Archives par mot-clé : Radu Stoenescu

Le tueur norvégien, un djihadiste anti-djihadiste (troisième partie)

Radu Stoenescu continue de proposer son analyse sur le massacre du jobard d’oslo dans les colonnes de Riposte laïque.

Pour ceux qui n’auraient pas lu les deux premières parties : première partie, deuxième partie)

Je tiens à signaler la publication de deux articles de Jean-François Mayer, historien des religions, spécialiste des sectes et du terrorisme, qui rendent compte d’une manière complète, honnête et claire du contenu du « manifeste-légende » d’ABB.

Attentats en Norvége : idéologie et motivations du terroriste

Terrorisme en Norvège : la religion d’Anders Breivik

Ces articles m’épargnent la fastidieuse tâche de traiter nombre de points que soulèvent l’écrit d’ABB. Je les considère comme parfaitement fidèles à ce que j’ai moi-même pensé à la lecture de ce scénario de SF. Que ceux qui ne lisent pas l’anglais se rassurent, ils ne ratent rien : il n’y a rien à apprendre de cet opus ni sur l’islam, ni sur la situation de l’Europe actuelle. ABB dit d’ailleurs lui-même que la moitié de ces 1500 pages est copiée et adaptée de différents livres ou sites internet. Tout ce qu’il y a d’original, c’est ce qu’il y a de dérangé, à savoir sa mythologie néo-templière. Mais cela ne peut intéresser qu’un scénariste de jeux vidéo, et encore, c’est assez limité. Maurice Dantec a déjà exploré avec plus de talent ce futur possible, et montré par son succès d’écrivain qu’il n’était nullement besoin d’assassiner des gens pour faire passer un message apocalyptique. Mais quand on n’a pas de talent artistique pour exprimer ses hantises, on barbouille sa piteuse légende avec le sang des autres, comme un certain peintre raté de sinistre mémoire.

Dans ce papier, je vais me consacrer à montrer dans le détail, citations à l’appui, en quoi ce dérangé a copié les jihadistes, pour le pire. Son délire est mimétique de celui des fous d’Allah, tout d’abord parce qu’il prend appui sur le même fantasme pris pour une réalité : la Oummah, « la communauté musulmane internationale », est considérée comme une réalité, alors que celle-ci ne l’est pas et ne l’a jamais été. L’état d’esprit obsidional d’ABB s’enracine dans cette méprise, qui oblitère toute la réalité des divisions intra-musulmanes, passées et présentes. Il voit un bloc d’un milliard de personnes prêtes à envahir ses fjords, criant « Allah Akbar », alors que cette image n’est qu’un effet de la propagande des jihadistes eux-mêmes, qui aimeraient bien que cela soit ainsi, et qui l’utilisent pour intimider ceux qui ont la faiblesse de les croire. Les 700 pages qu’il consacre à l’islam ne rendent pas compte des fissures qui morcellent le « monde musulman », dont on peut aisément constater l’existence, ne serait-ce qu’en étudiant les empoignades des différents communautés musulmanes sur le sol français, notamment quand il est question de contrôler les mosquées.

Pour quelqu’un qui pose au grand stratège, cela commence plutôt mal. Il a beau citer la fameuse phrase de Sun Tzu (p.726), il ne connaît pas beaucoup ses ennemis. Il prend pour argent comptant ce qu’ils disent d’eux-mêmes, c’est-à-dire qu’il succombe à leur première mystification à visée stratégique. S’il avait lu ce Marx qu’il abhorre tant, il aurait appris qu’« On ne juge pas un individu sur l’idée qu’il a de lui-même. On ne juge pas une époque de révolution d’après la conscience qu’elle a d’elle-même. Cette conscience s’expliquera plutôt par les contrariétés de la vie matérielle, par le conflit qui oppose les forces productives sociales et les rapports de production. » (1)

