Archives par mot-clé : Michèle Tribalat

Les politiques seront-ils bientôt dépossédés de la question migratoire?

Michèle Tribalat: les politiques seront-ils bientôt dépossédés de la question migratoire?

[…]

Il y a une quinzaine de jours, un collège d’experts remettait un rapport au Président de la République et au gouvernement afin qu’ils amendent leur politique migratoire jugée inutilement restrictive.

[…]

Pourtant, il ne déroge pas à la rhétorique technocratique qui affirme que l’immigration ne s’est pas accélérée dernièrement – «leur nombre [des étrangers] est d’ailleurs stable» – se référant en cela aux tours de magie d’Hervé le Bras sur l’évolution du solde migratoire depuis 1955. Tout en affirmant que cette accélération est inéluctable – «l’immigration plus ou moins qualifiée de jeunes en provenance d’Afrique, du Maghreb et du Moyen-Orient est inscrite dans l’évolution récente de ces pays» – que la démographie française commande d’y avoir recours

[…]

L’objectif est d’étendre toujours plus les droits des étrangers à séjourner en France, par la loi et la gestion administrative ou judiciaire de l’immigration.

[…]

S’y ajoute la création d’un titre de séjour mention «humanitaire», Continuer la lecture de Les politiques seront-ils bientôt dépossédés de la question migratoire?

L’immigration extra-européenne a explosé en Suède

Rappel:

Immigration en Suède : les limites de la politique de la « porte ouverte »

Article de la démographe Michèle Tribalat pour Causeur.

(…)

Au début des années 1960, la Suède n’avait rien d’un pays d’immigration : 4 % seulement des habitants étaient nés à l’étranger et presque tous étaient originaires d’Europe, des pays nordiques principalement (de Finlande surtout). L’immigration était donc une immigration de voisinage.

Vont s’y ajouter, au fil du temps, des Yougoslaves, des Polonais, des Turcs, des Éthiopiens, des réfugiés vietnamiens, chiliens, iraniens…  En 1990, la Suède compte déjà une petite diaspora d’environ 40 000 personnes nées en Iran contre à peine plus de 400 en 1970. Une diversification progressive des demandeurs d’asile va apporter des étrangers en provenance de Bosnie, d’Irak, de Somalie, d’Afghanistan, de Syrie. La Suède comptait une centaine de personnes nées en Somalie en 1980, elle en compte 13 000 vingt ans plus tard et près de 64 000 fin 2016. Au début des années 2000, bien avant la guerre, la Suède abritait déjà un peu plus de 14 000 personnes nées en Syrie. Le conflit a grossi considérablement leur nombre : elles sont près de 150 000 en 2016, soit presque autant que le nombre de personnes nées en Finlande. Il faut multiplier par 6,5 pour avoir une idée de ce que cela donnerait en France. 150 000 personnes enregistrées comme nées en Syrie, c’est l’équivalent de près d’un million en France !

i282882364617271911._szw1280h1280_Évolution du pourcentage de personnes nées à l’étranger, en Europe et dans les pays nordiques (1960-2016). Source : Statistics Sweden

De 2000 à 2016, le nombre de personnes nées à l’étranger a Continuer la lecture de L’immigration extra-européenne a explosé en Suède

TV Liberté: Michèle Tribalat et les chiffres de l’immigration

le célèbre démographe, ancien directeur de recherche à l’INED, a accepté de répondre aux questions de TVLibertés sur les chiffres de l’immigration en France. Michèle Tribalat dénonce l’aveuglement volontaire de l’intelligentsia sur le phénomène de l’immigration en France. Aujourd’hui, comme hier, les gouvernements et les élites avancent «  les yeux grands fermés ». Un entretien exceptionnel où les faits prennent le pas sur l’idéologie. Et où l’on bouscule les idées reçues.
C’est ainsi que Michèle Tribalat tord le cou à la légende de l’Islam installé de longue date en France. Elle affirme, preuves à l’appui, que les musulmans d’aujourd’hui sont presque exclusivement le produit d l’immigration récente. Le démographe appuie aussi son analyse sur un double phénomène : la désecularisation des populations originaires des pays musulmans et d’autre part la sécularisation galopante de la société française dans son ensemble.

Comment Michèle Tribalat a été harcelée par Hervé Le Bras pour ne pas donner les vrais chiffres de l’immigration

Hervé Le Bras est le seul démographe qui ait accès aux média depuis plus de trente ans. Hervé le Bras est un « scientifique » engagé à gauche. Au début des années  80 il publie un livre avec Emmanuel Todd: « L’Invention de la France ». Un livre bidon qui sera la bible de tous les immigrationistes et qui scellera la politique migratoire pour les 40 ans qui suivront sa publication.

