Archives par mot-clé : Jean-Pierre Chevenement

Chevènement défend Fillon contre “le gouvernement des juges”

“Il y a une dizaine d’années”, Jean-Pierre Chevènement avait écrit une tribune dans Le Monde, comme il le rappelle aujourd’hui dans l’Express. Il ne“changerait pas un mot aujourd’hui” : “L’étroit concubinage de la justice et des médias a entraîné la désuétude du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence, le tribunal devenant bien souvent le piloriécrivait-il alors.

“Je m’alarme des conséquences que cela pourrait avoir”

L’ancien ministre fait ici allusion à l’inquiétant acharnement de la justice contre le candidat de la droite François Fillon.
Le calendrier judiciaire de l’affaire est programmé pour plomber la candidature du vainqueur de la primaire : il est convoqué par les

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Le MRC (parti chevénementiste) va participer à la primaire du Parti Socialiste

Lu sur Fdesouche

Réuni dimanche 4 décembre, le conseil national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), parti politique fondé en 2003 par Jean-Pierre Chevènement, a renoncé à présenter une candidature directe à l’élection présidentielle. Par 30 voix contre 10, auxquelles il faut ajouter 3 abstentions, l’instance du parti a choisi de passer par la primaire de la « Belle Alliance Populaire » (le Parti Socialiste et ses alliés), qui se tiendra en janvier, selon un membre de ce conseil. Le parti y présentera Bastien Faudot, conseiller départemental du territoire de Belfort, et conseiller municipal d’opposition à Belfort. Aucun accord relatif aux élections législatives n’aurait été conclu pour le moment, selon cette même source.

Ce vote a provoqué une crise interne au parti: la vice-présidente Continuer la lecture de Le MRC (parti chevénementiste) va participer à la primaire du Parti Socialiste

« Nationalité disparue »: quand Chevènement parle du Grand Remplacement et fache toute la gauche.

« Scandaleux et raciste. » Jean-Pierre Chevènement, dont la nomination à la présidence de la Fondation pour l’islam de France a été confirmée ce lundi par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, n’a décidément pas que des alliés à gauche. À tel point que deux élus socialistes de Seine-Saint-Denis demandent publiquement à François Hollande de renoncer à sa nomination. Le député PS Mathieu Hanotin, élu de Saint-Denis, a ainsi lancé une pétition sur la plateformechange.org pour interpeller le président de la République.

L’intervention de Jean-Pierre Chevènement ce lundi matin au micro de France Intera allumé la mèche. Alors qu’il détaillait les missions de l’institution qu’il allait diriger, certains de ses propos ont scandalisé les élus de gauche. L’ancien ministre de l’Intérieur a notamment cité l’exemple de Saint-Denis en affirmant que « 80 % des enfants en primaire ne maîtrisent pas la langue française » dans cette ville et qu’elle comptait « 135 nationalités, mais [qu’]il y en a une qui a quasiment disparu », sous-entendant la nationalité française.

Jean-Pierre #Chevenement fâche la gauche…

« Un lapsus »

Des propos qui accréditent directement la théorie du « grand remplacement », selon Mathieu Hanotin. Le député frondeur estime que « la ligne rouge a été franchie ». Il dénonce aussi dans sa pétition en ligne « des raccourcis et des amalgames douteux et paternalistes ». Mathieu Hanotin rappelle que Jean-Pierre Chevènement n’en est pas à sa première « gaffe » sur le sujet, lui qui avait appelé les musulmans « à la discrétion ». Continuer la lecture de « Nationalité disparue »: quand Chevènement parle du Grand Remplacement et fache toute la gauche.

Chevènement : « Ne nous laissons pas prendre en otage par la Turquie »

Invité ce vendredi 11 mars sur RFI, le président de la fondation Res Publica, Jean-Pierre Chevènement, s’est montré très critique à l’égard du plan actuellement négocié par l’Europe et la Turquie en vue d’apporter une solution à la crise des migrants.

« Les accords de Schengen n’étaient pas faits pour des circonstances exceptionnelles, je dirais même qu’il y avait dès le départ en 1985 quelque audace à reculer notre frontière au Pyrée, même aux îles grecques, de Lesbos, Lemnos, etc. On savait bien qu’un pays périphérique comme la Grèce n’était pas outillé pour réaliser un contrôle efficace aux frontières. Je vous rappelle que le budget de Frontexc’est 80 millions d’euros, c’est absolument dérisoire. »

 

Critique tout d’abord sur « l’opacité » des prises de décision des instances de l’Union et plus précisément de l’Allemagne qui place les autres membres, en particulier la France, « devant le fait accompli ».