Le délire paranoïaque démarre avec cette exagération de la puissance de l’ennemi, qui est le produit de la propagande ennemie elle-même. ABB y répond par la recherche d’un refuge dans les bras d’une puissance symétrique. Or il ne trouve dans l’Europe actuelle rien de réel qui ressemblerait au bloc musulman qu’il croit réel, et pour cause, puisque celui-ci n’est qu’un leurre. Le refuge réel qu’il cherche est forcément introuvable, car rien de réel ne peut contrebalancer une peur inspirée par une Oumma fantasmée. La réalité ne peut rien contre la fiction. Aussi se sent-il désespéré, comme il le confesse : « j’ai l’impression d’être une personne piégée à bord d’un vaisseau spatial en feu avec aucun endroit où aller. » (p.1419)

On peut comprendre son désespoir, car un feu imaginaire ne peut être éteint par aucune eau réelle. C’est pourquoi ABB se lance dans l’élaboration d’un feu imaginaire autochtone, pour contrer ce feu jihadiste, qui est lui-même une réaction fantasmatique de certains musulmans aux problèmes réels de leurs pays, interprétés comme une agression « des croisés et des juifs », entités dépourvues de toute réalité. ABB répond d’une manière fantasmatique à un fantasme, et, posant au néo-croisé, il cherche en quelque sorte à donner une réalité au fantasme de l’autre, pour que celui-ci lui donne à son tour la consistance dont il rêve.

Le plus incroyable, c’est qu’il l’écrit lui-même : « Que ce soit clair. La Oumma islamique européenne est notre plus puissante arme dans notre lutte contre le pouvoir établi. Notre objectif dans la Phase 1 et 2 (de son scénario rêvé, n.d.a.) sera de manipuler cette force en contribuant à radicaliser les musulmans. Ceci peut être achevé en les provoquant et en les incitant à choisir la voie du Jihad prématurément. La manière la plus efficace d’énerver les musulmans est de frapper leurs possessions les plus chères : leurs femmes. A travers des attaques mortelles et précises choisies stratégiquement (escarmouches) nous les inciterons à déclencher des révoltes violentes et de s’engager prématurément dans différentes formes d’activités jihadiques. Les médias n’auront pas d’autre choix que de couvrir ces révoltes, et ainsi, ils contribueront à radicaliser encore plus d’Européens. Cette spirale polarisera les sociétés et de plus en plus d’Européens connaîtront le vrai visage de l’islam et du multiculturalisme. Les réactions musulmanes et européennes monteront ensuite aux extrêmes (par catalyse réciproque) du fait que de plus en plus de personnes vont rejoindre à la fois les mouvements conservateurs culturels et les mouvements jihadistes. L’avenir des mouvements conservateurs est directement lié au développement des mouvements jihadistes et/ou de l’influence de l’islam dans les sociétés occidentales. C’est une relation symbiotique. (…) Attaquer des groupes de femmes est la seule approche pragmatique car ainsi beaucoup d’hommes, leurs maris, leurs fils, leurs frères et leurs oncles jureront de se venger et conséquemment rejoindront des réseaux jihadistes. » (p.931)

ABB écrit comme s’il avait lu René Girard, et comme s’il appliquait ses analyses de la violence, mais dans un sens totalement opposé, puisque consciemment apocalyptique. (2) On remarquera que son raisonnement est parfaitement mimétique : il veut pousser les musulmans à se radicaliser de la même manière que ce qu’il en a perçu l’a radicalisé. Il attribue 500 000 viols d’Européennes « de souche » aux musulmans établis en Europe (p.847), et au nom de ces victimes, il appelle les Européens à devenir comme leurs bourreaux, en s’en prenant symétriquement aux femmes musulmanes, qu’il ne conçoit guère comme des êtres humains. Il ne s’agirait même pas de simplement les violer, mais carrément de les assassiner, pour déclencher l’ire du mâle musulman, et lui fournir ainsi le combustible pour accélérer sa jihadisation latente. Cela est ignoble, et doublement ignoble de se donner pour un « chevalier » tout en prêchant cette ignominie. Cette stratégie « symbiotique » entre jihadistes et néo-templiers à la sauce Breivik ne saurait avoir d’autre issue que l’instauration du chaos sur tout le continent européen. Mais n’anticipons pas.

