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Les réformes en trompe-l’œil du Président : 78% du bilan des banques est toujours destiné aux activités de marché

André Bercoff fait le bilan des promesses de campagne et des échecs de François Hollande un an après son élection à la présidence de la République. Extrait de “Moi, Président“.

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Ah, ces banques. Prédatrices. Voleuses. Avides. Se fichant comme d’une guigne du pauvre déposant qui lui confie le salaire de son labeur, en jouant au casino la confiance de millions de clients ignorant totalement les circuits empruntés par les sommes importantes ou minimes qu’ils ont confiées aux spécialistes autotamponnés de l’expertise financière. Pour parler franchement, votre argent m’intéresse. L’autre façon d’être une banque. Le bon sens près de chez vous.

Depuis l’ouragan des subprimes, la chute de Lehman Brothers, le gouffre du Crédit Lyonnais et les planétaires escroqueries de Bernard Madoff, chacun a compris que si la spéculation financière est au capitalisme ce que le bordel est à l’amour, l’impuissance citoyenne face à la rapacité des traders et des salles de marchés semble impossible à combattre. Il y eut évidemment des sanctions : on punit des caricatures qui volatilisent 5 milliards d’euros comme Jérôme Kerviel, mais on ne touche pas à un système qui demeure aussi opaque que risqué. (…)

Foin ici de moralisme. Il n’est pas question d’empêcher quiconque a envie de spéculer sur les hedge funds pour rafler cent fois la mise en vingt-quatre heures, ou aussi bien tout perdre, de se faire plaisir. En revanche, il ne serait pas mauvais que ceux qui n’ont pas envie de jouer leur patrimoine et celui de leurs enfants à la roulette russe sachent d’emblée quel type d’activité exerce leur banque. D’où l’engagement de «Moi, président», en dépit des protestations des banquiers qui jurent, la main sur le coeur, ne jamais proposer à leurs clients un choix spéculatif sans leur en détailler pédagogiquement les risques et les dangers. Continuer la lecture de Les réformes en trompe-l’œil du Président : 78% du bilan des banques est toujours destiné aux activités de marché

Comment Hollande est devenu le meilleur ami des spéculateurs boursiers.

Fraîchement élu, François Hollande avait fait une promesse : s’attaquer au monde de la finance en doublant les taxes sur les transactions boursières. Il pensait ainsi mettre fin à une bulle spéculative dangereuse sans se rendre compte (ou pas) qu’il favorisait en fait fiscalement ces spéculateurs boursiers.

Plus de 90% des ordres boursiers sont spéculatifs, mais échappent aux nouveaux impôts créés par le gouvernement. Officiellement, on allait voir ce qu’on allait voir. Avec François Hollande, on allait accrocher « les boursicoteurs à la lanterne » ! En réalité, le gouvernement Hollande a mis en place deux mesures fiscales qui pénalisent les particuliers qui font quelques investissements boursiers placés dans la durée, en « bon père de famille », alors qu’elles exonèrent les boursicoteurs spéculateurs. Ignorance ? Incompétence ? Soumission aux lobbys ? L’illustration d’un double discours, complaisamment relayés par la plupart des médias.

Pour les particuliers qui investissent en bourse en misant dans  une grande entreprise, dans la durée, l’addition se corse :

D’une part, le gouvernement a décidé de doubler la taxation sur les transactions boursières mise en place par le gouvernement précédent, la portant à 0,20%. Officiellement, c’est aux intermédiaires financiers de l’acquitter. En pratique, celle-ci a été répercutée aux particuliers, via des hausses des frais de transactions (de 300% à 400% !) ou des frais de gestion. D’autre part, le gouvernement a également décidé d’accroître la fiscalité sur les dividendes, en supprimant le prélèvement libératoire. Or, pour un investisseur gérant prudemment, la régularité et le niveau de rendement d’un titre, c’est-à-dire le montant du dividende versé par l’entreprise, sont des critères importants d’investissement. Comme en immobilier, le gestionnaire raisonnable compte sur le long terme, sur la régularité du rendement, bien plus que sur une hypothétique  plus-value, tandis que le spéculateur ne se soucie guère du rendement, focalisé sur les plus-values court terme, les « coups ». Depuis longtemps, le diagnostic est fait : deux pratiques, largement répandues chez les spéculateurs boursiers, sont à la fois dangereuses pour la stabilité et économiquement largement inutiles, en plus d’être moralement contestables. Il s’agit d’une part du « trading à haute fréquence » (TAF), et d’autre part des « ventes à découvert».

Rappelons que le TAF représente des millions de transactions spéculatives, effectuées par des ordinateurs en micro-secondes. Le TAF représente en 2011 : 90% des ordres envoyés sur le marché français et 30% des transactions. Or, les achats et ventes par TAF ne sont pas soumis à la taxe Hollande de 0,20%. La raison : l’achat et la vente sont réalisés dans la même journée (« day trading ») ou parfois dans la même minute (TAF). Du coup, Continuer la lecture de Comment Hollande est devenu le meilleur ami des spéculateurs boursiers.

Pourquoi la “finance de l’ombre” reste au-dessus des lois

Les nouveaux chiffres sont sortis le 18 novembre. La finance de l’ombre, ou “shadow banking”, continue de croître au su et au vu des régulateurs. Sa taille atteint aujourd’hui 67.000 milliards de dollars, soit une taille égale à l’ensemble de l’économie mondiale.

On peut la définir comme un système financier parallèle au système bancaire réglementé. Le shadow banking se compose essentiellement de spéculateurs sophistiqués. Son rôle dans les crises de 2002 (Enron, Worldcom) et 2008 (subprime) est avéré.

Et pourtant, les gouvernements, en procédant au sauvetage de l’ensemble du système financier en 2008, ont récompensé l’échec de la finance spéculative et incité les spéculateurs déréglementés à poursuivre leurs activités, qui ont augmenté de 5.000 milliards depuis la crise!

En cause également, le lobbying efficace à Washington qui met en échec les velléités actuelles de la France et de l’UE de réglementer le shadow banking.