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Pourquoi les journalistes sont de gauche

Article lu sur Valeurs Actuelles

À cette inclination pour la gauche, on peut trouver des raisons historiques et générationnelles – au moins jusqu’au début des années 2000. « L’histoire de la presse française n’est faite que de jeunes qui ont tâté de la politique et qui ont pour politique suivi dans le journalisme, expliquait en 2002 un journaliste du Monde cité dans un livre de Christophe Nick, les Trots kistes (Fayard). De 1960 à 1980, les militants étaient tous à l’extrême gauche. À une certaine époque, chaque groupuscule avait son quotidien ou son hebdomadaire. Des centaines de journalistes se sont ainsi formés sur le tas », avant d’être accueillis au sein d’autres rédactions, celle de Libération d’abord, puis du Monde – entre autres.

Ce n’est pas le résultat d’une stratégie d’entrisme, expliquait un ancien de la LCR et de Libé, Basile Karlinsky : « La réalité, c’est que le trotskisme, sans le vouloir ni le savoir, a réussi à être une (pas trop mauvaise) école de journalisme. » Parce qu’ils avaient dans leur bagage politique trois outils très efficaces pour s’imposer au sein des rédactions : « une appréhension intellectuelle du monde », le sens de l’organisation et « le goût du pouvoir

symbolique », soulignait Yves Roucaute dans Splendeurs et Misères des journalistes (Calmann-Lévy). Cette génération, qui avait 20 ans en 1968, est en train de passer la main, mais elle a fait école en faisant carrière sans rien abdiquer de ses convictions libertaires.

D’autres complètent cette approche historique par des éléments sociologiques et culturels. « Les journalistes se rapprochent des catégories sociales et intellectuelles les plus intégrées à la culture de gauche, les enseignants et les chercheurs », note le politologue Roland Cayrol dans la revue Médias. « Les étudiants qui présentent notre concours sont, pour beaucoup, issus de cursus d’histoire, de lettres, de sciences politiques. Des catégories sociales plutôt orientées à gauche », constate Christophe Deloire, du CFJ. Ce que confirment diverses enquêtes parues sur les étudiants de Sciences Po – dont beaucoup deviennent journalistes.

« La sensibilité politique des étudiants de Sciences Po se situe assez nettement dans le camp de la gauche. Ce positionnement s’accompagne d’un répertoire de valeurs privilégiant l’universalité, le libéralisme culturel, ainsi que la tolérance et l’ouverture aux autres », écrivait la sociologue Anne Muxel en 2004. Le règne de Richard Descoings n’y a évidemment rien changé. Les étudiants de Science Po ont, eux aussi, organisé une simulation électorale avant la présidentielle : François Hollande devance Nicolas Sarkozy de douze points au premier tour et l’écrase au second avec 63,6 %des voix.

En France, « les grands journalistes sont souvent issus des mêmes écoles que beaucoup de responsables gouvernementaux », remarquait l’ambassade des États-Unis dans une dépêche diplomatique révélée par WikiLeaks. « S’il y a une homogénéité du milieu, au niveau des dirigeants, c’est pour des raisons internes de formation, d’éducation, de milieu social, de mode de vie », avançait Régis Debray, en 2005, dans la revue Médias. Cette connivence intellectuelle favorise la diffusion d’un credo qu’on ne peut discuter sans risquer l’excommunication – comme l’a montré la condamnation d’Éric Zemmour. Laurent Fabius en a résumé les articles d’une formule éclairante : « La politique est une éthique, les droits de l’homme sont la jeunesse du monde et l’antiracisme est l’âme de la France. »

Nul ne conteste que « les droits de l’homme, dans leur acception classique, demeurent un appréciable instrument de lutte contre l’arbitraire des pouvoirs », écrit Élisabeth Lévy dans les Maîtres censeurs. Mais leur manipulation par des minorités réputées opprimées (culturelles, sexuelles, ethniques) menace d’éclatement une société privée de transcendance. « Voué au ministère des justes causes et des bons sentiments, le “machiavélisme du bien” [selon l’expression du philosophe Marcel Gauchet] n’en est pas moins un machiavélisme », conclut Élisabeth Lévy. Et, serait-on tenté d’ajouter, un manichéisme auquel la droite s’est soumise de peur d’être rejetée dans le camp du mal. Une nouvelle illustration en est fournie par la polémique sur la “droitisation” de l’UMP, récusée par d’ex-ministres de Nicolas Sarkozy. Pourtant, la droite ferait bien de méditer cette réflexion : « Les valeurs défendues par l’intelligentsia exercent un ascendant sur toute la société. L’enseignement, la culture ou l’information ne sont jamais neutres », rappelle Jean Sévillia, écrivain et journaliste. À l’inverse, « la gauche valorise le combat politique et la controverse intellectuelle – donc le journalisme – tandis que la droite a déserté le champ des idées pour les métiers de la finance. Les valeurs d’argent l’ont emporté sur le bien commun, l’esprit bourgeois a eu raison des idéaux », analyse le journaliste Marc Baudriller, auteur des Réseaux cathos (Robert Laffont).