Sans refuge mental à la hauteur du danger, ABB cherche les responsables. L’Europe rêvée, qui aurait dû être là pour le protéger contre l’Oumma imaginaire, a bien dû être détruite par quelqu’un : ce sont ceux qu’il appelle les « Marxistes culturels/multiculturalistes » qui ont détruit l’abri psychique qu’il cherche désespérément. A cette étape, il raisonne aussi comme les jihadistes, car ceux-ci considèrent que l’Oumma a été corrompue par les « traîtres occidentalistes », qui sont d’ailleurs à peu près les mêmes que les « multiculturalistes » d’ABB : les féministes, les socialistes, les athées, les marxistes, qui ont été réellement assassinés, persécutés ou marginalisés dans tous les pays réislamisés. Ce dont ABB rêve pour l’Europe, l’épuration des « multiculturalistes », les jihadistes l’ont fait grandement dans les pays musulmans.

A partir de ce stade, comme il croit avoir avalé « la pilule rouge » et voir enfin « le désert du réel » (Matrix), tous ceux qui ne voient pas ce qu’il voit sont pour lui autant d’ « agents Smith » dont l’objectif serait de replonger les Européens dans un songe désarmant. Il se sent en guerre, il pense que la loi a été abolie (c’est le sens de sa déclaration « responsable, mais pas coupable »), parce qu’il considère que l’Etat a failli à son rôle de protection des Européens. Cette attitude est aussi le pendant exact de l’attitude de jihadistes qui massacrent leurs co-religionnaires musulmans. Un Ben Laden, les membres du FIS en Algérie, les terroristes égyptiens du Djamaa Islamiya qui ont mitraillé les touristes en novembre 1997 à Louxor, tous ces groupuscules considèrent que les Etats musulmans actuels se sont compromis avec les Occidentaux, qu’ils trahissent l’islam (même l’Arabie Saoudite !), et qu’ils laissent les musulmans se faire massacrer par les « judéo-croisés ».

Pour les jihadistes comme pour Breivik, les Etats actuels ne sont pas légitimes. Ils massacrent de concert non pas en ignorant le caractère meurtrier de leurs gestes (ABB se reconnaît « responsable »), mais en les inscrivant dans le nouveau cadre légitimant de la violence, d’un combat guerrier pour les « vrais Européens » d’un côté, et pour les « vrais musulmans » de l’autre (c’est pourquoi il se dit « non coupable »). Ceux-ci ne sont rien d’autre que des fantasmes du même acabit que l’Oumma et l’Europe néo-templière, ou comme feus « la race aryenne » du nazisme et « le prolétariat » du stalinisme. Des sources de légitimité fantasmatique pour des crimes bien réels, contre des musulmans, des Norvégiens, des Allemands (j’y inclus les juifs allemands), et des ouvriers russes bien réels.

(Dans le prochain article, je vais continuer de montrer la gémellité explicite entre ABB et les jihadistes.)

Radu Stoenescu

(1) Karl Marx, Avant-Propos à la Contribution à la critique de l’économie politique, 1859, édition La Pléïade, Karl Marx Oeuvres, Economie I.

(2) Voir René Girard, Achever Clausewitz, Ed. Carnets Nord, Paris, 2007. Les termes « spirale » et « montée aux extrêmes » sont typiquement girardiens. Voir aussi La spirale mimétique, Dix-huit leçons sur René Girard, sous la direction de Maria Stella Barberi, Ed. Desclée de Brouwer, 2001.

Le tueur norvégien: un jihadiste anti-jihadiste (2ème partie)

Cet article est le deuxième d’une série qui vise à analyser les motivations du tueur et les retombées des assassinats d’Oslo. Ces articles sont écris par Radu Stoenescu pour Riposte Laïque.

