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Guilluy : « Le grand évènement de ces 30 dernières années, c’est la disparition de la classe moyenne occidentale »

Entretien intégral:

La réinfosphère (ou la fachosphère pour les frustrès) a été le premier endroit où Guilluy a pu s’exprimer. Nous ne nous sommes pas trompés, c’est l’un des meilleurs géographes et sociologues de ces 30 dernières années. Todd et tous les autres sont des fumistes à côté de lui…

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Comment Michèle Tribalat a été harcelée par Hervé Le Bras pour ne pas donner les vrais chiffres de l’immigration

Hervé Le Bras est le seul démographe qui ait accès aux média depuis plus de trente ans. Hervé le Bras est un « scientifique » engagé à gauche. Au début des années  80 il publie un livre avec Emmanuel Todd: « L’Invention de la France ». Un livre bidon qui sera la bible de tous les immigrationistes et qui scellera la politique migratoire pour les 40 ans qui suivront sa publication.

En 2013 les deux mandarins de la démographie française récidivent avec « Le mystère français ».  Là encore une recherche prétexte à assener leur idéologie immigrationiste. (voir le dernier article d’Hervé Le Bras  dans Libération: «L’identité française, je suis parti à sa recherche chapitre après chapitre : ce concept ne marche pas». ou encore l’article immonde d’Emmanuel Todd : « Les élites trahissent le peuple, mais le peuple est médiocre »)

Ces deux pseudo-scientifiques se comportent comme de véritables censeurs. Ce que révèle Christophe Guilluy sur les méthodes utilisées par Hervé le bras n’est pas très étonnant. C’est même la norme dans la recherche en science humaine.


Témoignage de Christophe Guilluy :

« Dans le domaine qui est le mien, celui de la démographie et du territoire, c’est archi-caricatural. Ma discipline est verrouillée par quelques personnages qui ne sont plus là que pour ostraciser. Je reçois désormais des courriels de doctorants qui m’assurent suivre mes travaux, mais m’expliquent qu’il leur est interdit de les citer. Voilà où nous en sommes. C’est le totalitarisme soft dans sa version universitaire.

Dit autrement, le système est mafieux : il l’est en ce sens qu’il s’agit de tuer, professionnellement parlant, les pensées dissidentes.

C’est la mésaventure qui est arrivée à Michèle Tribalat. Cela fait plus de quarante ans qu’elle accumule les études, statistiques à l’appui. C’est quelqu’un qui produit, contrairement à des gens comme Hervé Le Bras et Emmanuel Todd. Sa carrière a été un long calvaire, elle ne pouvait même plus aller physiquement à l’Institut national d’études Continuer la lecture de Comment Michèle Tribalat a été harcelée par Hervé Le Bras pour ne pas donner les vrais chiffres de l’immigration

Christophe Guilluy: «En 2017 ou en 2022, la France périphérique fera basculer la présidentielle»

Faut-il encore présenter Christophe Guilluy ? Le géographe social, fin observateur de la France périphérique et théoricien de l’insécurité culturelle, voit ses analyses confirmées par les sondages. Si Marine Le Pen ne l’emportera peut-être pas dès 2017, la France périphérique finira cependant par triompher un jour ou l’autre dans les urnes face aux candidats des gagnants de la mondialisation que sont Hamon, Fillon et Macron.

(…)

Justement, quel est l’essentiel à vos yeux ?

Le Front national n’est que la fin d’une longue histoire de mise à l’écart de ce qu’on appelait hier la classe moyenne et aujourd’hui les classes populaires. Ces dernières soulèvent des problèmes aussi essentiels que le choix du modèle économique mondialisé, le multiculturalisme, les flux migratoires. Passer son temps à se demander si Marine Le Pen peut atteindre 30%, 35%, 45% voire être élue permet de faire l’impasse sur le fond. Si rien n’est fait, Marine Le Pen ou un autre candidat contestant le modèle dominant sous une autre étiquette gagnera en 2022, si ce n’est en 2017. On est à un moment de basculement. Il suffit de prolonger les courbes et les dynamiques en cours pour comprendre que si cela ne se fait pas maintenant, cela arrivera plus tard. De deux choses l’une : soit on décide de se rendre sur ces territoires délaissés et de prendre au sérieux le diagnostic des habitants, soit on reste dans une logique de citadelle qui consiste à serrer les fesses pour préserver l’essentiel et essayer de passer encore un tour.

N’est-il pas légitime de s’inquiéter de la montée des « populismes » ?

