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Elisabeth Lévy : « Macron nous rappelle qu’entre le sublime et le ridicule, la frontière est ténue »

 Le dernier numéro de Causeur s’intitule: «Tout va très bien, Madame la Marquise». Un titre bien évidemment ironique. Après une très longue année d’élection présidentielle, les Français n’ont-ils pas droit à un peu d’optimisme?

Elisabeth LÉVY.- Un nouveau droit de l’homme, le droit à l’optimisme! Si vous voulez vraiment inventer de nouveaux droits, à tout prendre, je préférerais le droit à la vérité, ou à la lucidité. Permettez-moi de vous rappeler que la chanson «Tout va très bien Madame la Marquise», qui date de 1935, est devenue le symbole de l’inconscience d’un monde qui danse sur un volcan. Cela dit, Gramsci parlait d’optimisme de la volonté – qu’il voulait allier au pessimisme de la raison: aujourd’hui, on sent plutôt une farouche (et un peu déraisonnable) volonté d’optimisme. Et cette humeur, contrairement à ce que pensent beaucoup, n’est pas une fabrication des médias, même si ceux-ci sont plutôt indulgents: par exemple, quand Macron fait du Chevènement en critiquant l’Europe et en rappelant la nécessité de protéger, ils applaudissent alors que, d’habitude, ce genre de propos leur semble être l’abomination de la désolation. Ni les affaires, qui obligent opportunément le pouvoir à en rabattre sur le côté «je lave plus blanc», ni les éructations mélenchonistes, ni l’arrogance des hipsters façon Castaner qui constituent la garde rapprochée de Macron, ni l’arnaque de «la société civile» qui cache une reprise en main de grande ampleur par les experts et les hauts fonctionnaires sous la haute surveillance d’une cohorte d’inspecteurs des Finances, ni la valse-hésitation sur la fiscalité ne Continuer la lecture de Elisabeth Lévy : « Macron nous rappelle qu’entre le sublime et le ridicule, la frontière est ténue »

Jean-claude Michea, penseur capital.

On ne peut que se réjouir de l’effervescence et des débats provoqués par le penseur français le plus stimulant de ces vingt dernières années et dont l’écho ne cesse de grandir. Une performance d’autant plus éclatante que cet agrégé de philosophie a choisi d’enseigner dans un lycée de Montpellier jusqu’à sa retraite en 2010 et qu’il s’est toujours tenu à l’écart des joutes médiatiques spectaculaires en refusant toute apparition télévisuelle. Comme quoi, l’influence réelle d’un intellectuel n’est pas toujours proportionnelle à sa présence dans les médias de masse. Pour preuve, dans un récent essai, Les Nouveaux enfants du siècle, Alexandre Devecchio, journaliste au Figaro et animateur du FigaroVox, évoque l’existence d’une «génération Michéa» dans la jeunesse intellectuelle hexagonale. Quant à Ariane Chemin, dansLe Monde, elle analysait son influence sur «des jeunes gens antimodernes» animant revues ou sites Internet (de sensibilité conservatrice, décroissante, catholique tendance «Manif pour tous» ou autre) qui tiennent l’auteur deL’Enseignement de l’ignorance pour leur maître à penser.

Évoquons encore les hommages à Michéa rendus par Eric Zemmour (qui le cite régulièrement depuis des années), Elisabeth Lévy, Patrick Buisson ou Alain de Benoist, le «père» de la nouvelle droite. Plus à droite, selon certains médias, Marine Le Pen et sa nièce Marion se sont mises aussi à la lecture de ses œuvres sous l’injonction de leurs conseillers respectifs. Il y a évidemment quelque paradoxe à voir une partie de la droite célébrer un penseur invoquant le socialisme originel, Proudhon ou Marx.

Pour faire court, certaines idées de Michéa peuvent être relayées dans les pages «Débats» du Figaro, mais pas dans les pages politiques ou le cahier «saumon» du journal de Serge Dassault. D’ailleurs, Michéa a souvent exposé la schizophrénie d’une droite qui vénère le marché tout en maudissant la culture qu’il engendre (par exemple la destruction de l’école et des savoirs classiques).
Par un phénomène à front renversé finalement logique, la pensée anti-libérale de Michéa a été assez vite prise sous les feux de critiques venues de la gauche, ou plus exactement de diverses gauches : Continuer la lecture de Jean-claude Michea, penseur capital.

Elisabeth Lévy: «Philippe Muray est l’imam caché des esprits libres»

Source: Le Figaro
A l’occasion de la publication du journal inédit de Philippe Muray, dont le magazine Causeur publie les bonnes feuilles, Elisabeth Lévy nous trace le portrait d’un écrivain prophétique.