Pour lire le premier, cliquer ici.

Si Anders Behring Breivik (désormais ABB) est un délirant, il ne faut pas en conclure que tous les éléments avec lesquels il a construit son délire sont faux. « Les interprétateurs ne méritent pas l’épithète d’aliénés dans le sens étymologique du terme (alienus, étranger) : ils restent en relation avec le milieu, leur aspect se maintient normal ; quelques-uns réussissent à vivre en liberté jusqu’à la fin sans attirer l’attention autrement que par certaines bizarreries ; la plupart sont internés, non pas en raison de leurs idées délirantes, mais à cause de leur caractère violent et impulsif qui les rend dangereux. S’entretient-on avec eux, lit-on leur correspondance ou leurs mémoires, non seulement il arrive qu’on ne relève aucun propos déraisonnable, mais on constate une façon de s’exprimer correcte, des associations d’idées normales, des souvenirs très fidèles, une curiosité éveillée, une intelligence intacte, parfois fine et pénétrante. On ne peut mettre en évidence ni hallucinations actives, ni excitation, ni dépression ; pas de confusion, pas de perte des sentiments affectifs. Des entretiens prolongés ou répétés sont souvent nécessaires pour découvrir certaines particularités. (…) Les interprétateurs n’inventent pas de toutes pièces des faits imaginaires ; il ne s’agit pas de fictions sans fondement ou de rêveries d’une fantaisie maladive. Ils se contentent de dénaturer, de travestir, d’amplifier des faits réels : leur délire s’appuie à peu près exclusivement sur les données exactes des sens et de la sensibilité interne. » (Sérieux et Capgras, Les folies raisonnantes – le délire d’interprétation, 1906, cité par Jacques Lacan in « Dans la psychogénie des psychoses paranoïaques », De la Psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité suivi de Premiers écrits sur la paranoïa, Éditions du Seuil, collection Champ frudien, 1975)

J’ai donné une citation aussi longue pour éclairer la nature du délire paranoïaque certain qui anime ABB, et pour souligner que les assassinats qu’il a perpétrés ne sauraient aucunement jeter le discrédit sur l’ensemble des auteurs, des blogs, des analyses et des faits qu’il utilise pour bâtir cet édifice qu’il a pompeusement intitulé 2083 A European Declaration of Independance. Le caractère délirant de son écrit ne tient pas aux éléments particuliers qui le constituent, mais en leur agencement en vue de justifier son passage à l’acte meurtrier. Blâmer cet assassin ne signifie nullement qu’il faille rejeter l’ensemble des idées qu’il invoque tout au long de son « manifeste ». Faire cela, c’est méconnaître la nature même du délire, et de la pathologie mentale dont souffre manifestement ABB.

Plus précisément, il faut rejeter cette vision du monde à la Matrix qui consisterait à croire qu’il y a d’un côté l’absolue vérité, et d’un autre l’absolue illusion. C’est cette conception qui animait ABB ; dans le chapitre 3.22., intitulé significativement « Utiliser la terreur comme méthode pour réveiller les masses – beaucoup de nos compatriotes nous haïrons pour cela », il écrit : « Tu te souviens peut-être d’un personnage du premier épisode de Matrix ; d’une certaine manière ce personnage avait été réveillé de son cocon où il était connecté à un monde imaginaire, un programme d’ordinateur. Il n’aimait pas la réalité qu’il voyait désormais, car cela impliquait de souffrir et de combattre les machines avec des chances minimes de succès. Il ne voulait ni se battre ni souffrir. Tout ce qu’il souhaitait, c’était d’être reconnecté à son cocon où il pourrait à nouveau vivre dans son monde imaginaire– déconnecté de la réalité. Le personnage alla si loin qu’il coopéra avec les machines et qu’il trahit les siens, pour la promesse d’être replacé dans son cocon. Il ne voulait tout simplement pas voir la réalité en face et il aurait même tué les siens pour éviter de l’affronter. D’une certaine manière, ce personnage représente l’Européen lambda. Des dizaines de personnes que nous voulons sauver du génocide européen en cours ne veulent pas de notre aide (ou tout au moins, croient qu’elles ne veulent pas de notre aide). En fait, beaucoup d’entre elles feraient tout en leur pouvoir pour éviter d’être confrontées à la réalité. Ceci explique pourquoi très souvent des personnes bien intentionnées, qui tentent d’avertir les gens autour d’elles d’un danger imminent, sont condamnées, ridiculisées et même persécutées. C’est à nous, les quelques courageux, d’accomplir cette tâche ingrate de réveiller les gens de leurs cocons et de les recruter pour les mouvements de résistance de l’Europe. Malheureusement, la nature humaine peut très souvent être désavantageuse pour nous. Beaucoup de gens se sont adaptés à ce système génocidaire et certains ont même indirectement accepté leur destin. Ils acceptent que les régimes marxistes culturels/multiculturalistes anéantissent l’identité européenne, nos cultures, nos traditions et même nos Etats nations. Beaucoup sont endoctrinés à un tel degré qu’ils vont défendre ce programme d’extermination avec leur propre vie. » (p.846)