Rien ne sert de s’alarmer sans comprendre les causes des phénomènes qu’on combat. Le FN n’est qu’un indicateur. De la même manière, après le Brexit et l’élection de Trump, le monde d’en haut a exprimé son angoisse.

Mais les racines du Brexit sont à chercher dans le thatchérisme qui a désindustrialisé le Royaume-Uni. Et les racines de la victoire de Trump se trouvent dans les années 1980 et 1990, époque de dérégulation et de financiarisation de l’économie sous Reagan et Clinton. Sur le temps long, l’émergence du Front national correspond bien sûr à l’installation d’une immigration de masse mais aussi à la désindustrialisation de la France engagée à la fin des années 1970.

 

En cas de second tour entre Marine Le Pen d’un côté et François Fillon ou Emmanuel Macron de l’autre,  les sondages annoncent la victoire des gagnants de la mondialisation, pourtant minoritaires dans le pays… Continuer la lecture de Christophe Guilluy: «En 2017 ou en 2022, la France périphérique fera basculer la présidentielle»

Christophe Guilluy, l’homme qui a pensé la France qui change.

NDLR:
Nous n’avons jamais manqué de vous dire tout le bien qu’il y avait à lire ce géorgraphe-sociologue. Christophe Guilluy a décrit avec justesse et rationalisme ce que nous étions nombreux à voir sans jamais savoir le mettre en perspective.
Christophe Guilluy a vu et a écrit la grande séparation sociologique et territoriale qui s’opère en France. Une fracture entre la France d’en bas, constituée d’une majorité de français de souche méprisés par la classe politico-médiatique et trouvant souvent refuge dans les campagnes ou au sein de la périphérie des grandes villes; et puis celle, bénéficiant de l’attention des médias mais aussi des pouvoirs publics, constituée de minorités ethniques, religieuses et de bobos. Continuer la lecture de Christophe Guilluy, l’homme qui a pensé la France qui change.

Christophe Guilluy. « La classe moyenne est en train de disparaître »

Après « Fractures françaises » et la « France périphérique », le géographe Christophe Guilluy dénonce dans « Le crépuscule de la France d’en haut » (Flammarion) la nouvelle bourgeoisie des métropoles, qui en oublie jusqu’à l’existence d’une France d’en bas, la laissée pour compte de la mondialisation.

Qu’est-ce qui caractérise cette nouvelle bourgeoisie. Est-elle différente de l’ancienne ?
Elle se présente comme différente mais sur les fondamentaux, elle fonctionne un peu comme la bourgeoisie d’avant. Elle vit là où ça se passe, c’est-à-dire dans les grandes métropoles, les secteurs économiques les mieux intégrés dans l’économie du monde. Elle est dans la reproduction sociale. On ne compte plus les fils de… Tout ça est renforcé par les dynamiques territoriales qui tendent à concentrer les nouvelles catégories supérieures dans les grands centres urbains avec une technique géniale qui est d’être dans le brouillage de classe absolu.

Que voulez-vous dire par brouillage de classe ?
Cette bourgeoisie ne se définit pas comme une bourgeoisie. Elle refuse bien évidemment cette étiquette. C’est une bourgeoisie cool et sympa. D’où la difficulté pour les catégories populaires à se référer à une conscience de classe. Hier, vous aviez une classe ouvrière qui était en bas de l’échelle sociale mais qui pouvait revendiquer, s’affronter, ce qui est beaucoup plus compliqué aujourd’hui. On a des gens apparemment bienveillants, qui tendent la main et qui se servent beaucoup de la diversité et de l’immigration pour se donner une caution sociale. Mais quand on regarde les choses de près, ce sont en fait des milieux très fermés.

La mixité sociale, le vivre ensemble c’est donc pour vous un mythe ?
Ça, c’est dans les discours mais dans les faits, ce que l’on observe, c’est une spécialisation sociale des territoires. Un rouleau compresseur, celui des logiques foncières, tend à concentrer de plus en plus ces catégories supérieures alors même qu’elles nous expliquent que l’on peut être dispersé dans l’espace, que via le réseau numérique on peut vivre n’importe où.

On assiste donc à une recomposition des territoires ?
Oui. Quand on prend sur le temps long, on voit bien qu’il y a une recomposition sociale du territoire qui nous dit exactement ce qu’est le système mondialisé. En gros, nous n’avons plus besoin, pour créer de la richesse, de ce qui était hier le socle de la classe moyenne : ces ouvriers, ces employés, ces petits indépendants, ces petits paysans. Avec le temps, ces catégories se trouvent localisées sur les territoires les moins dynamiques économiquement, qui créent le moins de richesses et d’emplois. C’est cette France périphérique de petites villes, de villes moyennes et de zones rurales. C’est un modèle que l’on retrouve partout en Europe.