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Nous avons livré la Libye au chaos (…) il ne faut pas s’étonner de voir les migrants déferler sur les côtes italiennes.

FIGAROVOX/COLLECTION – Chaque week-end jusqu’à la fin du mois d’août FigaroVox vous offre exceptionnellement un entretien réservé aux abonnés Premium. Cette semaine Jean-Pierre Chevènement qui nous donne une leçon de géopolitique. Deuxième partie.

Le 3 juillet dernier juste après les attentats Saint-Quentin-Fallavier, l‘ancien ministre de l’Intérieur et de la Défense confiait à FigaroVox sa vision très gaulliste de la politique étrangère.

Pour le Che , il ne faut pas se tromper d’ennemi: la menace pour l’Europe n’est pas la Russie, mais Daech. (…)

Quelques mois seulement après les attentats de janvier, la France a une nouvelle fois été victime du terrorisme. Avons-nous sous-estimé la menace?

Elle était tout à fait prévisible. J’ai dit à l’époque au président de la République que nous allions avoir devant nous des décennies de terrorisme. (…) Ils veulent le choc des civilisations, mais nous ne devons pas tomber dans ce piège. Il faut assécher le terreau sur lequel le terrorisme djihadiste se développe. (…) Mais il faut rejeter par avance toute culture de l’excuse!

Manuel Valls a donc eu tort d’utiliser le terme de choc de civilisation …

Il faudrait lui donner le temps de s’expliquer. (…) Mais la menace de ruptures majeures pour la France vient incontestablement non pas de l’Est, mais du Sud, notamment pour des raisons démographiques.

Dans l’Afrique subsahélienne, il existe des pays dont le taux de fécondité va jusqu’à sept enfants par femme. Il sera impossible de promouvoir le développement dans ces pays s’ils ne font pas l’effort de se responsabiliser et si les religions ne nous y aident pas. (…)

Notre pays est en proie à une crise économique et sociale, mais aussi à une crise identitaire profonde. Ce type d’attentat peut-il déstabiliser la société en profondeur?

Nous avons des tensions liées à la situation économique et des tensions qui résultent de la concentration de populations immigrées dans certains quartiers ou dans certaines zones comme la Seine-Saint-Denis ou les quartiers Nord de Marseille. Tout cela témoigne d’une grande cécité historique de la part des pouvoirs publics. (…)

De même pour la Libye. Nous pouvions protéger Benghazi, comme le préconisait le mandat de l’ONU, sans pour autant faire tomber Kadhafi. Nous avons livré la Libye au chaos, comme les Américains l’on fait avec l’Irak. Dès lors, il ne faut pas s’étonner de voir les migrants déferler sur les côtes italiennes. (…)

Il faut se demander si le mot d’ordre «Bachar doit partir» était bien raisonnable. Nous avons aujourd’hui trois partenaires en lice: le régime de Bachar el-Assad, Daech et al-Nosra, c’est-à-dire Al-Qaïda. Je ne suis pas sûr que l’on doive émettre une préférence pour Daech ou pour al-Nosra. Nous sommes dans une situation où la France devrait jouer les intermédiaires entre un certain nombre de courants démocratiques et le régime de Damas, si déplaisant soit-il. Le régime syrien est un régime brutal et violent, mais qui a au moins le mérite de ne pas chercher à instaurer un Califat, y compris en Seine-Saint-Denis. (…)

Source

Gaël Brustier : « Montebourg est une mauvaise caricature de Chevènement »

Chercheur en sciences politiques et ancien proche d’Arnaud Montebourg, Gaël Brustier estime que le ministre de l’Economie n’a pas mesuré les conséquences politiques de ses déclarations lors de la Fête de la rose. Il doute par ailleurs de la capacité du futur ex-ministre à s’imposer comme le leader d’une gauche alternative compte tenu de son absence de ligne politique.

Marianne : Sur Slate, vous décryptez le récent sondage de Marianne sur la présidentielle 2017. Vous notez le risque d’une marginalisation, voire d’une disparition de la gauche française, et signalez au passage que cette enquête d’opinion acte l’échec de la posture d’Arnaud Montebourg qui n’aurait selon vous aucune prise électorale. A l’aune de cette réflexion, comment analysez-vous les critiques formulées par Arnaud Montebourg à la Fête de la rose contre la politique gouvernementale et sa mise à l’écart annoncée de l’exécutif ?

