculateur ne paye que 20% de l’action qu’il « achète », sorte d’acompte versé. Puis, il paye une petit frais financier mensuel, dit « frais de report », pour pouvoir conserver le titre de mois en mois, sans finir de le payer. Généralement le spéculateur revend le titre avant d’avoir fini de le payer. Le but de cette pratique : l’effet de levier. Pouvoir acheter et vendre pour 100 € d’action, en ne possédant et en ne payant que 20 €. Comme pour les ventes à découvert, les acheteurs à terme ne sont légalement jamais complètement propriétaires des actions. Pas de dividende non plus. Donc pas de taxe pour eux non plus.

Au final, qui paye donc cette nouvelle taxe Hollande, me direz-vous ? Uniquement ceux qui ont acheté et conservé les actions des grandes entreprises françaises, telles Peugeot, Renault, Air France… car les sociétés étrangères ne sont pas concernés par cette

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