Archives par mot-clé : Jean-Claude Michéa

Jean-claude Michea, penseur capital.

On ne peut que se réjouir de l’effervescence et des débats provoqués par le penseur français le plus stimulant de ces vingt dernières années et dont l’écho ne cesse de grandir. Une performance d’autant plus éclatante que cet agrégé de philosophie a choisi d’enseigner dans un lycée de Montpellier jusqu’à sa retraite en 2010 et qu’il s’est toujours tenu à l’écart des joutes médiatiques spectaculaires en refusant toute apparition télévisuelle. Comme quoi, l’influence réelle d’un intellectuel n’est pas toujours proportionnelle à sa présence dans les médias de masse. Pour preuve, dans un récent essai, Les Nouveaux enfants du siècle, Alexandre Devecchio, journaliste au Figaro et animateur du FigaroVox, évoque l’existence d’une «génération Michéa» dans la jeunesse intellectuelle hexagonale. Quant à Ariane Chemin, dansLe Monde, elle analysait son influence sur «des jeunes gens antimodernes» animant revues ou sites Internet (de sensibilité conservatrice, décroissante, catholique tendance «Manif pour tous» ou autre) qui tiennent l’auteur deL’Enseignement de l’ignorance pour leur maître à penser.

Évoquons encore les hommages à Michéa rendus par Eric Zemmour (qui le cite régulièrement depuis des années), Elisabeth Lévy, Patrick Buisson ou Alain de Benoist, le «père» de la nouvelle droite. Plus à droite, selon certains médias, Marine Le Pen et sa nièce Marion se sont mises aussi à la lecture de ses œuvres sous l’injonction de leurs conseillers respectifs. Il y a évidemment quelque paradoxe à voir une partie de la droite célébrer un penseur invoquant le socialisme originel, Proudhon ou Marx.

Pour faire court, certaines idées de Michéa peuvent être relayées dans les pages «Débats» du Figaro, mais pas dans les pages politiques ou le cahier «saumon» du journal de Serge Dassault. D’ailleurs, Michéa a souvent exposé la schizophrénie d’une droite qui vénère le marché tout en maudissant la culture qu’il engendre (par exemple la destruction de l’école et des savoirs classiques).
Par un phénomène à front renversé finalement logique, la pensée anti-libérale de Michéa a été assez vite prise sous les feux de critiques venues de la gauche, ou plus exactement de diverses gauches : Continuer la lecture de Jean-claude Michea, penseur capital.

La gauche contre le peuple ? Entretien avec le philosophe Jean-Claude Michéa.

A quatre mois de la fin du mandat de François Hollande et à quelques jours du premier débat d’une primaire que le Parti Socialiste organise malgré la certitude d’arriver en ordre dispersé au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, la gauche semble condamnée à un rôle de spectateur d’une campagne présidentielle où l’essentiel semble se jouer entre le centrisme ‘’révolutionnaire’’ d’Emmanuel Macron, le libéralisme conservateur de François Fillon et le populisme nationaliste de Marine le Pen.

Si chacun à leur manière, ces trois candidats en appellent tous directement au peuple, la gauche de gouvernement parait quant à elle désormais incapable d’articuler une offre politique susceptible de susciter son adhésion au terme d’un quinquennat qui n’a provoqué que son rejet. Comment la gauche s’est-elle ainsi coupée du peuple ?

Jean-Claude Michéa : « Ceux d’en bas apparaissent de moins en moins sensibles à l’alternance unique »

Extrait d’une interview de l’un des seuls intellectuels de gauche qui mérite d’être lu, Jean-Claude Michéa
Socialiste libertaire, communautarien et décroissant, qui n’hésite pas à tacler la gauche ou la religion du progrès, Jean-Claude Michéa n’est pas de ceux qui se laissent facilement enfermer dans une case. Une originalité qui lui a valu de nombreuses attaques de son propre camp – Frédéric Lordon, Philippe Corcuff, Serge Halimi, Luc Boltanski,Isabelle Garo et Jean-Loup Amselle, pour ne citer que les plus connus. Pourtant, depuis plus de vingt ans, le Montpelliérain s’échine à mener une critique radicale et originale du libéralisme et à réhabiliter les classes populaires et leurs pratiques – comme le football –, ignorées et méprisées par les politiques de droite comme de gauche. Nous devons en partie au philosophe la popularisation récente de l’écrivain George Orwell, ainsi que l’introduction en France de la pensée du sociologue et historien américain Christopher Lasch. Notre admiration pour ce « penseur vraiment critique », comme le qualifient les éditions L’Échappée, n’est un secret pour personne. Voilà pourquoi nous avons souhaité lui soumettre quelques questions. Vu la densité de ses réponses, nous avons décidé de les publier en deux fois. Dans cette première partie, Michéa clarifie ces analyses du peuple et du libéralisme.