ABB pense qu’il a avalé la « pilule rouge » et qu’il voit désormais la réalité, avec onze autres illuminés qui s’auto-intitulent « les nouveaux Templiers » (p.827), tandis que le commun des mortels baignerait encore dans l’illusion générée par la Matrice, et se doperait avec de « pilules bleues ». Son livre même est pensé comme une « pilule rouge », apte à ouvrir les yeux de endormis, dont il voudrait administrer des doses répétées au monde entier. Mais c’est cette alternative même qui est délirante. Il ne s’agit jamais dans la vie de choisir entre deux discours systématiques, dont l’un serait absolument vrai et l’autre totalement inventé. « Le choix entre la pilule bleue et la pilule rouge n’est pas vraiment un choix entre l’illusion et la réalité. Bien sûr, la Matrice est une machine à fictions, mais ces fictions structurent déjà notre réalité. Si on enlève de notre réalité les fictions symboliques qui la régulent, on perd la réalité elle-même. Il y a une troisième pilule. C’est une pilule qui te fait voir la réalité non pas derrière l’illusion, mais la réalité dans l’illusion elle-même. » (1)

Le caractère fallacieux du choix entre les deux pilules, ressort de la description que donne ABB de « l’Européen lambda », car celle-ci peut très exactement lui être appliquée à lui-même et à son discours. Qui a tué « même les siens » pour éviter d’affronter la réalité ? Qui s’est endoctriné lui-même à un tel point qu’il était prêt à défendre « son programme d’extermination avec sa propre vie » ? Breivik lui-même.

Aussi il ne faut pas choisir entre les idées sur lesquelles ABB a échafaudé son délire et ce qu’on appelle, faute de mieux, le discours dominant. « Le spectacle, écrivait Guy Debord, est une misère, beaucoup plus qu’une conspiration. » C’est pourquoi il faut aussi dénoncer ceux qui saisissent cette occasion, comme le MRAP, Laurent Joffrin, Patrick Lozès, etc., pour parler symétriquement comme si c’étaient eux qui avaient avalé la « pilule rouge », et ABB la « bleue ». Toutes les idées exprimées par ABB dans son manifeste ne sont pas des histoires à dormir debout. Comme tout délirant, il ne fait que « travestir, dénaturer et amplifier des faits réels ».

Tous ceux qui déduisent de l’acte de ce malade, qu’il faut censurer aussi ceux qui expriment certaines des idées qu’il développe dans son opus, raisonnent de la même manière délirante. De même, tous ceux qui pensent qu’ABB a rendu un service à la lutte contre l’islam, en massacrant des jeunes gens désarmés, et que ce serait trahir la « cause » que de l’en blâmer, sous prétexte que c’est aussi ce que fait « le système », s’enfoncent dans la même folie mégalomaniaque. Que ceux qui seraient tentés de l’imiter, ou d’en faire un martyre, sachent dès à présent qu’ils sont les pires ennemis de la liberté et de la fraternité, et les meilleurs amis des jihadistes, qu’ABB a imités ! La fin n’excuse pas les moyens, les moyens et la fin, c’est la même chose. Par les moyens de la terreur, on n’arrive qu’à la terreur.

