Archives par mot-clé : Identité

FN/Picardie : «Il ne reste plus d’autre ‘identité positive’ disponible que nationale : ‘être Français’»

Dans une tribune au « Monde », trois sociologues et politistes à l’université de Picardie-Jules-Verne, Willy Pelletier, Emmanuel Pierru et Sébastien Vignon expliquent qu’à force de voir le lien social et les infrastructures s’effondrer depuis vingt ans, nombre de ruraux se réfugient dans la seule identité disponible : « être français ».

Le chacun seul, le chacun pour soi, le sauve-qui-peut général qui les accompagnent alimentent cette guerre des pauvres contre de plus pauvres qu’eux, dont se nourrit le vote FN.

Près de 21 millions d’électeurs ont élu Macron président. Souvent, ils s’envisagent plein d’avenir et ils en ont les moyens. Mais les autres ? Dans le monde rural pauvre, les votes FN ne cessent d’augmenter. En Picardie singulièrement, jusqu’à dépasser deux inscrits sur trois fréquemment. […]

Dans les villages de la Somme ou de l’Aisne, il n’y a plus, bien souvent, ni bureau de poste, ni médecin, ni infirmière, ni pharmacie, Continuer la lecture de FN/Picardie : «Il ne reste plus d’autre ‘identité positive’ disponible que nationale : ‘être Français’»

Valeurs Actuelles : « Le testament politique de Marion Maréchal-Le Pen »

[…] Je pense que la stratégie victorieuse réside dans l’alliance de la bourgeoisie conservatrice et des classes populaires. C’était la synergie qu’avait réussie Nicolas Sarkozy en 2007. Indéniablement, il y a des gagnants et des perdants de la mondialisation, une fracture territoriale, une France périphérique, une fracture mondialistes-patriotes, mais je crois que la droite traditionnelle et les classes populaires ont un souci commun, c’est celui de leur identité. Pas l’identité comme un folklore artificiel ou comme un musée qu’on dépoussière, mais comme un ciment social. L’identité, c’est ce qui nous donne le sentiment d’être un peuple, en dépit de lieux de vie différents, de modes de vie différents. […]

Je pense que les courants de droite et de gauche continuent Continuer la lecture de Valeurs Actuelles : « Le testament politique de Marion Maréchal-Le Pen »

Corse et Outre-Mer : ce que signifie la percée de Marine Le Pen

La Corse est à l’avant poste de la bataille identitaire qui va s’étendre  dans les prochaines années à toute la métropole.


Paul-François Paoli, chroniqueur littéraire au Figaro et essayiste, analyse le succès du vote Marine Le Pen en Corse et en Outre-Mer. Pour lui, le clivage politique en Corse est celui de l’identité.

Cette île qui n’a rien de gaulois, culturellement, va-t-elle devenir le dernier village gaulois d’un pays dont les élites politiques ne sont plus capables de dire qui il est, ni d’où il vient, ni où il va ?

En Corse, Emmanuel Macron a connu un échec surprenant au vu de Continuer la lecture de Corse et Outre-Mer : ce que signifie la percée de Marine Le Pen

Culture, identité… : « M. Macron nous demande nos voix pour diriger un pays dont il dit qu’il n’existe pas »

L’éloge exalté du multiculturalisme par Emmanuel Macron et la caution apportée par François Bayrou à ses déclarations sur la culture sont très préoccupants, explique le professeur de philosophie François-Xavier Bellamy.

Pourquoi être français, et pourquoi le devenir, si la France n’existe pas ?

Le 26 février, François Bayrou déclarait au cours d’une émission : «Il y a une culture française, et j’en suis le défenseur. » Le 2 avril, devant les caméras, volte-face : «La culture française n’existe pas. » Il aura suffi d’un mois, et d’un ralliement, pour ce nouveau reniement : avec de tels « défenseurs », la France a de quoi s’inquiéter… Sur le fond, un tel déni de réalité laisse incrédule. […]

Notre pays est toujours la première destination touristique au monde, et ce n’est pas grâce à Orly et au RER B. Si 83 millions de Continuer la lecture de Culture, identité… : « M. Macron nous demande nos voix pour diriger un pays dont il dit qu’il n’existe pas »

Marion Maréchal le Pen: La préférence nationale n’est pas basée sur les origines mais sur la nationalité

«L’immigration est un problème car il y a derrière cela la question de l’identité, mode de vie, valeurs, langue.»

L’Eglise et l’immigration : le livre polémique de Laurent Dandrieu

Laurent Dandrieu est le rédacteur en chef des pages « Culture » de Valeurs Actuelles pour lequel il suit également l’actualité religieuse. Il vient de publier un ouvrage qui suscite la polémique et le débat.

Laurent Dandrieu dénonce le grand malaise de nombreux catholiques qui n’arrivent plus à suivre l’Eglise sur des questions aussi complexes que l’immigration, l’Islam et l’identité. Pendant que l’Europe, qui n’a déjà pas réussi à intégrer les précédentes générations d’immigrés, est soumise à un afflux de migrants sans précédent. L’Eglise catholique, plus que jamais, martèle l’unique impératif de l’accueil, donnant l’impression de se faire complice de ce que le pape a lui-même qualifié « d’invasion ».

Pour l’auteur, cette incompréhension n’est pas une fatalité. On peut réconcilier les impératifs de la charité authentique et la défense de la civilisation européenne.