Le mouvement des bonnets rouges en Bretagne était-il une réaction à ce modèle ?

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Haro sur le bobo !

(…)Le bobo, c’est aussi le royaume de l’entre-soi, affirme Guilluy. Par exemple dans la culture (cinéma, musique) où prolifèrent les « fils et filles de ». « Haut lieu de la lutte contre le racisme et de la promotion de la mixité, le milieu du cinéma est aussi le plus endogame. »

Il s’amuse du fait que la cérémonie des Césars a récompensé le film Fatima, qui raconte le quotidien d’une femme de ménage algérienne, devant une salle « singulièrement blanche et bourgeoise ». Il aurait surtout pu dire que ce sont des salles toujours blanches qui applaudissent des spectacles qui dénoncent les maux de la fracture sociale.

Mais pourquoi tant de haine ? Parce que pour Guilluy, le bobo ne fait pas ce qu’il dit, tout en faisant culpabiliser celui qui n’écoute pas ses belles paroles. Au moins, le bon réac de droite s’affiche comme tel alors que le bobo est un traître à l’idéal de gauche, qui brouille le clivage de classes.(…)

Le Monde

L’antifascisme cache des intérêts de classe

Entretien avec le géographe Christophe Guilluy sur Causeur

 

Causeur : Comme après chaque poussée du FN, l’ensemble des politiques clame qu’ils ont entendu et que, cette fois, ils vont changer. La classe politique française a-t-elle vraiment compris le message des régionales ?

Christophe Guilluy : Non, les politiques n’en sont tout simplement pas capables ! Le vote FN traduit un vrai conflit de classes. Tant que les élites, politiques mais aussi économiques, culturelles, médiatiques et administratives n’auront pas intégré cette donnée socio-politique, rien ne changera.

Autrement dit, on aura encore droit à l’antifascisme de pacotille. Ne se rendent-ils pas compte que cela n’empêche plus les gens de voter FN ?

Mais en fait, ça marche ! La diabolisation du FN parvient à figer le système. Elle fait office de bouclier idéologique qui arrête toujours le FN même quand celui-ci rassemble plus d’un quart de l’électorat. Mais il faut bien comprendre que le sujet n’est pas le FN : en réalité, comme l’a avoué Lionel Jospin, « la lutte antifasciste n’est que du théâtre » qui vise à ne jamais remettre en cause des choix économiques et sociétaux faits il y a plusieurs décennies.

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Christophe Guilluy chez « Zemmour & Naulleau »

On ne se félicitera jamais assez de voir enfin les géographes intervenir sur des questions qui ont été largement détournées par les sociologues.

Petit bémol au sujet de ce que dit Guilluy sur le FN:
– Non, les résultats du FN ne sont pas le fruit du marketing politique. Le FN connait l’évolution normale d’un parti populiste et souverainiste dans un contexte de mutation générale. Contrairement à ce qui est dit communément il y a plus d’analyses et de projections dans les sphères intellectuelles qui gravitent autours du Fn que dans celles Continuer la lecture de Christophe Guilluy chez « Zemmour & Naulleau »

Nouvelle carte de la pauvreté: un message du gouvernement aux « petits blancs »

dad9db1fceefed7b963e4031f26895eddd3dfc65En faisant entrer des « territoires périphériques » dans la nouvelle carte de la pauvreté, le gouvernement adresse un message aux « petits blancs » tentés par le vote FN ou l’abstention, estime le géographe Christophe Guilluy, auteur de Fractures françaises.

QUESTION: Le gouvernement publie mardi une nouvelle carte de la pauvreté qui définit 700 villes éligibles à des aides spécifiques. Aux côtés des banlieues de Seine-Saint-Denis ou du Nord, elle fait entrer des petites villes de zones rurales dans le dispositif. Cette carte vous paraît-elle pertinente?

REPONSE: « Oui. Elle prend enfin en compte une réalité sociale qui saute aux yeux: 80% des catégories populaires ne vivent pas dans les quartiers en politique de la Ville.