Pour le dire avec les mots mêmes d’ABB : « Un chevalier justicier n’est pas seulement un preux guerrier résistant, une armée en un seul homme, il est aussi une agence de marketing à lui tout seul. Nous vendons la promesse d’un meilleur avenir à nos peuples et à nos enfants. Des combattants de la résistance sont de plusieurs points de vue des représentants de commerce. Ils sont les fournisseurs et les ambassadeurs non seulement de leurs organisations et mouvements spécifiques mais aussi du futur que nous voulons créer. Ainsi, il est important que tous les combattants de la résistance apprennent les bases de la vente et du marketing. Ne pas réussir à comprendre les concepts de base de la vente et du marketing limitera significativement l’impact et l’efficacité du message que nous voulons diffuser. » (p.1069) Tout cela est parfaitement juste, car on juge toujours un idéal à l’aune de ceux qui le portent, sauf qu’il semblerait que dans son manuel de marketing, on ait omis de lui expliquer un détail, ce concept de base de la vente, que massacrer soixante-dix adolescents n’est pas la manière plus efficace de « vendre » un meilleur avenir, ni à eux, ni à leurs parents, ni à leurs amis !

La conception de l’islam d’ABB constitue l’exemple de dénaturation et d’amplification qui doit être dénoncé avec la plus grande vigueur. Si elle puise à des sources que nombre d’islamo-vigilants citent aussi, comme les livres de Bernard Lewis, Robert Spencer, Bat Ye’Or, ou Ayaan Hirsi Ali, ou les discours de Geert Wilders, l’islamophobie d’ABB est à mille lieues de la critique d’une doctrine que des individus – les musulmans – peuvent librement rejeter. Il écrit : « Ces musulmans criminels voient l’Europe comme dar-al-Harb (la maison de la guerre), comme l’enseigne le Coran. Ainsi, l’exploitation et le pillage des Européens et de leurs ressources sont les droits divins de tous les musulmans. Un infidèle est un individu qu’un musulman dévot voit comme un détritus humain, un citoyen de seconde zone. Ces musulmans par conséquent s’appuient sur le droit que leur concède Allah pour violer, tuer et voler les Européens, dans la mesure où ils considèrent cela comme un butin de guerre. Ne fait pas d’erreur. Ces Musulmans doivent être considérés comme des animaux sauvages. Ne blâme pas les animaux sauvages, mais plutôt les traîtres multiculturalistes qui ont autorisé ces animaux à entrer sur nos terres. » (p.490)

Voilà une conception de l’islamophobie que nous avons toujours fermement rejetée, et qu’Ayaan Hirsi Ali, Taslima Nasreen, Magdi Allam, Pascal Hilout, Robert Spencer, Geert Wilders ont toujours aussi fermement rejetée. C’est une conception raciste et comme telle, fausse et dangereuse. C’est faire à l’islam trop d’honneur et aux musulmans trop peu, que de croire que ceux-ci ne peuvent congénitalement pas critiquer ou rejeter celui-là. C’est rabattre les hommes sur le texte du Coran, et considérer à la manière salafiste, qu’ils ne sont que l’incarnation du texte mahométan. C’est adhérer en quelque sorte à la doctrine musulmane de la fitra, c’est-à-dire de croire que l’islam est la « religion naturelle » des Hommes. On n’aura de cesse de le répéter : l’islam n’est pas une doctrine plus spéciale qu’une autre, qu’un individu, fût-il élevé dedans, ne puisse s’en défaire. La preuve, ce sont les efforts désespérés des intégristes pour maintenir la majorité des musulmans à l’intérieur de ce carcan : la condamnation à mort pour apostasie prouve comme telle que celle-ci est une tentation si grande que seule la terreur peut empêcher la fuite hors de l’islam.(2) ABB ne voit pas, parmi beaucoup d’autres choses, une réalité de taille : aujourd’hui, dans le monde, ce sont les musulmans qui sont les premières victimes des musulmans. Cela ne signifie bien sûr nullement que le développement de l’islam en Europe ne pose aucun problème, bien au contraire.