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Causeur publie en exclusivité les bonnes feuilles du journal inédit de Philippe Muray. La fidélité post-mortem, c’est unique, non?

Si vous parlez de la fidélité de Muray, sachez qu’il n’était fidèle qu’à lui-même! Non, ce n’est pas à sa fidélité que je dois ce privilège mais à celle d’Anne Sefrioui, sa compagne puis son épouse – et sa lectrice la plus exigeante – pendant trente ans. Et le long entretien qu’elle a accepté de nous donner, non sans difficulté car elle n’aime guère la lumière, est, avec les extraits, le plat de résistance de notre dossier. En effet, Anne est aussi l’éditrice du Journal, et elle s’acquitte de cette tâche avec une rigueur et une probité indiscutables: tout le contraire de la veuve de Jules Renard qui a détruit beaucoup de textes! Quoi qu’il en soit, je vois dans ce magnifique cadeau un témoignage d’amitié, bien sûr, mais aussi de confiance: s’il y a un numéro de Causeur que je ne voulais pas rater, c’est bien celui-là. Et j’ose croire que, grâce à son aide, nous avons réussi. Cela dit, il y a une certaine logique, non seulement amicale, mais intellectuelle: malheureusement, Philippe est mort avant la création de Causeur, mais si je ne l’avais pas connu, Causeur n’aurait sans doute pas existé, tout simplement parce qu’il a considérablement influencé ma façon de penser et de voir le monde. Bref, Muray, c’est notre imam caché!

Il est vrai que ce numéro est très réussi, mais aussi un peu décalé. Muray a-t-il vraiment quelque chose à nous dire sur notre actualité?

Bien plus que ce que vous croyez! Tout d’abord, Muray est un écrivain qui nous éclaire sur tout ce qui constitue notre présent. Et ni l’islamisme, ni le djihadisme, ni le terrorisme ne sont nés hier. Il a beaucoup écrit après le 11 septembre. Mais bien sûr Muray n’était pas un expert pour plateau-télé et il s’intéressait beaucoup moins aux problèmes du monde musulman qu’à ce que ces problèmes disent de nous. Dans Chers Djihadistes…(Mille et Une nuits, 2002), s’adressant (par choix rhétorique) aux assassins du World Trade Center, il leur dit en substance: vous êtes des éléphants arrivant dans un magasin de porcelaine dont les propriétaires ont déjà tout saccagé. Autrement dit, l’Occident n’a pas besoin d’ennemis, il se détruit très bien tout seul en renonçant à l’héritage de la modernité. Ce renoncement est l’un des fils conducteurs de toute l’œuvre de Muray. Et je crois en effet que ce qui nous arrive aujourd’hui en dit autant, sinon plus, sur «nous» que sur «eux». Alors j’espère simplement que, pour une fois, la réalité, démentira la sombre prédiction par laquelle se conclut le livre: «Nous vaincrons. Parce que nous sommes les plus morts

Vous avez travaillé et dialogué avec Muray. Quand avez-vous découvert son œuvre et son auteur?

C’était en 2000, je revenais de plusieurs mois en Serbie. Un ami commun, l’éditeur Georges Liébert, m’avait envoyé une de ses chroniques de La Revue des Deux Mondes qui ont ensuite été rassemblées dans Après l’Histoire. Quand j’ai lu ce texte, où il était question d’Homo Festivus, le ridicule successeur-usurpateur d’Homo sapiens, et des rolléristes du vendredi soir comparés à des bancs de poissons, j’ai été saisie d’une franche hilarité. Mais en même temps, c’était une sorte de révélation, la découverte d’un sens caché derrière des faits apparemment anodins que je n’aurais pas pensé à commenter. J’ai donc inventé un prétexte pour le rencontrer – un portrait dansl’Evénement du Jeudi. Et notre complicité a été instantanée, ce qui n’a évidemment pas empêché de franches engueulades comme celle que je raconte dans Causeur. Philippe est incontestablement la personne avec laquelle j’ai partagé le plus de fous rires. Et je me suis mise à le lire avec passion. Compte tenu de l’importance, amicale et intellectuelle, qu’il a eue pour moi, j’ai du mal à réaliser que je n’ai eu cette chance que pendant six petites années….Et je n’en reviens toujours pas qu’il ait accepté de publier un livre de «conversations» avec ma modeste personne (Festivus Festivus, Fayard 2004), vu que des tas de gens bien plus importants l’avaient sollicité. Les éditeurs ne sont pas malins: s’ils l’avaient connu, ils auraient au moins su qu’il ne pouvait avoir ce type de dialogue qu’avec une femme….