Quand on fait la carte des fragilités sociales, on voit effectivement beaucoup de zones sensibles. Mais, compte-tenu du redéploiement des petits employés, des ouvriers, des retraités précaires dans la France périphérique, à l’écart des grandes métropoles, il y aussi des petites villes, des villes moyennes, comme Guéret ou Foix. C’est donc logique qu’elles entrent dans la nouvelle carte de la pauvreté. »

Q: Cette répartition de la pauvreté est-elle nouvelle?

R: « Ca fait trente ans qu’il y a une recomposition sociale des territoires. Les grandes métropoles s’embourgeoisent et, comme il y a beaucoup d’immigrés dans les logements sociaux de la proche banlieue, les classes populaires ne veulent pas y vivre et s’éloignent.

Avant, dans les campagnes, il y avait des pauvres, mais c’était surtout des paysans Continuer la lecture de Nouvelle carte de la pauvreté: un message du gouvernement aux « petits blancs »

«Petits Blancs» contre bobos

Le Figaro se réveille et découvre la fracture ethnique et le grand remplacement en cours depuis de nombreuses années en France. Mieux vaut tard que jamais.

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Pour son lancement, FigaroVox avait organisé un débat entre l’écrivain Aymeric Patricot et le journaliste Thomas Legrand. Le thème : «Petits Blancs contre bobos, la nouvelle lutte des classes ?». Les premiers résultats des municipales confirment malheureusement cette nouvelle fracture française.

« Petits Blancs contre bobos, la nouvelle lutte des classes?»: ce fut l’un des tous premiers débats du FigaroVox. Il s’agissait de confronter la vision de d’Aymeric Patricot, auteur d’un essai audacieux Les petits Blancs , à celle de Thomas Legrand, dont La République Bobo venait de paraître. Les deux livres, qui présentaient deux visages opposés de la France, semblaient se répondre. Le titre de notre article s’imposait de lui-même. Pourtant, nous avons un peu hésité avant de le retenir. Alors que deux membres du PS venaient d’épingler Alain Finkielkraut pour son usage des mots «Français de souche», l’expression «petits Blancs» allait-elle être bien comprise?

Les résultats du premier tour des municipales nous donne raison d’avoir ouvert le débat et de l’avoir posé en ces termes. Plus encore que l’élection présidentielle de 2012, ce scrutin met en lumière certaines réalités sociologiques et territoriales.

Le triomphe dès le premier tour du FN à Hénin-Beaumont, où la gauche recueillait autrefois près de 80% des suffrages, confirme l’existence d’une nouvelle géographie sociale et culturelle qui influence le vote. Comme l’explique le géographe Christophe Guilluy dans son essai Fractures Françaises , les grandes métropoles mondialisées (environ 40 % de la population), qui concentrent le flux migratoires, et abritent la nouvelle bourgeoisie urbaine, constituent désormais des bastions de gauche tandis que la France périphérique, celle des «petits Blancs» (environ 60 % de la population) rurale industrielle et périurbaine, vote plus volontiers à droite, voire à l’extrême droite.

«C’est précisément là que se multiplient les plans sociaux-écrit le géographe et que les ouvriers et les employés subissent depuis 30 ans une dégradation sensible de leurs Continuer la lecture de «Petits Blancs» contre bobos

L’ethnicisation des « Blancs », un phénomène qui pose la question de la cohésion sociale en France

Christophe Guilluy nous propose une leçon inédite de géographie sociale. S’appuyant sur sa discipline, il révèle une situation des couches populaires très différente des représentations caricaturales habituelles. Leur évolution dessine une France minée par un séparatisme social et culturel. Derrière le trompe-l’œil d’une société apaisée, s’affirme en fait une crise profonde du « vivre ensemble ». Extrait de son livre « Fracture française »

Le « dérapage » de Valls illustre aussi la relativité des concepts de minorités et de majorités. Le maire d’Évry parle des « Blancs ». Il donne ainsi une existence ethnique à une « minorité invisible », celle qui tend à disparaître des quartiers les plus sensibles. Sur ces territoires, les minorités et majorités deviennent relatives. L’émergence d’un groupe « Blancs » est une nouveauté. Dans un pays traditionnellement hermétique à la racialisation des rapports sociaux, ces propos montrent que l’émergence d’une société multiculturelle et multiethnique tend à imposer mécaniquement aux individus des identités ethniques ; y compris à des groupes ou à des citoyens qui ne s’y réfèrent pas.

Cette ethnicisation de « l’autre » est d’autant plus sensible qu’elle se réalise à un moment où le Continuer la lecture de L’ethnicisation des « Blancs », un phénomène qui pose la question de la cohésion sociale en France

Christophe Guilluy : « La France périphérique représente 60% de la population, mais elle est invisible aux yeux des élites »

Christophe Guilly revient sur cette « France fragile » éloignée des grandes villes et victime de la mondialisation.

