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Jean Sévillia : «La colonisation et le non-sens historique d’Emmanuel Macron»

Alors qu’Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de crime contre l’humanité, Jean Sévillia explique pourquoi une telle déclaration est un non-sens historique. L’historien estime que l’on ne peut pas jeter ainsi «l’opprobre sur les Européens d’Algérie, les harkis, et leurs descendants».

FIGAROVOX. – Lors de son déplacement en Algérie, Emmanuel Macron a accordé un entretien à la chaîne Echorouk News où il qualifie la colonisation d’«acte de barbarie» et de «crime contre l’humanité». Ces qualifications morale et juridique ont-elles un sens historiquement?

Jean SÉVILLIA. – Sur le plan juridique, la première définition du crime contre l’humanité a été donnée en 1945 par l’article 6 de la Charte de Londres qui instituait le Tribunal militaire international, instance qui allait juger les chefs nazis à Nuremberg. Étaient visés «l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain inspirés par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux et organisés en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile». D’autres textes affineront la définition, comme le statut de Rome créant la Cour pénale internationale, en 1998, sans en changer l’esprit. Or la colonisation est le fait de peupler un pays de colons, de le transformer en colonie, voire, nous dit le dictionnaire le Robert, de procéder à son «exploitation» afin de le «mettre en valeur».

Historiquement parlant, à l’évidence, la colonisation suppose un Continuer la lecture de Jean Sévillia : «La colonisation et le non-sens historique d’Emmanuel Macron»

Pour en finir avec la légende Castro

Article de Jean Sevilla parut dans Le Figaro Magazine du samedi 23 février 2008

Après un demi-siècle de pouvoir sans partage, le dictateur cubain s’efface. En laissant un pays ruiné, où la démocratie n’existe que sur le papier. Pourquoi le régime de Fidel Castro, ce goulag tropical, a-t-il si longtemps séduit les intellectuels occidentaux ?

Depuis son hospitalisation, à l’été 2006, les apparitions de Fidel Castro se faisaient rares. On ne le voyait plus dans son sempiternel treillis vert olive, mais en survêtement Adidas, tenue peu digne d’un Lider Maximo. Officiellement, il « ne fait pas ses adieux » : il s’engage à rester un « soldat des idées ». Malade et diminué, il continuera donc à délivrer ses oracles bouffons à ses compatriotes, mais sous la forme de textes modestement intitulés Réflexions du camarade Fidel.

A La Havane, le régime ne changera pas de nature : il a été pris en main, il y a un an et demi, par Raul Castro, le propre frère du guide de la révolution cubaine. Il reste que c’est bien une page d’histoire qui se tourne, avec le retrait de celui qui avait cumulé les fonctions de président du Conseil d’Etat, de président du Conseil des ministres, de premier secrétaire du Parti communiste et de commandant en chef des forces armées. Au terme d’un demi-siècle de dictature socialiste, la grande île des Caraïbes, royaume de la répression, de la misère et de la corruption, est ruinée, et la liberté, un lointain souvenir. Dieu sait pourtant si, en Occident, les milieux avancés auront longtemps témoigné, envers le castrisme, d’une inépuisable indulgence.

Le 26 juillet 1953, à Santiago de Cuba, un groupe de rebelles mené par Fidel et Raul Castro attaque la caserne de la Moncada. L’opération est un échec. Emprisonnés, amnistiés un an plus tard, les frères Castro s’exilent à Mexico, où ils ont le loisir de parfaire leur connaissance du marxisme-léninisme. Continuer la lecture de Pour en finir avec la légende Castro