Etait-il dans la vie courante le moraliste de ses écrits?

Dans ses écrits, sa seule morale, c’est la vérité. Muray avait les prêchi-prêcheurs en horreur. Durant son séjour à Stanford, en 1983, il est atterré par le moralisme américain. Dans la vie, il était – faut-il le préciser – tout le contraire d’un pudibond ou d’un redresseur de torts: il était en guerre contre son époque, mais n’avait nullement l’ambition de la réformer. Son obsession, c’était de lui faire rendre gorge, de lui faire avouer ses forfaits. Je pense qu’il était difficile de le «choquer» au sens courant de ce terme. Le désastre dont il était le chroniqueur impitoyable ne le choquait pas, il le consternait et le faisait hurler de rire en même temps.

Incarne-t-il à vos yeux cette espèce indéfinissable qu’on appelle anarchiste de droite?

Pardonnez-moi, je crois que cette catégorie dans laquelle on englobe tous les écrivains qui ne sont pas «de gauche» n’est pas très opérante. Par définition, tout grand écrivain est un solitaire et la singularité est en soi subversive. Mais en réalité, cela n’a pas grand-chose à voir avec l’anarchie. Si Muray a consacré beaucoup de temps à se moquer de la gauche, c’est parce qu’il avait compris avant tout le monde qu’elle est le cœur de L’Empire du Bien (1991): on le voit dans le Journal, quand il commente la victoire de Mitterrand, comme celle d’une «nouvelle classe, inculte bien entendu et impérieuses comme toutes les classes montantes». Et toc!

Maintenant, si on veut vraiment essayer de définir Muray, au-delà de «génial», et je pèse mes mots, je dirais qu’il est un homme des Lumières malheureux. Je rejoins en cela Alexandre de Vitry qui montre, dans un texte très profond, que Muray est le dernier écrivain moderne (disons l’un des derniers). Ou peut-être un Zarathoustra qui aurait découvert l’humour…..

Que révèle le journal inédit dont vous publiez des extraits? Continuer la lecture de Elisabeth Lévy: «Philippe Muray est l’imam caché des esprits libres»

Chacun son voile, chacun son chemin… Et si Diam’s était entrée au couvent ?

A l’occasion de la sortie de son autobiographie, Diam’s revient sur le devant de la scène après deux ans de silence. Voilée, maman et sereine, un bonheur apparent largement relayé par des médias aux anges, les mêmes qui la conspuaient lors de sa conversion à l’islam en 2009.

Atlantico : Critiquée en 2009 dans Paris Match et à ses concerts suite à sa conversion à l’islam, on a l’impression désormais que les médias la réhabilitent : pourquoi ce revirement et surtout dans quelle mesure les médias décident-ils de ce qui est bien ou mal ?

Elisabeth Lévy : Tout d’abord, je ne m’intéresse pas particulièrement à Diams et je n’ai aucune lumière sur une éventuelle polémique en cours. Cela dit, je me rappelle que tout le monde trouvait admirable sa chanson « Ma France à moi », dans laquelle figurent ces paroles: « Ma France à moi, elle parle du bled ». Quand quelqu’un ose parler de son bled en Auvergne, c’est atroce, ultra-beauf et en un mot raciste: en clair il vaut mieux être bledouillard que franchouillard. Bref, la beauferie, c’est super quand c’est exotique.

C’est ce que vous pensez ?

Non, moi je n’ai pas de problème avec le fait que les gens aiment leur patelin, même si je n’en ai pas vraiment.

Mais le point de vue dominant dans les médias, c’est qu’il est tout à fait acceptable d’être de quelque part, à condition que ce quelque part soit de l’autre côté de la Méditerranée.

Ce qui traduit, une fois de plus, le décalage énorme qui existe entre l’opinion médiatique et l’opinion générale. Le problème est que ce décalage nourrit le ressentiment : les « gens ordinaires », comme dit Michéa, ou les « vrais gens » comme on disait autrefois au Parti Communiste ont l’impression qu’une minorité de journalistes vivant à l’abri de frontières culturelles entend leur dire ce qu’ils doivent penser et s’ériger en arbitre des élégances morales. Heureusement, internet permet d’échapper au monopole des médias convenables. Même si économiquement cela reste difficile, les gens décrétés infréquentables peuvent s’exprimer….sinon, j’aurais dû changer de métier depuis longtemps !

(…)

On voit que les médias « choisissent » là où la critique va s’axer: auraient-ils une réaction similaire face à Diam’s si cette dernière était rentrée au couvent? A contrario, on l’impression que l’islam passe mieux, est-ce le cas?