En 2013 les deux mandarins de la démographie française récidivent avec « Le mystère français ».  Là encore une recherche prétexte à assener leur idéologie immigrationiste. (voir le dernier article d’Hervé Le Bras  dans Libération: «L’identité française, je suis parti à sa recherche chapitre après chapitre : ce concept ne marche pas». ou encore l’article immonde d’Emmanuel Todd : « Les élites trahissent le peuple, mais le peuple est médiocre »)

Ces deux pseudo-scientifiques se comportent comme de véritables censeurs. Ce que révèle Christophe Guilluy sur les méthodes utilisées par Hervé le bras n’est pas très étonnant. C’est même la norme dans la recherche en science humaine.


Témoignage de Christophe Guilluy :

« Dans le domaine qui est le mien, celui de la démographie et du territoire, c’est archi-caricatural. Ma discipline est verrouillée par quelques personnages qui ne sont plus là que pour ostraciser. Je reçois désormais des courriels de doctorants qui m’assurent suivre mes travaux, mais m’expliquent qu’il leur est interdit de les citer. Voilà où nous en sommes. C’est le totalitarisme soft dans sa version universitaire.

Dit autrement, le système est mafieux : il l’est en ce sens qu’il s’agit de tuer, professionnellement parlant, les pensées dissidentes.

C’est la mésaventure qui est arrivée à Michèle Tribalat. Cela fait plus de quarante ans qu’elle accumule les études, statistiques à l’appui. C’est quelqu’un qui produit, contrairement à des gens comme Hervé Le Bras et Emmanuel Todd. Sa carrière a été un long calvaire, elle ne pouvait même plus aller physiquement à l’Institut national d’études Continuer la lecture de Comment Michèle Tribalat a été harcelée par Hervé Le Bras pour ne pas donner les vrais chiffres de l’immigration

« L’INSEE n’est pas porté à l’audace concernant les statistiques sur les origines… »

Interview lu sur Boulevard Voltaire

Alors que la polémique bat son plein à la suite des déclarations de Robert Ménard, maire de Béziers, concernant des statistiques sur le nombre d’élèves de confession musulmane dans les écoles publiques de sa ville, Boulevard Voltaire a interrogé Michèle Tribalat, démographe, et lui a demandé si, selon elle, l’interdiction des statistiques ethniques et religieuses en France était une bonne chose.

La collecte de données démographiques fondées sur l’origine ethnique ou religieuse est interdite en France. Au risque de rendre plus difficile la lutte contre les discriminations ?

L’article 8 de la loi de 2004 transposant la directive 95/46/CE énonce cet interdit : « Il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. »

Cette collecte est donc interdite sauf… un certain nombre d’exceptions dont 1) les cas où l’on recueille le consentement exprès des personnes, ce qui ne dispense pas d’un avis CNIL ; 2) les collectes effectuées par la statistique publique (INSEE, directions statistiques des ministères) qui ne nécessitent plus qu’un avis favorable de la CNIL et du CNIS (Conseil national de l’information statistique) ; 3) le motif d’intérêt public par décret en Conseil d’État.

La définition d’un référentiel ethno-racial a été déclarée contraire à l’article 1 de la Constitution par le Conseil constitutionnel le 15 novembre 2007. La collecte de données ethno-raciales, comme le font les Britanniques depuis peu ou les Américains depuis plus longtemps, est donc interdite. Mais le « ressenti d’appartenance » ne l’est pas. Pourtant, rien n’empêche à la statistique publique de mettre en œuvre l’origine ethnique définie d’après la filiation en recueillant le pays de naissance et la nationalité de naissance des parents en plus des donnée habituelles (pays de naissance, nationalité actuelle ou antérieure). De telles données peuvent être recueillies par l’INSEE et les directions statistiques des ministères. C’est d’ailleurs ce que fait l’INSEE de plus en plus souvent dans ses grandes enquêtes. Dans ses enquêtes Emploi depuis 2005. Il pourrait l’introduire dans les enquêtes annuelles de recensement. La CNIL a donné sa bénédiction en 2007.

Ces statistiques sont pourtant autorisées dans d’autres pays, notamment aux États-Unis ou au Royaume-Uni ? Pourquoi une telle différence d’approche ?

La question raciale est un problème ancien aux États-Unis. On le voit encore resurgir aujourd’hui. Si les données raciales étaient collectées aux États-Unis bien avant la lutte pour les droits civiques, celle-ci a renversé l’usage qui pouvait en être fait. La collecte des données ethno-raciales était désormais censée aider à mesurer la progression de la condition des Noirs aux États-Unis et de la lutte contre les discriminations qui, à partir des années 1970, est devenue l’affirmative action telle que nous la connaissons.