Florian Philippot réfléchit à « inscrire la défense de l’identité nationale, de nos traditions » dans la Constitution

Extrait d’une interview réalisée par Valeurs Actuelles

Identité française, Front National, Trump… le numéro deux du Front National s’est confié à Valeurs actuelles, dans une interview sans concession.

(…) Valeurs actuelles. Un de vos adversaires, François Fillon, n’a pas hésité à se déclarer “gaulliste et chrétien”. Comment avez-vous réagi ?

FP. Ce qui m’a le plus choqué, c’est qu’il se revendique gaulliste ! Il est le plus éloigné des principes gaullistes. Ce serait plutôt “François Fillon le fédéraliste”, “François Fillon l’homme de la trahison de Lisbonne”… Quant au mot chrétien, il a parfaitement le droit de l’être, je le suis aussi, et il a le droit de la dire. Ce qui devient un problème, c’est lorsqu’il en fait un argument électoral. C’était opportuniste.

Valeurs actuelles. Pensez-vous qu’il faille inscrire les racines chrétiennes de la France dans notre Constitution ?

FP. Non, je ne pense pas que la Constitution soit le lieu idéal pour cela. Ce qui n’empêche pas de reconnaître les racines chrétiennes de la France, qui sont absolument évidentes. En revanche, qu’on réfléchisse à y inscrire la défense de l’identité nationale, de nos traditions, très certainement oui. Marine Le Pen dévoilera très bientôt son projet de grande réforme constitutionnelle soumise à référendum

Zemmour: “Entre la France et l’islam, les musulmans doivent choisir”

eric-zemmour-islam-immigrationCauseur. Dans Un quinquennat pour rien, vous écrivez : « La gauche comme la droite croyaient et croient toujours au mythe du musulman arraché à son déterminisme ethnique et religieux, individu désincarné, déraciné, dé-historisé dans une société libre. » C’est pourtant depuis deux siècles l’exacte définition du logiciel français !

Éric Zemmour. Vous voulez dire le logiciel républicain. Mais, contrairement à ce que croit Jean-Luc Mélenchon, l’histoire de France n’a pas commencé avec la Révolution française. La France a connu une histoire millénaire façonnée par des siècles de catholicisme, qui intégrait lui-même les influences grecques, romaines et juives. La France, c’est un peuple et une terre. Ce n’est pas une terre vierge où n’importe qui peut s’installer en faisant n’importe quoi. On peut venir d’ailleurs, mais on doit respecter les us et coutumes de son peuple, faire siens son histoire, son mode de vie, sa culture.

Donc, vous ne croyez plus à la République ? Si l’assimilation des Italiens, des Juifs et des Polonais a marché, pourquoi en irait-il différemment des immigrés musulmans ? Continuer la lecture de Zemmour: “Entre la France et l’islam, les musulmans doivent choisir”

Gilbert Collard: Quand on parlait d’identité et de regroupement familial on se faisait insulter!

Ce gouvernement défend davantage l’islam de France que les Français

Entretien réalisé par Pierre Cassen pour Riposte Laïque

Grâce à une amie commune, Sylvia, Riposte Laïque a pu obtenir cette interview exclusive d’Aymeric Chauprade, député européen du Front national. Pour information, notre a soutenu deux initiatives majeures de ce patriote qui a tout compris sur la réalité de l’islam.

D’abord ce remarquable article, intitulé « Face à la question islamique, les choix crédibles pour un avenir Français », publié en août 2014, où Aymeric explique clairement les enjeux de la guerre que mène l’islam sunnite à l’Occident.

http://blog.realpolitik.tv/2014/08/la-france-face-a-la-question-islamique-les-choix-credibles-pour-un-avenir-francais/

Ensuite, cette inoubliable vidéo, au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, où le député européen explique, sans tourner autour du pot, que la France est en guerre avec des musulmans.

L’échange qu’il engage avec Michel Onfray, à travers une question de Pierre Cassen, est au cœur de débats que les vrais patriotes ne pourront contourner plus longtemps.

Nous invitons tous les lecteurs à lire attentivement cette interview d’un homme libre, qui, par la clarté de son discours, permet de prendre la vraie mesure des défis que la France devra surmonter pour survivre.


Riposte Laïque : Le 16 janvier, au lendemain des assassinats de Charlie et de l’épicerie casher, vous avez publié une vidéo où vous expliquiez que la France était en guerre avec des musulmans. Comment expliquez-vous que l’énoncé d’une telle évidence ait pu susciter une levée de boucliers à votre encontre, et que vous soyez encore, dans certaines revues, accusé de pousser à la guerre civile ?

Aymeric Chauprade : L’évidence a rattrapé beaucoup de monde et c’est l’essentiel ! Car une seule chose importe, l’intérêt de la France, et non la paternité des idées ou les querelles sémantiques. Il est désormais admis largement que la France est en guerre contre des musulmans. Quant à l’accusation que je pousserais à la guerre civile, c’est ridicule ! Ceux qui me connaissent savent à quel point je suis un homme de paix (qui ne tend pas l’autre joue pour autant), profondément ouvert sur les autres cultures et les autres civilisations, un homme qui passe sa vie à sillonner le monde. Cela va être difficile de faire croire que je « vends » de la haine car tout dans ma vie personnelle démontre le contraire ! Mais c’est symptômatique de la médiocrité de notre époque, de son inculture, de ses simplifications grossières. La condamnation, à partir de la surface des choses, de leur apparence plutôt que de leur substance propre, le refus de suivre le cheminement de la pensée au profit de réflexes pavloviens réagissant à des « mots-clés » fournis par le « mainstream médiatique », telle est bien la caractéristique des totalitarismes. Tout cela n’est hélas possible que parce que l’ignorance prospère sur le déclin de notre Education nationale. Le résultat c’est que lorsque vous dénoncez un problème bien réel, vous devenez vous-même le problème !