Gaël Brustier : Je connais bien mon Montebourg. Les conneries, il les fait tout seul. Je pense qu’il n’a pas fait cette sortie de manière pensée jusqu’au bout. Il a accentué la provocation entre vendredi et dimanche et il n’en a sans doute pas mesuré les conséquences politiques. Il n’a pas voulu qu’on dise qu’il ne s’était rien passé à la Fête de la rose, que c’était un coup d’épée dans l’eau.

Ce matin sur Europe 1, il tentait de justifier ses déclarations en évoquant une contribution à un débat qui n’était pas tranché. Or, cela fait deux ans que la ligne a été fixée et il le sait très bien. Le problème, c’est que s’il dit « Je ne suis pas d’accord avec cette ligne », il avoue qu’il s’est trompé.

Il a durci le discours beaucoup plus que sa surface politique lui permet de le faire d’ailleurs. Le problème n’est pas d’être viré du gouvernement, c’est : que fait-on une fois qu’on est débarqué ? Il n’est pas député, localement en Saône-et-Loire, son appareil est moribond, il y a eu un retournement d’opinion assez violent.

Sa probable sortie du gouvernement ne l’installe-t-elle pas mécaniquement à la tête des frondeurs du Parti socialiste?

Concrètement, je ne sais pas ce que sont les frondeurs. C’est une création médiatique. Pour moi, existent en politique les gens qui ont un enracinement local — Montebourg n’en a plus, je viens de le dire — et une ligne politique, c’est-à-dire ceux qui sont capables de penser le monde. C’est par exemple ce qui explique l’existence politique de Marie-Noëlle Lienemann ou de Julien Dray. Ils ont une ligne politique. Les frondeurs mènent des batailles d’amendements qui sont probablement fondées, mais ils souffrent des mêmes maux que toute la social-démocratie européenne. Ils limitent ce qui est une crise économique, politique et idéologique profonde de la gauche à des mesures techniques de politique publique.

Sur le socialisme de la production, il y a des choses intéressantes mais sur lesquelles Montebourg et les frondeurs ne sont d’ailleurs pas d’accord. Donc Arnaud Montebourg va sans doute être pris dans un tourbillon médiatique comme il les aime, où il sera l’incarnation des frondeurs. Mais au-delà de ces quelques mois de bulle médiatique, il va falloir résoudre des problèmes de fond autrement plus complexes. Il va se trouver très vite avec un problème majeur parce que la gauche radicale se raccroche à un imaginaire que Montebourg considère lui-même comme caduc.

En fait, vous reprochez à Montebourg de faire le spectacle, mais de n’avoir aucun projet alternatif pour s’imposer comme le leader d’une aile gauche du Parti socialiste ?

On dit souvent qu’il fait comme Chevènement. Non, il est une mauvaise caricature de Chevènement. Le Montebourg gouvernemental est un Montebourg qui nie les antagonismes sociaux et environnementaux comme constitutifs d’une identité prochaine de la gauche. Il se bat pour l’industrie, pas pour les ouvriers, dans un saint-simonisme new look. Il appelle tout le monde à se mettre autour de la table et à faire des concessions, y compris l’ouvrier. L’autre aspect, c’est qu’il nie les antagonismes environnementaux. On ne subit pas l’environnement de la même manière selon qu’on est un dominant ou un dominé. Ce sont rarement les plus riches qui subissent le risque environnemental. Ces deux facteurs là font que, pour l’instant, Montebourg ne peut pas s’imposer comme leader d’une aile gauche.

Est-ce que en sortant du gouvernement ceux qui représentent l’aile gauche du PS, Hollande et Valls ne finissent pas par acter le constat que vous faîtes aussi : face à la poussée de représentations droitières, il ne sert à rien de faire « plus à gauche » ?

J’explique qu’il y a une grande confusion idéologique et politique et que ce n’est pas en criant « toujours plus à gauche » que l’on va retrouver le peuple. C’est le risque que je qualifie de « pureté de gauche ». Jean-Luc Mélenchon acte ça lui-même en revenant à l’idée d’une VIe République. C’est une prise de conscience que face à le Pen, crier « plus à gauche » n’est pas opérant.

Il y a une ébauche de prise de conscience à la gauche du PS sur le fait que le peuple ou les dominés n’adhèrent plus mécaniquement au discours de gauche. Le consensus des Trente glorieuses qui existait autrefois dans nos sociétés est en train d’imploser. La tentation est de s’en remettre à des représentations du passé : les Trente glorieuses, la gauche des années 1970-1980, la relance par la demande, la relance par les salaires, restaurer la grande industrie. Or, cet imaginaire des Trente glorieuses, aussi estimable soit-il, est consacré comme obsolète par une grande partie de la population.