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La gauche, sa vie, son œuvre, par Jean-Claude Michéa

Dans son dernier essai, Les Mystères de la gauche, l’auteur de L’Enseignement de l’ignorance et d’Orwell, anarchiste tory explique pourquoi la gauche est le meilleur allié du libéralisme moderne.


Vous écrivez que le ralliement de la «gauche officielle» au culte du marché concurrentiel et de la croissance illimitée n’est pas une parenthèse mais «l’aboutissement logique d’un long processus historique» dont le moteur n’est autre que cette métaphysique du Progrès et du «Sens de l’histoire» héritée des Lumières. Le capitalisme est-il selon vous l’enfant des Lumières ?

La réponse est donnée par l’histoire ! Loin d’être une idéologie «conservatrice» ou «réactionnaire», le libéralisme économique d’Adam Smith est né au cœur même de la philosophie écossaise des Lumières. Et la plupart des Encyclopédistes (de Voltaire à Turgot) étaient persuadés que le «doux commerce» apporterait au monde entier la paix, la liberté et la prospérité matérielle. C’est tout aussi vrai, bien sûr, du libéralisme politique et culturel. C’est pourquoi on ne peut pas comprendre la modernité capitaliste sans mobiliser les idées de Progrès (la «mondialisation» comme avenir inéluctable de l’humanité), de Raison (le primat du calcul économique et le culte de l’innovation technologique à tout prix) et de liberté individuelle (le droit de chacun à vivre selon ses seuls caprices, qu’elles qu’en soient les conséquences sur la vie commune). C’est ce qui explique que la gauche – dont l’ennemi originel n’était pas le capitalisme naissant, comme pour les socialistes, mais l’Ancien Régime et le pouvoir traditionnel de l’Eglise («le cléricalisme, voilà l’ennemi !») – a toujours eu le plus grand mal à se démarquer de l’idéologie libérale des Lumières.

La «croyance religieuse en un sens de l’histoire et du progrès matériel illimité» cherchant à faire table rase du passé, que vous imputez au libéralisme, n’est cependant pas son apanage. Elle caractérise parfaitement, par exemple, l’expérience communiste en URSS.

Cette croyance naïve (puisque les ressources de la planète sont limitées) est précisément celle qui a rendu possible, au lendemain de l’affaire Dreyfus, l’alliance tactique contre les puissances de l’Ancien Régime (encore très actives jusqu’en 1945) entre la gauche au sens originel du terme (autrement dit, celle qu’incarnaient, sous la troisième république, le parti radical et la franc-maçonnerie voltairienne) et cette fraction importante du mouvement ouvrier qui, dans le sillage de Marx, considérait la grande industrie capitaliste comme la «base matérielle» logique de la société socialiste (la plupart des marxistes  rejetaient, en effet, l’idée que l’agriculture paysanne, l’artisanat, la petite entreprise voire le mouvement coopératif puissent jouer le moindre rôle dans une telle société).

C’est pourquoi la mise en pratique par Lénine, Trotsky et Staline (dans des circonstances Continuer la lecture de La gauche, sa vie, son œuvre, par Jean-Claude Michéa

De l’écologie comme rempart au totalitarisme pacifié…

Par Arnaud Guyot-Jeannin

La plupart des gens de droite défendent l’écologie humaine (l’ordre naturel et la famille traditionnelle) au détriment de l’écologie environnementale (l’ordre cosmique et la famille des animaux, des végétaux et des minéraux) louée par de nombreux gens de gauche qui nient, quant à eux, la réalité anthropologique et historique des peuples.

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Les premiers rejettent le mariage homosexuel, l’adoption d’enfants pouvant en découler, la PMA (Procréation médicalement assistée) et la GPA (Gestation pour autrui), mais ne remettent pas en cause le capitalisme mondialisé — qu’accompagne le progressisme libertaire — qui marchandise les vies, le lien social et la nature. Les seconds repoussent ce capitalisme dérégulé engendrant l’exploitation humaine, la misère sociale et la suraccumulation matérielle, mais sans réfuter le libéralisme moral du tout vaut tout, tout se vaut, tous se valent dont l’indistinction spirituelle, ethnoculturelle et sexuelle est le produit.