Riposte Laïque : Le 11 janvier, des centaines de milliers de nos compatriotes, soutenus par le gouvernement, l’ensemble des médias sont venus soutenir « Je suis Charlie ». Comment avez-vous vécu l’éviction du FN, et surtout la formidable manipulation qui a consisté à ne pas évoquer la religion des assassins, à faire la promotion du multiculturalisme et à traquer une prétendue islamophobie, voire du racisme ?

Aymeric Chauprade : L’éviction du FN était prévisible puisque le pouvoir, qui était en train de couler dans les sondages, a organisé, dans l’émotion des attentats, une sordide opération de récupération politique, une de ces « grandes messes émotionnelles » dont il a coutume et qui consiste à manipuler l’indignation légitime du peuple français. Le but était de jeter les gens dans la rue, tout en mettant le Front national de côté, afin de bien montrer que le FN n’est pas le peuple. Il suffisait alors, ensuite, d’expliquer dans les médias que le FN était, en réalité, une partie du problème, qu’il creusait les fractures dans notre société, et qu’il convenait de le combattre au même titre que le terrorisme. Cette vaste escroquerie s’est effondrée rapidement et malgré les invocations magiques du gouvernement à «l’esprit du 11 janvier », la plupart des Français comprend bien que le mal qui nous frappe est le résultat de la nullité des gouvernements qui se sont succédé !

Tout le monde chez nous, au Front national, quelque soit sa sensibilité, ses tropismes politiques prioritaires, se bat d’abord pour la défense de la civilisation française, composante essentielle et fondatrice de la civilisation européenne. Or, cette civilisation européenne est menacée par l’expansion démographique, idéologique, militaire même, des musulmans djihadistes. Il n’y a que les imbéciles qui refusent d’admettre cette réalité. Je l’ai entendue de la bouche même de nos amis Egyptiens musulmans qui font la guerre à cette hydre, la Confrérie des musulmans, et dont la composante « française » n’est autre que l’UOIF (considérée comme une organisation terroriste par les Emirats arabes unis, alors même que notre gouvernement dialogue tranquillement avec elle).

Vous savez, la collaboration avec un ennemi, c’est comme pendant la Seconde Guerre mondiale, cela admet toujours deux composantes : la collaboration passive, lâche et/ou intéressée (comme ces maires français qui se prostituent au vote communautaire ou ces élus corrompus qui prennent leur enveloppe au Qatar) ; et la collaboration active (le collaborationnisme) laquelle sait pertinement ce qu’elle veut détruire, ce qu’elle hait viscéralement : le christianisme et le judaïsme (la haine du judaïsme étant maquillée habilement en anti-sionisme). Cela fait des siècles que, de façon récurrente et au moment où le totalitarisme menace, nous voyons resurgir ces deux faces, l’une misérable, l’autre monstrueuse, de la collaboration.

Riposte Laïque : 6 mois après les attentats de Paris, notre pays a connu sa première décapitation islamique, et, mis à part quelques centaines de Français à Paris, Montpellier et Quimper, la France n’a pas bougé. Comment expliquez-vous cela ?

Aymeric Chauprade : Le réveil des Français est lent mais il a le mérite d’exister. Les Français sont de plus en plus conscients que la France est en danger d’islam. J’en suis convaincu et d’ailleurs tous les sondages le montrent. Malheureusement, pendant la phase de réveil du patient, les médias injectent sans cesse de nouvelles doses d’anesthésiants et de culpabilisants ; résultat, le patient se rendort ou bien il se sent coupable de se révolter face à la réalité. L’Histoire nous montre qu’il n’y a toujours qu’une minorité capable de voir arriver la catastrophe. La masse se réveille quand l’orage a déjà éclaté et qu’il a produit ses effets.

Riposte Laïque : Le blogueur algérien Aldo Sterone estime que si rien n’est fait, il y aura forcément, dans notre pays, des dizaines d’autres décapitations, des attentats-suicides et autres actes barbares qui vont frapper des milliers de Français. Partagez-vous cette inquiétude, et comment éviter de tels risques ?

Aymeric Chauprade : Oui c’est là une pure question de statistique mathématique, même si l’Histoire, j’en conviens, ne cesse de surprendre, en Bien comme en Mal d’ailleurs. A partir du moment où le basculement dans le djihad concerne une proportion croissante de musulmans, dans le monde islamique comme en Europe, au Canada, en Australie, aux Etats-Unis, en Russie (Caucase), en Chine (Xinjiang), en Inde (80 millions de musulmans tout de même !), jusqu’en Amérique Latine, il faut logiquement s’attendre à une multiplication de passages à l’acte sur le territoire national. Il n’est pas difficile de prédire une explosion de passages à l’acte djihadiques en France. Nous sommes dans la première phase durant laquelle nos autorités, sur ordre du gouvernement, sont contraintes « d’habiller » le phénomène sous un vernis psycho-pathologique (on parle de fous, de cas « isolés ») le but étant, avant tout, de protéger la réputation de la religion musulmane. La priorité de notre gouvernement n’est malheureusement plus d’assurer l’avenir des Français, elle est d’assurer l’avenir de « l’islam de France ». C’est sans compter, cependant, sur le Front national qui lui, a le devoir impératif de ne jamais s’écarte de la priorité identitaire.