800px-Lotissement_Maule02Pourquoi cette invisibilité des classes populaires?

C. G. Elles le sont d’une part parce qu’on a abandonné « la question sociale » dans les années 80, mais aussi parce que ces catégories vivent dans cette France périphérique éloignée des métropoles d’où proviennent les élites.

Loin de Paris, mais aussi des grandes villes qui sont les premières bénéficiaires de l’économie mondialisée et d’une société ouverte. Mécaniquement, les politiques publiques se sont de plus en plus concentrées sur les grandes villes, qui rassemblent désormais 40 % de la population, en délaissant la nouvelle question sociale naissante dans la France périphérique.

Outre son invisibilité, quelles sont les caractéristiques de cette population ?

C. G. On ne peut pas dire qu’elle ait une conscience de classe. Mais cette France périphérique représente désormais un continuum socioculturel où les nouvelles classes populaires sont surreprésentées. Elles ont en commun d’être des victimes de la mondialisation. Elles habitent loin des territoires qui comptent et qui produisent le PIB national. Si les ouvriers étaient au cœur du système productif et donc dans les villes, aujourd’hui, les nouvelles classes populaires sont au cœur d’un système redistributif de moins en moins performant.[…] Dans cette France fragile, il n’y a pas de création d’emploi. […]

Cela aura-t-il des conséquences pour les élections municipales de mars 2014 ?

C. G. La défiance des classes populaires vis-à-vis des responsables politiques gagne maintenant les maires, qui sont considérés comme impuissants face au délitement du territoire et eux-mêmes victimes des décisions et des représentations portées par les élites.

Politiquement, ces nouvelles classes populaires sont désormais très éloignées des grands partis, c’est pourquoi elles constituent l’essentiel des abstentionnistes et des électeurs du Front national.

Une partie de la France fragile vit également dans les métropoles, et notamment Continuer la lecture de Christophe Guilluy : « La France périphérique représente 60% de la population, mais elle est invisible aux yeux des élites »

Christophe Guilluy : “La bipolarisation droite-gauche n’existe plus en milieu populaire”

Lu sur Fortune

Nous reproduisons ci-dessous un entretien avec le géographe et sociologue Christophe Guilluy, publié le 19 juillet 2013 dans le quotidien Le Figaro. Christophe Guilluy est l’auteur d’un essai intitulé Fractures françaises (Bourin, 2010) qui a suscité de nombreux commentaires lors de sa publication. Cet essai, devenu introuvable, sera réédité début octobre chez Flammarion, dans la collection de poche Champs.

LE FIGARO. – Vous êtes classé à gauche mais vous êtes adulé par la droite. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Christophe GUILLUY.- Je ne suis pas un chercheur classique. Ma ligne de conduite depuis quinze ans a toujours été de penser la société par le bas et de prendre au sérieux ce que font, disent et pensent les catégories populaires. Je ne juge pas. Je ne crois pas non plus à la posture de l’intellectuel qui influence l’opinion publique. Je ne crois pas non plus à l’influence du discours politique sur l’opinion. C’est même l’inverse qui se passe. Ce que j’appelle la nouvelle géographie sociale a pour ambition de décrire l’émergence de nouvelles catégories sociales sur l’ensemble des territoires.

Selon vous, la mondialisation joue un rôle fondamental dans les fractures françaises. Pourquoi ?

La mondialisation a un impact énorme sur la recomposition des classes sociales en restructurant socialement et économiquement les territoires. Les politiques, les intellectuels et les chercheurs ont la vue faussée. Ils chaussent les lunettes des années 1980 pour analyser une situation qui n’a aujourd’hui plus rien à voir. Par exemple, beaucoup sont encore dans la mythologie des classes moyennes façon Trente Glorieuses. Mais à partir des années 1980, un élément semble dysfonctionner : les banlieues. Dans les années 1970, on avait assisté à l’émergence d’une classe moyenne, c’est la France pavillonnaire.

Vous avez théorisé la coexistence de deux France avec, d’une part, la France des métropoles et de l’autre la France périphérique.

On peut en effet diviser schématiquement la France en deux : la France périphérique, que certains ont dénommée mal à propos France périurbaine, est cette zone qui regroupe aussi bien des petites villes que des campagnes. De l’autre côté, il y a les métropoles, complètement branchées sur la mondialisation, sur les secteurs économiques de pointe avec de l’emploi très qualifié.