Où l’on voit qu’il est nécessaire à la droite, pour reconquérir le terrain des idées, non seulement de ferrailler contre la gauche mais de batailler aussi contre la tentation de sérieux qui l’a gagnée. En opposant à l’esprit bourgeois (bohème ou non) cet “esprit français” que la bienséance commandait autrefois d’opposer aux fâcheux ? C’est le remède que préconisait le philosophe Philippe Muray et qu’appliquent certains humoristes – ceux qu’on n’entend pas souvent sur le service public. « Comment se fait-il que, quand l’Europe de l’Est s’est libérée, tous les gens n’aient pas foncé vers l’est ? », demande Gaspard Proust. Une question à soumettre aux étudiants en journalisme.

Même avant la victoire de Hollande, la gauche détenait déjà le vrai pouvoir en France

On juge un président sortant à son bilan. Celui de Nicolas sarkozy a été considéré comme décevant, voir honteux. L’hostilité des français à son égard aura été l’allié objectif du PS. Et on peut penser que s’ il n’avait pas plié devant les injonctions de la bienpensance qui interdit à l’UMP toute forme d’alliance avec le FN, Nicolas Sarkozy serait encore président à l’heure qu’il est. Car ce ne sont pas les thèmes abordés et pillés au Front National pendant cette campagne qui ont fait chuter le président-candidat. Ce  sont au contraire les reniements à ses promesses et le manque de cohérence de l’UMP sur des questions comme l’immigration, l’identité, l’europe, le protectionnisme, le multiculturalisme, qui lui ont couté cher.
La gauche devrait donc rester modeste. Car avec plus de 30 % de vote anti-système au premier tour, 20% abstention et un record de vote blanc, ce n’est pas François Hollande qui a gagné l’élection mais Nicolas Sarkozy qui l’a perdu. Le vote en faveur du PS aura pris la forme d’une catharsis. D’un défoulement. D’ un remède purgatif… mais aura-t-il les effets escomptés ???… Pas si sûr.

Non, La gauche ce n’est pas le changement

Les électeurs moutonniers de la gauche qui, à l’annonce du résultat donnant leur favori vainqueur  ont laissé exploser une joie ridicule (1), ne devraient pas trop se bercer d’illusion. S’ils pensent qu’en votant pour le PS, ils ont pris une revanche sur la droite et renverser un fasciste, ils se trompent lourdement.
D’abord parce que  malgré une désacralisation de la fonction présidentielle pendant 5 ans, malgré une crise  économique et financière exceptionnelle, malgré une animosité médiatique toujours plus grande, la droite (avec le FN) réalise un très bon score. Ensuite parce que le président Sarkozy n’a jamais été le personnage que nous ont vendu les officines de la propagande de gauche et les média-complices. Si ces derniers étaient un peu honnêtes, ils auraient même pu en faire leur homme providentiel (ce qui fut d’ailleurs le cas au début de son mandat).
En effet, Sarkozy a été le président de l’abandon de la double peine, de l’immigration incontrôlée, de la discrimination positive, de la diversité dans la constitution (heureusement rejeté par la commission Veil), du multiculturalisme et du métissage. Il aura choisi la voix  du Keynesianisme avec un plan de relance de 26 milliards d’euro, de l’européisme fédéral et de la sauvegarde de l’euro.  Avec un gouvernement composé  en grande partie d’hommes et des femmes de gauche, Sarkozy aura peut-être fait preuve de la plus grande ouverture politique que l’on ait jamais connu sous la Cinquième République. Et ce sont ces  choix, ainsi que l’adhésion aux codes du post-modernisme imposés par la gauche, qui ont déçu les électeurs de droite et ceux du FN.
Donc contrairement à ce que l’on nous raconte, Sarkozy avait tout pour plaire à la gauche bobo. Il en fut l’incarnation jusqu’à l’outrance. Il a endossé les habits du modernisme qu’aurait enfilé à sa place Strauss-Kahn et  que le rad-soc Hollande ne mettra pas longtemps a revêtir.

Alors, non! en votant pour le PS, la France n’a pas emprunté la voie du changement. Et si les militants de gauche pensent avoir mis un terme à un pouvoir absolu, qu’ils sachent au contraire qu’ils n’ont fait que le renforcer.

Car le vrai pouvoir en France c’est la gauche qui le détient.

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