Au Royaume-Uni, les données ethno-raciales ont été introduites en 1991 et celles sur la religion en 2001 dans le recensement, dans le même esprit. En 1991, le Royaume-Uni a suivi Continuer la lecture de « L’INSEE n’est pas porté à l’audace concernant les statistiques sur les origines… »

Les Français sont-ils vraiment islamophobes et racistes ? Les réponses de Michèle Tribalat

Article du Figaro Via Fdesouche

Selon un rapport du CNCDH, la parole raciste se serait banalisée en France l’an dernier, notamment à l’égard des musulmans et des Roms. La démographe Michèle Tribalat remet en cause certaines de ses conclusions.

(…) La CNCDH s’attend à ce que les individus montrent de bonnes dispositions, en toute circonstance, quelle que soit la situation réelle. Elle s’alarme cette année parce que 16 % des personnes interrogées déclarent que l’immigration est l’une de leurs craintes principales.

On pourrait imaginer qu’en période de crise et dans une année où l’on a vu l’autorité publique bafouée par une famille étrangère qui n’avait rien d’exemplaire (affaire Léonarda), il n’est pas illégitime que les gens s’en inquiètent.

Pour la CNCDH, aucune situation ne peut justifier que l’on pense qu’il y a trop d’immigrés et qu’on s’en plaigne.

Depuis 2009, le sondage demande aux enquêtés: selon vous, le nombre d’immigrés en Continuer la lecture de Les Français sont-ils vraiment islamophobes et racistes ? Les réponses de Michèle Tribalat

Michèle Tribalat : «Le vote musulman en France est presque aussi polarisé que celui des noirs aux Etats-Unis»

Michèle Tribalat, démographe spécialiste de l’immigration, analyse le poids des minorités dans les élections aux Etats-Unis et fait une comparaison avec la France.

Le PS a donc tout intérêt à bichonner cet électoral. Nul doute que le droit de vote accordé aux étrangers, s’il passe, viendra sécuriser ce matelas de voix.

La France a une population d’origine étrangère en proportion moins élevée que les États-Unis. La polarisation du vote latino, et plus encore du vote noir sur les candidats démocrates est bien connue. […]

Si la situation de la France est plus confuse, on sait néanmoins que le think tank Terra Nova a défini la nouvelle cible du PS, qu’il appelle la France de demain, comme étant composée des minorités des quartiers populaires, des femmes, des jeunes et des diplômés. La stratégie électorale ainsi dessinée doit choyer ces segments d’électorats afin, notamment, de disposer d’un matelas de voix que la droite ne sera pas en mesure de disputer au PS. […]

L’insee a estimé à 11,7 millions leur nombre, soit 19 % de la population de la France métropolitaine. En 2017, on devrait, si la croissance en nombres absolus observée entre 1999 et fin 2008 se maintient, il devrait y avoir une population d’origine étrangère de l’ordre de 13 millions, ce qui représenterait environ 21 % de la population. […]

Atlantico

Islam et immigration face au déclin démographique européen : derrière les fantasmes, la vérité des chiffres

Entretien avec Michèle Tribalat, démographe à l’INED.

À 40 ans, les femmes musulmanes de France nées dans les années 1958-1968 avaient 2,8 enfants en moyenne, contre, 1,9 chez les catholiques et 1,7 chez les femmes sans religion.
Michèle Tribalat

Lors d’un synode au Vatican lundi 15 octobre, la diffusion d’une vidéo controversée de 2009 sur le développement de l’islam en Europe a fait scandale.(…)

Un exercice de projection réalisé précédemment par Eurostat visait à estimer la part de la population d’origine étrangère en 2060 (exercice pas complètement satisfaisant d’un point de vue scientifique pour des raisons qu’il serait difficile d’expliquer ici). Il anticipait que la moitié des moins de 40 ans seraient d’origine étrangère en Espagne et en Allemagne en 2060, un peu plus de 40 % au Royaume-Uni et 20 % en France. Pour la France, c’est peu crédible car on y est déjà. (…)

J’ai estimé la fécondité des femmes musulmanes en France, toujours d’après l’enquête Trajectoires et origines réalisée en 2008. À 40 ans, les femmes musulmanes nées dans les années 1958-1968 avaient 2,8 enfants en moyenne, contre, 1,9 chez les catholiques et 1,7 chez les femmes sans religion. Quant aux naissances, toujours d’après l’enquête Trajectoires et origines, pour les enfants nés en 2006-2008, un peu moins de 20 % d’entre eux auraient au moins un parent musulman. (…)

Le scénario élaboré n’imagine pas une remontée très importante et rapide de la fécondité mais table plutôt sur l’immigration. Cela correspond tout à fait à la « philosophie » européenne qui n’imagine pas d’autre solution que l’immigration.(…) Continuer la lecture de Islam et immigration face au déclin démographique européen : derrière les fantasmes, la vérité des chiffres

Michèle Tribalat : un peu de lucidité, la France n’est plus souveraine en matière de politique migratoire

La politique migratoire a été largement communautarisée. Les États européens ne conservent une souveraineté réelle que sur les entrées pour motif économique. Le pouvoir de la France se résume à énoncer les conditions d’exercice des droits que les étrangers peuvent faire valoir, tout en respectant la législation européenne. Leur marge de manœuvre est étroite.