Les Français ont acté cela bien plus rapidement que la gauche, ce qui explique d’ailleurs le désalignement progressif des ouvriers et des employés de la gauche depuis une trentaine d’années. L’expérience quotidienne que ces parties là de la population font de la vie les éloignent largement de celles des grands médias et des élites politico-administratives.

Pensez-vous que l’exécutif sera encore en capacité de compter sur une majorité
suffisamment solide pour gouverner ? Est-ce qu’une ouverture au centre fait par exemple partie des hypothèses crédibles ?

C’est une hypothèse, mais elle est très compliquée à mettre en place. Hollande et Valls sont sur une ligne de la plus stricte orthodoxie économique. Ils n’ont pas été formés pour être de grands originaux. Et Valls avait probablement ce genre d’idées en tête en adhérant au « social-conservatisme » qui est le sien. Mais cette ligne politique passe par un changement d’alliance que l’on commence à entrevoir, sauf qu’il n’y a pas de partenaires pour cette alliance. Le centre actuel n’est pas exactement compatible avec la gauche qu’il essaye d’incarner. Il y a une radicalisation du centre qui s’est opérée à travers la « Manif pour tous ». L’électeur UDI moyen a été très heurté par cette loi et s’est retrouvé à manifester avec les identitaires contre le mariage pour tous. Il y a par ailleurs, une polarisation du centre, notamment économique, du côté de la droite. Ce sont des gens assez durs sur le fond, même s’ils ont une expression très douce. L’électorat de l’UDI est particulièrement antisocialiste et absolument pas compatible avec ce qui serait une « troisième force » de gauche que tentent d’incarner Valls et Hollande. Nous ne sommes plus au temps du grand danger communiste où les centristes acceptaient de s’allier ponctuellement avec la SFIO dans un certain nombre d’endroits pour créer entre les gaullistes et les communistes une alliance qui sauverait l’essentiel.

Derrière cette nouvelle crise politique, on perçoit une crise plus profonde de la gauche, incapable d’oser la rupture avec ses fondamentaux idéologiques. Pensez-vous que la gauche est aujourd’hui capable de bâtir un véritable projet alternatif ? Continuer la lecture de Gaël Brustier : « Montebourg est une mauvaise caricature de Chevènement »

Sous l’impulsion de Sarkozy et BHL nous avons détruit la Libye. (Chevènement)

Sous l’impulsion de Sarkozy et BHL nous avons détruit la Libye. (Chevènement)
S’exprimant sur Europe 1 le 6 août dernier, au micro de Jean-Philippe balasse, l’ancien ministre de la Défense et de l’Intérieur, actuel Sénateur du territoire de Belfort, a clairement accusé Nicolas Sarkozy et son généralissime BHL d’avoir détruit la Libye. Mais il n’a pas dit pourquoi ! On se contentera seulement de rappeler ici que peu de temps avant l’invasion de la Libye et l’assassinat du colonel Kadhafi, c’est contre la Côte d’Ivoire que Sarkozy a lancé ses mercenaires et sa soldatesque ! Sans doute pour les mêmes raisons !

L’ancien ministre de Mitterrand a porté un regard très lucide et courageux sur l’intervention colonialiste de la France en Libye, sous le prétexte fallacieux « d’éviter un bain de sang à Benghazi », un mensonge que l’ensemble de la presse écrite et audiovisuelle a bien vendu à l’opinion publique française à l’époque, mais qui ne passe plus aujourd’hui eu égard aux multiples scandales qui entourent cette très grave affaire d’Etat.

Pour Jean-Pierre Chevènement, «La Libye de Mouammar Kadhafi avait beaucoup de défauts mais elle exerçait un contrôle sur ses frontières» et, pourrions-nous ajouter, sur l’équilibre très fragile entre les différentes tribus dans ce pays foncièrement clanique. Critiquant frontalement le choix de l’opération militaire «sous l’impulsion de monsieur Sarkozy, peut-être de Bernard-Henri Lévy», Jean-Pierre Chevènement a ajouté que «Nous avons violé la résolution des Nations unies, qui nous donnait le droit de protéger les populations de Benghazi » mais « on est allé jusqu’au changement de régime.»