Les partisans des deux camps procèdent par un réductionnisme dommageable. Le processus infernal défiant la nature est enclenché. Le monde commun disparaît au profit d’un monde individualiste et narcissique sans foi ni loi sinon celles de l’argent, de la production et de la consommation.

Le philosophe Jean-Claude Michéa a bien montré l’unité du libéralisme. Le libéralisme culturel et le libéralisme Continuer la lecture de De l’écologie comme rempart au totalitarisme pacifié…

Où est la vraie gauche aujourd’hui ? (émission radio avec Jean-Claude Michéa)

Il faut lire Michéa. C’est un des rares intellectuel intéressant en France. Longtemps ignoré par les média, il est enfin reconnu à sa juste valeur. Mais trop tard. Car si sa critique du progrès et de la gauche est encore pertinente, son obsession anti-libérale, sa confiance aveugle envers le peuple et sa vision angélique des petites gens, le rendent tour à tour doctrinal, naïf et utopiste.

Malgré tout c’est un digne héritier de la pensée situationniste de Debord, de la critique anti-totalitaire de Socialisme et Barbarie et de la vision conservatrice de Georges Orwel. Pour toutes ces raisons, il faut donc lire Michéa.

(Cette émission contient un interview d’un jeune militant du Front National  fort intéressant. Loin de la caricature qu’en font généralement les média. Curieux de la part de France Inter qui est le plus grand repaire de gauchistes endoctrinés que nous ayons en France..)

Très bon article dans Marianne. Une fois n’est pas coutume. Depuis la prise en main par des anciens du Nouvel Obs, cet hebdo est devenu illisible et merdeux.

 

Jean-Claude Michéa: “Pourquoi j’ai rompu avec la gauche”

Au moins depuis la parution d’Impasse Adam Smith en 2002, un livre de Jean-Claude Michéa est toujours attendu. Avec jubilation. Ou avec un fusil, c’est selon. D’abord parce que la parole de ce philosophe, nourri à la pensée de George Orwell, de Guy Debord et du meilleur Marx, est extrêmement rare dans les médias. Ensuite parce qu’il appartient à cette espèce politiquement ambidextre, hélas si peu représentée et si mal comprise, capable de se montrer aussi cruel à l’égard d’une gauche libérale qui s’autocaricature en valorisant toutes les prétendues transgressions morales et culturelles, qu’il sait se montrer lucide à l’égard de l’incroyable cynisme des dirigeants de la droite actuelle (Sarkozy et Copé en tête), lorsqu’ils se posent en défenseurs des «petites gens», que vient en fait piétiner tout leur programme économique, voué à l’expansion illimitée des intérêts du CAC 40.

Disons-le d’emblée : les Mystères de la gauche (Climats) est le livre que l’on espérait depuis plusieurs années de la part de Michéa. Sur plusieurs points capitaux, celui-ci s’explique en effet. Notamment sur son refus définitif de se réclamer de «la gauche», pour penser le front de libération populaire qu’il appelle de ses vœux. «La gauche», un signifiant-maître trop longtemps prostitué, et qu’il juge désormais «inutilement diviseur, dès lors qu’il s’agit de rallier les classes populaires». Continuer la lecture de Où est la vraie gauche aujourd’hui ? (émission radio avec Jean-Claude Michéa)

Entretien avec Jean-Claude Michéa (vidéo)

Jean Cornil a rencontré le philosophe français Jean-Claude Michéa, chez lui, à Montpellier.

Philosophe « inclassable », Jean-Claude Michéa a un parcours singulier. Venant d’un milieu communiste, anarchiste, penseur critique du libéralisme et singulièrement du libéralisme culturel qu’il assimile à la gauche. Dans cette émission, Jean Cornil ira à la rencontre de ce philosophe étonnant, très éloigné des schémas traditionnels de la pensée politique.

Jean-Claude Michéa (philosophe): L’illusion du clivage droite-gauche (vidéo)

Écouter et vu sur Fortune

Conférence de Jean-Claude Michéa autour de son essai Le complexe d’Orphée (Ed. Flammarion). Conférence animée par Vincent Taissere, libraire responsable du rayon Philosophie, politique et pensée critique, coordinateur du cycle de conférences La Fabrique de Philosophie.

«  Déracinés de tous les pays, unissez-vous sous l’égide du marché mondial ! » ; tel pourrait donc être, en somme, le nouveau mot d’ordre de la gauche libérale.

Partie 1:


Jean-Claude Michéa: le socialisme des origines… par vonderblob

Partie 2: Continuer la lecture de Jean-Claude Michéa (philosophe): L’illusion du clivage droite-gauche (vidéo)