Riposte Laïque : Depuis 6 mois, que cela soit sur la question des clandestins appelés migrants, ou sur la laïcité, on a l’impression d’assister à une gigantesque soumission du gouvernement devant les nouveaux venus et la religion musulmane, bradant des pans entiers de notre Histoire. Partagez-vous cette vision, et quelles conséquences y voyez-vous pour l’avenir de la France ?

Aymeric Chauprade : Le gouvernement répète, sans cesse, que la question n’est pas de savoir s’il y aura d’autres actes terroristes mais quand ceux-ci se produiront. Mais sa priorité n’est pas de régler le problème terroriste ; elle est de protéger la réputation des musulmans qui vivent en France, d’où le prêt-à-penser du « padamalgam » massivement diffusé par la classe politique et les médias. Cela revient à dire qu’une partie conséquente de nos élites a choisi la soumission. L’Histoire n’est jamais mieux expliquée que par la littérature. Je vous renvoie donc au récent roman de Michel Houellebecq, « Soumission », dans lequel les Français finissent par élire, en 2022, un candidat issu d’un parti politique musulman.

Riposte Laïque : Sur un plateau de télévision, le philosophe Michel Onfray estimait que notre civilisation était finissante, et que, dans cinquante ans, la France et l’Europe seraient sous domination musulmane. Partagez-vous cette inquiétude ? Que faudrait-il faire, précisément, pour éviter qu’une telle catastrophe, qui paraît de plus en plus inéluctable à de nombreux Français, ne se déroule ? Continuer la lecture de Ce gouvernement défend davantage l’islam de France que les Français

Marine Le Pen dénonce « une immigration considérable » (+vidéo)

Marine Le Pen présidente du Front national et candidate aux élections européennes, a dénoncé samedi soir à Lens (Pas-de-Calais) « une immigration devenue considérable » et a appelé de ses voeux une « politique nataliste » en France.

« Nous nous trouvons submergés par l’immigration. L’immigration est devenue absolument considérable », qu’elle soit extra-européenne ou intra-européenne, a déclaré Marine Le Pen, évoquant une « bombe à fragmentation ».

 

L’Union européenne exige que nous recevions dans les prochaines années, tous pays confondus, jusqu’à 50 millions d’immigrés supplémentaires, soi-disant pour lutter contre le vieillissement de la population.

L’immigration est l’une des clés des gros soucis que l’on a, comme le chômage et l’insécurité », a souligné Véronique, qui travaille dans l’éducation nationale et a déjà choisi de voter à nouveau pour Marine Le Pen, députée européenne sortante dans la circonscription Nord-Ouest. (…)

Le Figaro

Clip de campagne exclusivement consacré à l’immigration. Marine le Pen a choisi de finir cette campagne pour les élections européennes sur ce thème essentiel pour l’avenir économique, politique, identitaire, en un mot civilisationnel, pour le continent européen.

Philippe Martel (FN) : « Les Français ne savent plus très bien qui ils sont, à quelle identité se rattacher »

Il peut s’en passer, des choses, au cours d’un déjeuner. Un proche d’Alain Juppé peut par exemple se changer, par une recette inattendue, en proche de Marine Le Pen. Présenté à la présidente du Front national par son camarade de promotion à l’ENA, Paul-Marie Coûteaux, Philippe Martel, ex-militant du RPR qui n’avait jamais voté FN, a ainsi décidé de rejoindre le parti d’extrême droite. Lui qui avait dirigé le cabinet du maire de Bordeaux au Quai d’Orsay dirigera désormais celui de la candidate frontiste. […]

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Le Point.fr : Pourquoi cette « conversion » au FN ?

Philippe Martel : Je ne me suis pas réveillé un matin en me disant, mais bien sûr, il faut rejoindre le Front national. Ça a été une lente évolution. La première chose, c’est la présidentielle de 2002. J’ai voté Chirac, mais j’ai été troublé par les réactions hystériques à l’arrivée de Le Pen au second tour. Le refus du débat, cet anathème jeté sur quelques millions d’électeurs, j’ai trouvé ça profondément antidémocratique. Ensuite, il y a eu chez moi une prise de conscience de ce qu’était en train de devenir l’Europe. Je me suis rendu compte que les institutions européennes telles qu’elles avaient évolué cachaient des politiques économiques ultra-libérales non adaptées au modèle français de tradition colbertiste et de moins en moins adaptées à la mondialisation. En 2005, pour la première fois, j’ai voté non à une question européenne. […]

Pourquoi ne pas agir au sein de l’UMP ?

Il y a des gens qui essayent, comme Henri Guaino ou Jacques Myard. Mais dans une UMP qui, idéologiquement, est complètement « UDFisée », c’est impossible de faire passer ce type d’idées. Avec tous ces présidentiables (bientôt, même Nadine Morano va se sentir pousser des ailes !), je crois de toute façon que l’UMP a vocation à exploser pour revenir à une dualité politique traditionnelle : un parti relevant plutôt de la droite orléaniste, centriste et libérale, et un parti qui relève davantage de la droite bonapartiste, comme le RPR autrefois.

Et Alain Juppé ?

J’ai travaillé longtemps pour lui et n’ai jamais eu à me plaindre, il a été un excellent patron. Ce que je constate simplement sur le plan politique, c’est qu’il a considérablement évolué. À l’époque du traité de Maastricht, il avait hésité, ça ne lui était pas complètement naturel d’être pour. Maintenant, c’est un européiste militant. Je l’ai dit et je le maintiens, il s’est boboïsé. […]

Contestez-vous que le FN soit un parti d’extrême droite ?