Je suppose que si Diam’s était entrée au couvent, les médias auraient trouvé ça moins chic que sa conversion à l’islam.

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Elisabeth Levy: Après le meurtre de masse, le procès collectif

Dans son dernier article mis en ligne sur son site Causeur, Elisabeth Levy confie qu’elle ne sent pas responsable du massacre d’Oslo et en profite pour régler ses comptes avec la bien-pensance qui, aussitôt le Jobard arrêté, n’a pas hésité à le désigner comme le porte- flingue des méchants réactionnaires et de tous ceux qui osent critiquer le multiculturalisme et l’immigration.

Quelques extraits de l’article « Oslo, la faute aux nouveaux réacs ? » que vous pouvez lire dans son intégralité ici.

En quelques heures, une vague de spécialistes en « motivations et inspirations de tueur de masse à pedigree d’extrême droite » déferle sur nos écrans. On pourrait penser qu’il faut du temps pour faire avouer ses secrets à un acte qui suscite d’abord l’effroi et l’incompréhension. Que nenni. En trois reportages dans la « fachosphère » – au moins, c’est pas cher – et au prix d’une palanquée de syllogismes et glissements sémantiques – dont leurs auteurs sont pour la plupart parfaitement inconscients de les commettre, convaincus qu’ils sont d’être dans le bon camp – l’affaire est pliée. Anders Behring Breivik est un symptôme. Peut-être un avertissement. Le nouveau visage de la bête immonde qui déploie ses multiples et hideuses têtes dans toute l’Europe, y compris, bien sûr, en France où il dispose d’idiots utiles mais aussi de complices objectifs tout aussi criminels que lui. Comme de toute façon, sur la Norvège, on ne sait pas grand-chose et qu’après quatre reportages pleins d’émotion on n’a plus grand-chose en rayon, on va s’intéresser aux vrais coupables. Ceux qui ont armé ce bras.
À qui la faute ? La question excite d’autant plus les médias que sur ce coup-là, ils peuvent lui donner la réponse qui leur plait. Et sortir l’attirail de l’indignation morale et la rhétorique du dimanche qui va avec – « les mots qui tuent », « les racines de la haine ». Le drame norvégien est peut-être l’occasion de réussir à l’échelle européenne la diabolisation qui a donné avec le FN l’heureux résultat que l’on sait, autrement dit de mettre à l’index une partie du corps électoral, coupable de ne pas savoir ce qui est bon pour lui.

Sur RTL, l’inénarrable Rokhaya Diallo remarque très sérieusement que dans sa logorrhée numérique, Breivik cite deux fois Alain Finkielkraut. « Ce n’est pas un hasard », lâche-t-elle sentencieusement avant d’en appeler à la responsabilité de l’intellectuel. On pourrait lui faire remarquer que Ben Laden a cité Emmanuel Todd et Allah, mais ce n’étaient pas le vrai Todd et pas le vrai Allah. Là, c’est autre chose. Ce Breivik sait lire. D’ailleurs, il faudrait songer à interdire 1984 qui est l’un de ses livres de chevet. À ce compte-là, comme l’a fait remarquer Rémi Lélian, il serait temps de placer sous surveillance les penseurs écologistes et trotskystes qui inspirèrent Richard Durn, le tueur de Nanterre et Audry Maupin. On pourrait aussi faire remarquer à mon estimable camarade de On refait le monde qu’il n’est pas très cohérent de brandir à tout bout de champ la tolérance et l’ouverture à l’autre et d’être incapable d’examiner une opinion différente de la sienne. Comme d’habitude, personne ne moufte. De même que personne ne sursaute, dans les jours qui suivent, en entendant répéter en boucle que le refus du multiculturalisme, c’est la haine des étrangers…..

…. L’intérêt de la manœuvre est évident : disqualifier et même criminaliser toute critique des transformations des sociétés induites par l’immigration – ou plus précisément dans le cas de la France par le renoncement à assimiler les immigrés. S’il existe un fil rouge menant d’Alain Finkielkraut à Breivik en passant par l’électeur de Wilders ou de Marine Le Pen, toute réticence à l’égard du multiculturalisme tel qu’il s’installe en Europe mène au meurtre. Bien sûr, vous avez le choix : ou vous pensez que les changements culturels produits par les flux migratoires sont une bénédiction pour nos sociétés sclérosées et, par conséquent, qu’il serait monstrueux de demander aux populations fraîchement installées de s’adapter aux mœurs locales, ou vous êtes un salaud prêt à sortir son revolver dès qu’il entend le mot « différence ».

lire l’article: http://www.causeur.fr/je-n%E2%80%99y-suis-pour-rien,10830