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Élections législatives partielles : le succès va au FN et à l’abstention, pas à l’UMP

Dimanche a eu lieu le premier tour des élections législatives partielles qui se déroulaient dans trois circonscriptions : l’Hérault, le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine. En pleine crise interne, l’UMP s’est félicitée des résultats. Pourtant, Thomas Guénolé, politologue à Sciences Po, estime que ce scrutin et la forte abstention remettront en cause la légitimité des trois élus.

Les élections législatives partielles du 9 décembre ont été l’occasion de multiples erreurs d’analyse et d’interprétation. Les commentaires qu’elles ont suscités sont ainsi passés à côté de quatre données fondamentales.

extrait de l’article du Nouvel Obs

Des erreurs d’analyse

Examiner les résultats en pourcentage des suffrages exprimés entraîne des erreurs d’analyse. Cela produit en effet des effets d’optique qui conduisent à écrire des contresens.

Dans la première circonscription du Val-de-Marne, le FN est en progression de 2 points en pourcentage des suffrages exprimés. Cependant, en pourcentage du total des électeurs, le FN est en fait en baisse de 2 points. Autre exemple, dans la treizième circonscription des Hauts-de-Seine, l’UMP est en progression de 10 points en pourcentage des suffrages exprimés. Cependant, en pourcentage du total des électeurs, l’UMP est en baisse de 7 points.

Cette erreur d’approche génère des analyses politiques systématiquement fausses. Cela conduit par exemple, dans la première circonscription du Val-de-Marne, à souligner que la droite et l’extrême-droite progressent tandis que la gauche régresse, alors qu’en réalité, les trois régressent dans des proportions différentes.

Des scrutins à dimension locale

L’abstention est un phénomène politique en soi. Sa progression est systématiquement spectaculaire par rapport à juin 2012 : +43% dans l’Hérault, +74% dans les Hauts-de-Seine, +71% dans le Val-de-Marne, pour atteindre respectivement 58, 63 et 71% du total des électeurs. Cet aspect est systématiquement peu ou pas abordé dans l’analyse des résultats. Or, il est riche d’enseignements.

Un tel niveau d’abstention est en fait normal pour des élections législatives partielles, c’est-à-dire déconnectées de la tenue simultanée nationale des élections législatives. On constate en effet que si les électeurs se mobilisent significativement pour des élections législatives se tenant le même jour dans tout le pays, ils s’intéressent en revanche beaucoup moins à une élection législative ne se tenant ce jour-là que chez eux ou dans une poignée de circonscriptions.

Cela implique une modification fondamentale des comportements de vote. Lorsque l’élection a lieu en même temps que toutes les autres, les électeurs votent dans une perspective nationale : l’enjeu est de donner une majorité parlementaire à leur camp. A contrario, lorsque l’élection en est déconnectée, la majorité parlementaire est déjà établie et ils votent dans une perspective ramenée aux dimensions de leur circonscription : l’enjeu, bien plus réduit, est de sanctionner ou de conforter le député sortant.

Démobilisation à gauche, dissidence à droite 

À cela, deux conséquences logiques :

– Si à l’échelle de la circonscription, un camp est durablement hégémonique, la conséquence est un surcroît de perte de mobilisation dans le camp qui ne l’est pas.

– Si à l’échelle de la circonscription, le député sortant est contesté dans son propre camp, les chances d’une candidature dissidente sont maximisées.

La première conséquence est vérifiée dans les trois scrutins. Le député sortant y est systématiquement de droite. Or la gauche a déjà une majorité à l’Assemblée. L’électorat de gauche se démobilise donc davantage que les autres par rapport à juin 2012 : -33% dans l’Hérault, -35% dans les Hauts-de-Seine, -64% dans le Val-de-Marne, pour atteindre respectivement 12, 12 et 6% du total des électeurs.

La seconde conséquence est vérifiée dans la première circonscription du Val-de-Marne. Le député sortant UDI investi par l’UMP, Henri Pagnol, y est contesté dans son propre camp. L’enjeu pour l’électeur est de sanctionner ou de conforter ce député et non plus de donner une majorité parlementaire à son camp. Une candidature dissidente à droite, celle d’un adjoint du député-maire, advient. Elle répartit les voix de la droite et du centre entre ces deux candidatures.

On soulignera par ailleurs que leur score cumulé est en baisse de 34% par rapport à celui obtenu en juin 2012, pour atteindre 15% du total des électeurs. Il n’y a donc pas d’un côté un bon score de la droite et de l’autre un mauvais score de la gauche.

En réalité, dans cette circonscription, la droite perd 8 points et la gauche 11. En d’autres termes, elles sont toutes deux frappées par la démobilisation des électeurs, avec des ampleurs équivalentes. L’élimination du candidat de gauche dès le premier tour est donc un simple effet de seuil. Dans le contexte d’une abstention de 71%, sa baisse l’a fait passer sous le plancher de 12,5% du total des électeurs, en dessous duquel un candidat n’a pas le droit de se maintenir au second tour.

Le FN régresse comme les autres, mais moins 

À l’inverse du PS ou de l’UMP, le FN a pour constante la faiblesse de son réseau d’élus locaux et de son implantation territoriale. C’est la raison pour laquelle systématiquement, lorsque la possibilité d’une percée électorale semble avérée, il concentre sur les circonscriptions concernées ses maigres moyens en termes de ressources humaines et y parachute des têtes d’affiche. Ce fut par exemple le cas lors des élections législatives de juin 2012 dans trois circonscriptions : respectivement celles de Marine Le Pen, Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen, avec pour conséquence deux victoires sur trois et une défaite d’extrême justesse.

Cette double faiblesse structurelle l’empêche de développer un ancrage territorial de longue haleine. Par conséquent, il part avec un net désavantage dans des scrutins dont l’enjeu redevient local plutôt que national et où la mobilisation des élus locaux et des militants est déterminante.

Pourtant, comparé à ses concurrents, le FN réalise des pertes sensiblement moins importantes. Dans l’Hérault, en pourcentage du total des électeurs, il perd 4 points là où l’UMP en perd 2 mais où le PS en perd 6. Dans les Hauts-de-Seine, sa perte est de seulement 2 points contre 6 pour le PS et 7 pour l’UMP. Dans le Val-de-Marne, sa perte est de seulement 2 points contre 8 pour l’UMP et 11 pour le PS. En d’autres termes, si le FN ne progresse pas dans un contexte où en fait aucun camp ne progresse, en revanche, il tend à moins régresser que ses compétiteurs. Compte tenu de ses désavantages structurels dans ce type de scrutin, il s’agit donc d’un succès.

En outre, ces résultats confirment la tendance des électeurs du FN à moins s’abstenir que ceux de ses concurrents, alors même que l’abstention repart à la hausse depuis sa baisse très nette à l’élection présidentielle de 2007. De fait, si les électeurs de ses concurrents continuent à s’abstenir de plus en plus, le FN, soit par stabilité soit par baisse moins forte de ses scores en pourcentage du total des électeurs, peut espérer pour l’avenir des effets de seuil du même type que celui du 21-avril. À l’époque, c’était déjà la conjugaison de sa baisse moindre en pourcentage du total des électeurs et d’une augmentation très forte de l’abstention qui avait permis sa qualification au second tour de l’élection présidentielle.