Aujourd’hui, ça me paraît aussi excessif et aussi mal placé que de dire que François Hollande est un homme d’extrême gauche ! L’extrémisme se juge aux propositions, pas au ton du discours. Si vous prenez le programme du FN, que vous regardez point par point, vous ne trouvez aucune mesure extrême.

Sortir de l’euro, c’est assez extrême ! Continuer la lecture de Philippe Martel (FN) : « Les Français ne savent plus très bien qui ils sont, à quelle identité se rattacher »

Diversité et métissage : un mariage forcé

Pour les amateurs de formules creuses, la France de l’avenir ne peut qu’être un mélange de diversité et de métissage, de différence et d’hybridation. Vision confuse d’une synthèse impossible.
Pierre-André Taguieff (directeur de recherche au CNRS, Centre de recherches politiques de Sciences Po, Paris) s’attaque avec toute l’intelligence qu’on lui connait à cette nouvelle logorrhée que les média nous versent à grands flots.

Diversité et métissage : un mariage forcé

Périodiquement, lorsqu’on redécouvre que l’identité française a perdu sa valeur d’évidence, on se met à en parler abondamment (1). Phénomène éclairé depuis longtemps par ce célèbre proverbe russe : « On ne parle jamais tant de vodka que lorsqu’il n’y a plus de vodka. » La différence entre l’identité française et la vodka, c’est que celle-ci existe indépendamment de celui qui en boit, alors que celle-là n’existe que pour celui qui y croit. Dans les deux cas, le sentiment d’un tarissement ou d’une disparition prochaine pousse à en dire quelque chose. Et, concernant une identité nationale perçue comme menacée, tout peut s’en dire, selon l’idée qu’on s’en fait.

De l’identité française, par exemple, les intellectualistes arrogants et les professionnels de la « pensée critique » ou de la « déconstruction » sans fin annoncent triomphalement qu’elle n’existe pas, qu’elle n’est qu’une « construction » douteuse ou une fiction trompeuse, et par là dangereuse, voire haïssable. Travers ordinaire des intellectuels occidentaux qui s’exercent pieusement à faire disparaître les objets qu’ils n’aiment pas ou qui ne font pas partie de leur paysage mental. La « nation » se réduit pour eux à un chaudron de sorcières, à un conservatoire de « vieux démons » (nationalisme, xénophobie, racisme, colonialisme). En quoi la pensée hypercritique, banalisée à la fin du XXe siècle et ainsi devenue vulgate à l’usage du grand public « culturel », s’avère une pensée aussi paresseuse que phobique. D’autres intellectuels, qui se veulent « patriotes » et « républicains » – dénoncés par les précédents comme « nationalistes » ou « réactionnaires » -, s’emploient naïvement à célébrer ladite « identité française » en sélectionnant ses traits positifs les plus remarquables, censés représenter autant d’« apports », aussi précieux qu’indispensables, à « la civilisation universelle ».

Par de tels exercices d’admiration, ces intellectuels se classent parmi les héritiers du vieux progressisme républicain, postulant que, chez les Modernes, « la nation » est le cadre obligé de la démocratie. Une troisième catégorie d’intellectuels est repérable dans les milieux militants de gauche et d’extrême gauche en quête d’une « nouvelle France », d’une France future, refondue, améliorée. Ces intellectuels néo-progressistes, internationalistes ou altermondialistes, s’engagent sur la voie d’un réformiste radical, impliquant une rupture avec la tradition nationale/républicaine. Ils communient dans une redéfinition politiquement correcte de l’identité française, que résume cette formule sloganique : la « France plurielle et métissée », à l’image du « monde possible » dont ils rêvent. Tel est l’objet métaphorique d’un désir d’avenir fonctionnant déjà comme un cliché.

« L’identité est le diable en personne, et d’une incroyable importance », notait Ludwig Wittgenstein. Sa démonie tient à ce qu’elle est insaisissable, toujours autre qu’elle n’est pour qui la définit. Entité individuée assimilable à un individu collectif, mais supra-individuelle, l’identité collective résiste à toute approche conceptuelle. Il n’y a toujours pas de science de l’individuel, en quoi l’on ne saurait s’étonner du fait que les identités nationales ne soient pas objets de science. En toute identité collective, le « ce qu’elle est » ne cesse de nous échapper. Mais ce n’est pas là une preuve de son inexistence. Le fait qu’elle résiste à la conceptualisation n’implique nullement qu’elle n’existe pas. Indéfinissable en elle-même, inconceptible, une identité collective quelconque existe sur un mode particulier, dans le monde des croyances et des représentations sociales : elle est le nom qu’on donne à la présupposition d’existence de tout groupe humain, dont la singularité échappe à l’analyse conceptuelle. Disons simplement qu’une identité collective, ethnique, culturelle ou nationale, est à la fois existante et ineffable. On pourrait s’en tenir là, et cesser les bavardages pour ou contre. Mais le bruit de fond de l’univers médiatique continue.