Ces métropoles se retrouvent dans toutes régions de France. Bien évidemment, cela induit Continuer la lecture de Christophe Guilluy : “La bipolarisation droite-gauche n’existe plus en milieu populaire”

De quoi la référence au populisme est-elle le nom ?

Par Christophe Guilluy

Se poser la question du « populisme », obsédante aujourd’hui dans le débat public, c’est déjà tomber dans le piège de la mise à distance des classes populaires. Cet a priori récurrent permet de délégitimer leur discours.

deschienspetite

En effet, l’approche de la crise par le « populisme » vise à décrédibiliser les réactions des classes populaires et, in fine, à occulter les causes du rejet des classes dirigeantes. Cette rhétorique vise à écarter la responsabilité des partis de droite et de gauche depuis une trentaine d’années. Il s’agit, en fait, de rendre illégitime la contestation des choix économiques et sociétaux effectués par les organisations ayant exercé le pouvoir, quelles que soient leurs étiquettes.

Si la mise en avant du « populisme » s’est généralisée parmi les élites, c’est parce qu’elle permet d’imposer un diagnostic « par le haut », en décrédibilisant le diagnostic « par le bas », celui des classes populaires.

Or, contrairement à ce que l’on croit, le diagnostic rationnel, objectif, est celui des classes Continuer la lecture de De quoi la référence au populisme est-elle le nom ?

Villes françaises : Les classes modestes évincées par les bobos et les immigrés

La transformation des anciens quartiers populaires en quartiers bourgeois et l’appropriation d’un parc de logements historiquement destinés aux couches populaires par des catégories supérieures ne suscitent aucun émoi particulier. Alors que les discours incantatoires sur le manque de logements sociaux n’ont jamais été aussi présents, rares sont les politiques qui s’émeuvent aujourd’hui de la conquête par une petite bourgeoisie du parc privé «social de fait» des grandes villes. Analyse du géographe Christophe Guilluy, auteur du livre «Fractures françaises».

C’est bien grâce à l’exploitation en cuisine des immigrés que le bobo peut continuer à fréquenter assidûment les restaurants pour une note assez modique. Produit de la mondialisation libérale, la ville prospère non seulement sur un marché de l’emploi très qualifié et bien rémunéré, mais aussi sur un marché de l’emploi précaire caractérisé par une forte pression sur les coûts salariaux.

Ce silence est d’autant plus étourdissant que c’est ce parc privé, et non le parc social, qui, jusqu’à aujourd’hui, a toujours répondu majoritairement aux besoins des couches populaires, et l’ampleur de cette perte ne sera que très partiellement compensée par la construction sociale.

Le changement de destination d’un parc de logements occupés depuis deux siècles par des catégories modestes est d’autant moins dénoncé qu’il bénéficie aux catégories supérieures et aux prescripteurs d’opinions. On arrive ainsi à une situation ubuesque où ces catégories moyennes et supérieures, celles qui participent le plus à l’éviction des catégories populaires et à l’appropriation de leurs logements, sont aussi celles qui plébiscitent le plus la mixité dans la ville et qui soulignent la nécessité de construire des logements sociaux.

En réalité, et au-delà des discours grandiloquents, ce sont des logiques foncières et patrimoniales qui déterminent les dynamiques à l’œuvre. Ainsi, si les espaces publics dans les grandes villes ont donné lieu à un partage savant qui permet de maintenir le décorum ouvriériste ou ethnique, les commerces ethniques et les hard-discounters côtoient désormais les bistrots-bobos et les supérettes bio.

En revanche, la répartition du patrimoine immobilier ne fait l’objet d’aucune “négociation” de la part des couches supérieures. On accepte à la rigueur le maintien d’un parc social marginal (surtout s’il est destiné aux petites classes moyennes), mais pas le maintien dans le parc privé des catégories populaires. Dans ces quartiers, les bobos sont en train de se constituer un patrimoine d’une très grande valeur en acquérant de grandes surfaces industrielles, artisanales ou en réunissant de petits appartements. Les services des impôts ont ainsi enregistré une explosion des ménages payant l’ISF dans tous les quartiers populaires des grandes villes et notamment à Paris. […]

Ce double mouvement de gentrification et d’immigration participe à un processus de substitution de population complexe, où les couches populaires traditionnelles, ouvriers et employés, sont remplacées par des couches moyennes et supérieures et par des couches populaires immigrées. […]

Le Nouvel Economiste