Les jugements de la Cour de Justice européenne, pris dans un pays à propos de cas précis, s’étendent directement à tous les autres. Celle-ci veille à ce que les directives soient correctement transposées par les États sous peine de sanction, et les Cours nationales intègrent la jurisprudence européenne directement dans leurs propres jugements.

L’entretien de Manuel Valls dans Le Monde de mercredi reflète bien la prise en compte de ces contraintes. La décision de la Cour de cassation du 5 juin 2012 d’interdire la garde-à-vue d’étrangers dépourvus de titre de séjour pour ce seul motif, en application de la directive européenne de 2008, nécessite une révision du dispositif d’éloignement. Que peut dire Manuel Valls, sinon qu’un nouveau texte sur le sujet ne privant pas de toute effectivité les décisions de reconduites à la frontière est à l’étude ? Idem pour la mise en rétention des familles.

Là encore, un texte est à l’étude. Que peut dire le ministre de l’Intérieur, sinon qu’il va essayer de maintenir le principe de reconduite à la frontière dans le cadre du droit tel qu’il est et qui l’oblige ? Sans combinaison possible de ces deux impératifs, aucune maîtrise de l’immigration ne serait possible. Après avoir déclaré « la politique migratoire, acte de souveraineté nationale » (programme PS, p. 21), le PS au pouvoir (a fortiori Manuel Valls) ne peut pas annoncer qu’il abandonne toute idée de faire repartir chez eux les étrangers en situation irrégulière. (…)

Atlantico

Michèle Tribalat : « L’immigration, faux-débat n°1 de la présidentielle »

L’immigration, appréhendée d’un point de vue économique ou culturel, est l’un des thèmes majeurs du débat présidentiel. Pour la démographe Michèle Tribalat, la violence des arguments ne doit pas faire illusion. Pour la gestion des flux, Hollande et Sarkozy ont «consenti» leur «impuissance», préférant s’en remettre à l’Union européenne et à la jurisprudence française que de risquer d’agir.

 

Parler d’immigration n’est pas a priori illégitime lors d’une élection présidentielle. C’est le thème de prédilection du Front national et que ce dernier a mis lui-même sur le tapis certains sujets très propices à déclencher des polémiques, à mettre mal à l’aise ses adversaires. Les autres candidats à la présidentielle n’ont pas pu rester à l’écart. La montée du thème de l’immigration tient aussi à la stratégie du président-candidat qui cherche à mordre sur l’électorat du Front national.

Le parallèle avec la crise financière n’est pas inapproprié. Ce sont deux sujets de politique sur lesquels l’exécutif a perdu la main. La politique migratoire est devenue, à l’exception de l’immigration de main-d’œuvre, une politique communautaire, soumise au processus de co-décision qui met en jeu la Commission, le Conseil et le Parlement européens. […]

Ni l’UMP ni le PS ne remettent en cause le postulat selon lequel l’immigration est une chance pour la France. On aimerait qu’ils nous expliquent en quoi l’immigration en elle-même, c’est-à-dire indépendamment de ses caractéristiques, est un bienfait. Le passé nous montre que l’effet sur la pyramide des âges est, au final, assez faible. L’aide apportée aux comptes sociaux dépend des taux d’emploi. L’effet sur la croissance, lorsqu’il a été calculé (au Royaume-Uni et aux États-Unis) et une fois rapporté aux habitants déjà présents sur le territoire, est lui-même extraordinairement faible.»

 

À droite, on a tendance à dire que l’immigration est une chance à condition qu’elle ne soit pas trop importante pour éviter les risques de congestion (logement notamment), de peser sur les comptes sociaux et de contrarier l’intégration. À gauche, on a tendance à insister sur le besoin d’immigration – « La France et l’Europe ont besoin d’une immigration légale pour construire leur avenir » (programme du PS p. 21) – et sur son caractère inévitable, la circulation des personnes n’étant qu’une des facettes de la mondialisation. Continuer la lecture de Michèle Tribalat : « L’immigration, faux-débat n°1 de la présidentielle »