Le thème de « l’identité nationale » revenu dans le débat public, les donneurs de leçons se lèvent à gauche, du centre aux extrêmes, pour se lancer dans une nouvelle célébration confuse de la France future, à la fois « plurielle » et « métissée » comme il se doit, grâce aux bienfaits de « l’immigration ». On ne discute pas l’idéal du Nous : on l’affirme vertueusement. Sur le mode d’une prière tournée vers l’avenir. Un éditorialiste bien-pensant, lui-même expression ramassée de la « gauche plurielle », affirme ainsi péremptoirement : « La France est d’ores et déjà plurielle. On ne saurait le nier, à l’heure de l’Europe et de la mondialisation, qui sont par nature mélange et métissage. » Et le sous-entendu normatif va tout autant de soi : la France doit être toujours plus ce qu’elle est déjà, à savoir « plurielle » et « métissée ». On ne sait jamais exactement de quoi l’on parle : du métissage des corps (les croisements dits « ethno-raciaux ») ou du « métissage des cultures » (à travers le « dialogue interculturel »), de la « diversité » ou du « mélange », du « pluriel » ou du « métissé ». La question n’a plus d’importance dans la société de communication : le cliché a été forgé, il est désormais en circulation, il touche un maximum de récepteurs, il est donc légitime. Et la force des clichés est irrésistible, lorsqu’ils se diffusent autant sur Internet que sur les chaînes de radio et de télévision. Le nombre s’accroît donc de ceux qui veulent à la fois une « France plurielle » et une « France métissée » : qu’importe la confusion des désirs, si la diffusion du confus est en marche. Il s’agit de penser et de parler comme tout le monde, donc comme le monde des médias. La voix des médias est la nouvelle voix de Dieu. Tiraillé entre deux projets normatifs, le pluralisme et le mélangiste, le « bobo » grégaire – nouvelle figure du Français moyen – se refuse à choisir : il aspire à la synthèse pour la synthèse, il veut donc les deux, alors même qu’il perçoit vaguement leur incompatibilité de principe.

En construisant une belle image de la France, belle comme une métaphore embrumée, délivrant des éclairs d’équivoque, la bien-pensance nourrit la bonne conscience qui la supporte. Il est si doux de se rêver soi-même comme un sujet « pluriel » et « métissé », qu’il s’agisse de couleur de peau ou d’identité culturelle. Un sujet supposé plus « riche » que son contraire : le nouveau sujet désavantagé, identitairement pauvre, défavorisé. Un « pauvre » Français caractérisé par ce qui lui manque : une « diversité » interne. Un Français très à plaindre, car ni « pluriel », ni « métissé ». En effet, selon la langue molle d’un certain antiracisme, l’idéal humain vers lequel il faut tendre est clair : devenir un sujet « riche de ses différences ». Face à ce nouveau type positif, le Français monoethnique et monoculturel, le Français dit « de souche », apparaît comme un être inférieur, un handicapé, un « souchien », selon l’expression polémique méprisante (« sous-chien ») utilisée par les « Indigènes de la République ». La bonne voie serait celle qui va du mono-ethnique au pluri-ethnique, de l’identité culturelle homogène à l’identité culturelle « hybride ». Toutes ces intuitions vagues et ces aspirations confuses ne font certes pas une pensée. Encore moins une pensée politique, laquelle doit pouvoir être programmatiquement traduite. Il y a là pourtant au plus profond, inassumé, un sentiment qu’il faut bien dire « patriotique » : comment qualifier autrement le souci de projeter dans le monde l’image la plus attrayante possible de la France ? Un tel souci est certainement respectable. Le problème tient au choix des critères de ce qui est jugé attractif. En quoi le « pluriel » et le « métissé » sont-ils plus dignes d’admiration que ce à quoi on les oppose ? Pourquoi préférer la « diversité », source d’inégalité et de conflit, à l’homogénéité ou à l’unité ? Pourquoi prendre le parti du « mélange », promesse d’indifférenciation, contre celui de la distinction ou de la différenciation ? Un second nœud de problèmes surgit, dès lors qu’on érige la « diversité » et le « mélange » en principes normatifs : leurs logiques respectives sont-elles compatibles ? Ne se contredisent-elles pas ? Peut-on marier « diversité » et « métissage » pour en faire le couple fondateur d’un programme politique ? La synthèse est-elle possible ? Et, si oui, est-elle désirable ?

« Faire bouger les lignes » : la métaphore est devenue rituelle dans le langage médiatique « à l’heure de la mondialisation ». Elle y est même devenue ritournelle. Elle y définit la norme positive par excellence, celle du « bougisme », soit le culte du changement pour le changement, l’adoration du mouvement comme tel, supposé intrinsèquement bon. Appliquons-nous à reconstruire l’idéologie médiatiquement dominante, en risquant une plongée dans l’univers indistinctement « diversitaire » et « mélangiste ». Le « faire bouger » s’applique d’abord aux identités collectives, acceptables à la seule condition d’être « évolutives », « dynamiques », en perpétuel changement. Et, à suivre leurs louangeurs, elles ne sont « mises en mouvement » qu’en devenant « plurielles ». Mais le parti pris en faveur du « bouger » s’étend aussi au « métisser ». Les partisans du métissage généralisé ne cachent pas leur désir de « faire bouger les lignes » entre les « couleurs », de transformer les barrières de couleur en fils colorés servant à tisser et retisser les séduisantes « identités plurielles ». Cette vision d’un avenir radieux est fondée sur deux axiomes : le changement est amélioration, le mélange est « enrichissement » (métaphore utilisée aveuglément). Mais ces deux propositions ne font qu’exprimer des croyances, et, ainsi formulées, elles sont l’une comme l’autre fausses : tout changement n’implique pas une amélioration, tout mélange ne constitue pas un « enrichissement ». Comme l’a souvent suggéré Claude Lévi-Strauss, le mélange des cultures risque d’aboutir à un appauvrissement universel et irréversible, à une uniformisation mortelle.