L’ancien ministre de la Défense, le seul haut responsable qui a osé s’opposer à la guerre contre l’Irak en 1991et qui a eu le courage de démissionner de son poste, a poursuit sa diatribe contre l’ingérence, en rappelant précisément le cas irakien : «L’ingérence est à la mode depuis très longtemps», a-t-il regretté en faisant une allusion à celui qui en a été le principal zélateur, Bernard Kouchner. «On vient aujourd’hui se plaindre du sort des chrétiens, je les connais, je suis allé les voir en 1990, je savais ce qui se jouait», a rappelé l’ancien ministre de la Défense.

«On a préféré la guerre à la paix, qui était possible…», déplore le Sénateur. «On pouvait Continuer la lecture de Sous l’impulsion de Sarkozy et BHL nous avons détruit la Libye. (Chevènement)

Jean-Pierre Chevènement : « Sans la Russie, il manque quelque chose à l’Europe »

Le vieux lion de Belfort a encore toute sa tête. Il balance a tout va. Excellente analyse et belles quenelles contre BHL & co.

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Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Figaro, samedi 8 mars 2014. Propos recueillis par Eugénie Bastié et Vincent Tremolet de Villers.

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Le Figaro : Quelle issue voyez-vous à la crise ukrainienne ? 

Jean-Pierre Chevènement : Dans ce genre de crise, on fait souffler tour à tour le chaud et le froid. Une phase de désescalade, verbale en tout cas, semble toutefois avoir été amorcée par les déclarations du président Poutine. Celui-ci a mené une opération de « gesticulation calculée », comme disent les militaires. Ce qui importe maintenant, c’est de définir des axes de sortie de crise. Il n’y a plus aucune raison idéologique et militaire à une nouvelle guerre froide en Europe. Personne n’y a intérêt. Il y a trop d’interdépendance entre nous pour qu’on ne puisse pas chercher la voie d’une solution durable.

Ce n’est pas le chemin que nous empruntons… 

Dès le départ, il y a un grand malentendu : la politique de l’Union européenne visant à associer l’Ukraine tout en lui faisant miroiter une perspective d’adhésion, comme l’avait déclaré le commissaire européen Olli Rehn, est une perspective qui ne peut pas se réaliser dans des délais raisonnables. Une adhésion n’est d’ailleurs pas souhaitable. Il ne fallait et il ne faut pas mettre l’Ukraine devant cette alternative manichéenne : soit la Russie, soit l’UE. C’est un dilemme insoluble pour l’Ukraine compte tenu de son histoire.

La réalité de l’Ukraine, c’est son hétérogénéité. Il y a à l’Est les russophones et à l’Ouest des populations catholiques uniates dont certaines ont fait partie de l’Autriche-Hongrie. Il n’est pas raisonnable de concevoir l’alternance démocratique en Ukraine comme étant tantôt le pouvoir des uns, tantôt le pouvoir des autres, comme on l’a vu depuis 1991 : Kravtchouk en 1991, Timochenko, puis Ianoukovitch. Je ne vois pas pourquoi l’Ukraine ne pourrait pas être un pays fédéral. Il paraît que c’est la thèse russe : ce n’est pas une raison suffisante pour disqualifier cette proposition, si elle correspond au bon sens. Quant à la Crimée, personne ne peut contester qu’historiquement elle est russe. Sa population est majoritairement russe. Une autonomie substantielle est dans la nature des choses. Comme disait le général de Gaulle : « Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. »

 

Dans votre dernier livre, vous écrivez : « Sans la Russie, il manque quelque chose à l’Europe »…  Continuer la lecture de Jean-Pierre Chevènement : « Sans la Russie, il manque quelque chose à l’Europe »

Ukraine : « L’ingérence, on sait ou cela commence, jamais ou cela finit »(vidéo)

Verbatim express :

  • L’Union Européenne a commis quelques maladresses. La démarche qui a été faite vis-à-vis de l’Ukraine, tendant à un accord d’association, aurait pu être concertée avec la Russie.
  • Il n’est pas douteux que le président de l’Ukraine s’est servi de l’UE pour faire monter les enchères avec Moscou : obtenir des subsides et un rabais considérable sur le prix du gaz.
  • Les chiffres qui ont été avancés sur les aides que l’UE pourrait donner à l’Ukraine sont tout à fait illusoires. Et l’UE n’avait pas pris position sur une éventuelle adhésion de ce pays.
  • L’Ukraine est un pays hétérogène, divisé entre catholiques uniates à l’ouest, orthodoxes russophones à l’est. Il faut agir avec précaution si nous ne voulons pas rallumer la Guerre Froide en Europe. Je crois que personne n’y a véritablement intérêt.