L’idéal bougiste, engagé sur la voie de cet « antiracisme » reformulé, rejoint enfin à la fois l’idéal d’ouverture et celui d’échange illimité : ouvrir les frontières entre les identités collectives, pour que ces dernières échappent à la « crispation » (la fermeture craintive sur soi), se fluidifient et « s’enrichissent » mutuellement dans un libre échange qui, par ses effets d’« hybridation », définirait la globalisation comme étape décisive dans la marche vers la libération ou l’émancipation du genre humain. On retrouve ainsi, sous de nouveaux habits rhétoriques, le dogme central de la vieille « religion du Progrès ». On peut au passage s’étonner d’un paradoxe : les partisans de ce projet normatif d’un « dialogue » universel entre les groupes humains (nations, cultures, civilisations), impliquant un libre échange planétaire des mots et des idées, sont en général des adversaires déclarés du marché globalisé, du libre-échange sans frontières, du libre-échangisme comme idéologie du capitalisme sans entraves. Le propre – ou le travers – de cette rhétorique qui semble réfléchir les présuppositions de la globalisation telle qu’elle est rêvée, la globalisation comme Progrès (la « mondialisation heureuse », disent certains), c’est qu’elle ne comporte nulle interrogation sur la coexistence conflictuelle des normes « diversitaires » et « mélangistes » qu’elle s’applique à promouvoir. Comme si l’aveuglement face au conflit de ses normes fondamentales était une condition de son efficacité symbolique. « La diversité dans le mélange » : c’est ainsi qu’on pourrait définir l’idéal auto-contradictoire dont elle dessine les contours flous.

Ouvrons ici une parenthèse sur l’autre face de cet angélisme impolitique, sa face à la fois sombre et comique : le nihilisme militant des cyniques de la déconstruction sans limites, généralisée jusqu’à l’absurde, ou, comme disaient naguère les grands-mères, « en dépit du bon sens ». On les reconnaît à leur pose : ils se donnent pour de radicaux démystificateurs. Rien ne saurait résister à leur puissance de suspecter et de critiquer les phénomènes sociaux, jusqu’à ce qu’ils disparaissent de leur horizon. Ce qu’ils ont retenu de la leçon unique donnée à la fin du XXe siècle par les gourous de la déconstruction – philosophes, anthropologues, historiens -, suivis par les prolétaires des « sciences sociales » et autres adeptes besogneux de la « sociologie critique », c’est qu’il n’est qu’un péché capital : l’essentialisme. Un programme unique s’est imposé à eux, devenus des adeptes dogmatiques de la déconstruction généralisée : déréaliser, désontologiser, désubstantialiser, fluidifier. La peur de l’essentialisme les a conduits à aller jusqu’au bout du relativisme radical, jusqu’à faire disparaître le réel. Ils se sont ainsi laissé convaincre qu’il fallait surtout ne pas penser les identités collectives comme des entités réelles ou substantielles, que rien dans les entités supra-individuelles mais pourtant individuées n’était fixe, invariable, stable, homogène, etc. Que tout dans les identités collectives était construit et reconstruit en permanence, que tout était fluctuant, passager, éphémère, et, en dernière instance, simple illusion. Car, sous leur regard à qui on ne la fait pas, tout dans la socialité n’est qu’effet produit par des stratégies de pouvoir ou de domination, donc rapportable au pouvoir de tromper inhérent aux dominants. Qu’on ne leur parle surtout pas d’identité nationale : ils ricanent (« ça n’existe pas ») et sortent leurs revolvers, chargés de balles explosives. Chez eux, le plaisir de déconstruire, c’est la joie de détruire, avec un supplément notable : la satisfaction arrogante d’avoir tout compris. Ils ne croient à rien, parce qu’ils ne peuvent croire. Ils ne savent rien, puisque leur activité intellectuelle consiste à déconstruire tous les savoirs. Ils croient néanmoins être les plus malins, persuadés qu’il n’y a rien à savoir en dehors de ce qu’ils croient savoir. Et ils ne peuvent rien espérer, l’espérance ne pouvant être à leurs yeux qu’une variété judéochrétienne de l’illusion religieuse. Ce nihilisme de cyniques tristes et d’arrogants sans charisme se conjugue cependant fort bien avec l’optimisme angélique des nouveaux progressistes, portés par l’espoir d’un salut par la globalisation-hybridation. On rencontre ainsi des êtres mixtes : mi-nihilistes déconstructeurs, mi-utopistes rêveurs. C’est pourquoi tant de déconstructeurs radicaux sont en même temps des militants gauchistes en quête d’un « autre monde possible ». Le monstre « hybride » est parmi nous : les « Bourdieu-Derrida-Chomsky » sont légion.

Considérons plus précisément le projet normatif d’une ouverture totale de l’espace national, en tant que forme radicale de combat « antiraciste ». La différenciation entre « nous » et « les autres » est le présupposé inaperçu autant qu’inassumé de cette argumentation qui se veut à la fois morale et politique. La xénophobie, assurément condamnable, est naïvement inversée en xénophilie, comme si le renversement dans le contraire impliquait un « progrès ». C’est ainsi que, dans l’arène politique, la dénonciation de la « préférence nationale » aboutit à la célébration d’une préférence pour l’étranger ou l’immigré : la xénophilie de style antiraciste se traduit par un programme immigrationniste – l’utopie angélique interdisant toute sélection des candidats à l’immigration -, qui rend impossible la définition d’une politique de l’immigration. L’utopie de la préférence pour l’autre conduit à une impasse, à une paralysie de la capacité de choix des dirigeants politiques, à l’abolition de la souveraineté en matière de politique de la population, bref à l’impolitique. Cette rhétorique impolitique est fondée sur certaines valeurs, le plus souvent implicites, non thématisées comme telles. Ce qui est axiologiquement postulé, c’est d’abord que le rejet de soi est en lui-même respectable, alors que le rejet de l’autre est intrinsèquement intolérable. Le culte de la « diversité » dérive vers celui de l’altérité. L’adoration du « veau d’autre »… Un pas de plus, et la haine de soi devient objet d’éloge, tandis que la haine de l’autre illustre le mal absolu. Comme s’il était bon, dans tous les cas, de se dénigrer jusqu’à se haïr soi-même, et totalement condamnable d’abaisser ou d’exclure, quoi qu’il fasse, un quelconque représentant de la catégorie « les autres ». Nouveau manichéisme, qui surgit chez ceux-là mêmes qui font profession de dénoncer le manichéisme chez leurs ennemis désignés. On notera que la haine de l’autre porte différents noms idéologiques, tous équivalents pour ceux qui les utilisent en tant qu’armes symboliques : intolérance, exclusion, xénophobie, nationalisme, racisme. Il y a une ironie objective à voir les partisans inconditionnels de « la diversité » faire aussi peu de cas de la diversité sémantique, et donner ainsi dans l’amalgame polémique.

Cette confusion sémantique est hautement significative, en ce qu’elle indique obscurément un idéal régulateur : le cosmopolitisme postnational, noyau dur de l’idéologie médiatiquement dominante. Il s’organise autour d’un grand rêve, celui de l’abolition immédiate et définitive de toutes les frontières entre les groupes humains, et, plus avant encore dans l’utopie, celui de l’élimination totale et irréversible de toutes les barrières entre les humains. Rêve lui-même impolitique, qui dérive de la corruption idéologique d’une vision religieuse d’origine monothéiste (tous les hommes unis en Dieu). Disons, en termes soixante-huitards : « La fraternité universelle ici et maintenant ». Le métis nomade à l’identité instable dans un monde sans frontières serait l’image de l’humanité future. L’homme de l’avenir s’incarnerait dans le cosmopolite hybride et mobile. Tel est le bouillon de clichés et de slogans confus qui aujourd’hui tient lieu de pensée politique aux élites pressées et branchées, adeptes de la « pensée nomade ». On peut s’interroger sur l’avenir d’une telle confusion.

Mais, une fois envolées les nuées rhétoriques et dissipées les rêveries endormantes, la vraie question se pose : s’agit-il de défendre les identités ethnoculturelles au nom du « pluriel » ou de prôner leur « mélange » qui tend à les effacer ? Souhaite-t-on le bétonnage des différences ou leur dissolution dans un mélange sans frontières ? Veut-on une France de la « diversité » protégée, ou bien une France du « métissage » généralisé ? Et, plus largement, une humanité respectée dans sa diversité ethnique et culturelle, ou bien une humanité en marche vers son uniformisation ? Entre le respect absolu de la différence ou l’obligation inconditionnelle de métissage, il faut choisir. Or, les nouveaux bien-pensants veulent les deux. Pour ces amateurs de formules creuses, la France de l’avenir ne peut qu’être un mélange de diversité et de métissage, de différence et d’hybridation. Vision confuse d’une synthèse impossible. « Synthèse égale foutaise », disait le philosophe Jean Laporte. Cette « foutaise » synthétique pourrait être correctement dénommée : « divertissage ». Toute occasion est bonne à prendre quand il s’agit d’enrichir le verbiage contemporain. Ironie oblige.

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Article mis en ligne le 23 novembre 2009 sur le site RING. Une version très abrégée de cet article a été précédemment publiée, sous le titre ironique « Le métissage est l’avenir de l’homme », dans Le Figaro Magazine, 21 novembre 2009, dossier « Pour en finir avec les idées reçues », p. 54.

[1] Dans les années 1980 et 1990, j’ai abordé à plusieurs reprises la question de l’identité, sous des angles différents. Sur la question de l’identité nationale, voir notamment Pierre-André Taguieff, « L’identité française au miroir du racisme différentialiste », in coll., L’Identité française, Paris, Éditions Tierce, 1985, pp. 96-118 ; « L’identité nationale saisie par les logiques de racisation. Aspects, figures et problèmes du racisme différentialiste », Mots, n°12, mars 1986, pp. 89-126 ; « L’identité nationaliste », Lignes, n° 4, octobre 1988, pp. 14-60 ; « Identité française et idéologie », EspacesTemps, n° 42, automne 1989, pp. 70-82 ; « L’identité nationale : un débat français », Regards sur l’actualité, n° 209-210, mars-avril 1995, Paris, La Documentation française, pp. 13-28 ; « Nationalisme et antinationalisme. Le débat sur l’identité française », in coll., Nations et nationalismes, Paris, Éditions La Découverte, 1995, pp. 127-135 ; La République menacée, Paris, Éditions Textuel, 1996, pp. 77 sq. Dans les années 2000, je suis revenu sur la question dans mon livre La République enlisée. Pluralisme, communautarisme et citoyenneté, Paris, Éditions des Syrtes, 2005.