(Je sais, j’avais promis de montrer comment ABB était le frère jumeau d’un jihadiste. Mais ce sera dans les prochains épisodes.)

Radu Stoenescu

(1) Slavoj Zizek, The pervert’s guide to the cinema. http://www.youtube.com/watch?v=8sFqfbrsZbw

(2) Voir un article déjà ancien: Syndrome de Stockholm: l’islam, une gigantesque prise d’otages ?

Le tueur Norvégien: un jihadiste anti-jihadiste (1re partie)

Cet article est le premier d’une série qui vise à analyser les motivations du tueur et les retombées des assassinats d’Oslo. Ces articles sont écris par Radu Stoenescu pour Riposte Laïque

Le massacre de près d’une centaine de jeunes Norvégiens par un tueur froid et méthodique, qui vient de s’en déclarer « responsable, mais pas coupable », est un acte qui ne cessera pas de sitôt d’interroger nos consciences. Qu’il cite Georgina Dufoix sans la connaître n’est que le moindre des mystères. Je suis révulsé par l’attitude de certains militants islamo-vigilants qui veulent voir dans son acte la manifestation d’un quelconque patriotisme, d’un attachement au christianisme d’une abnégation admirable, et comme le signal d’une révolution conservatrice censée sauver l’Europe du chaos et de la dhimmitude. Il faut le dire clairement et sans ambages : Anders Behring Breivik est un assassin qui a échafaudé un délire intégrant des éléments de discours islamo-vigilants, des critiques du politiquement correct et du multiculturalisme, ainsi qu’une bouillie pseudo-catholique essentiellement centrée autour des Templiers et des Indulgences, afin de justifier son passage à l’acte. C’est ce qui ressort clairement du “manifeste-journal” de 1500 pages qu’il a posté en ligne quelques heures avant son crime. (1)

C’est parce qu’ils ont vite compulsé cet écrit fleuve, que les journalistes l’ont présenté à la fois comme un franc-maçon (s’y trouve une photo d’Anders avec un tablier de l’Ordre), un chrétien fondamentaliste (il prétend être une sorte de néo-Templier), un islamophobe (700 pages sont consacrées à l’islam et à son emprise sur l’Europe) et un extrémiste de droite (200 pages dédiées au « marxisme culturel » ou « multiculturalisme »). Il ne fait cependant aucun appel aux théories racistes et dénonce les nazis, dont l’admiration pour l’islam est soulignée.

Son écrit se déploie en trois mouvements : les « marxistes culturels » nous ont mentis et trahis, l’Europe est en feu à cause de l’immigration musulmane qu’ils ont facilitée et encouragée, donc il faut lancer une guerre préventive de « salut continental », pour réinstaurer un ordre patriarcal, chevaleresque et conservateur, une sorte de Chrétienté rêvée, sortie tout droit d’un scénario de jeu vidéo (Breivik jouait beaucoup à World of Warcraft « hardcore raiding » pendant qu’il écrivait son opus et il s’est entraîné pour sa tuerie avec Modern Warfare 2, qu’il appelle « peut-être le meilleur simulateur militaire disponible. »)

Il y aurait beaucoup à dire sur cette littérature, faite de copié-collés de sites internet et de réflexions personnelles, qui sont d’une probité souvent glaçante. A la première lecture, et ne cessant jamais de mettre en rapport son écrit avec ses actes, Breivik m’a rappelé le personnage de John Doe, du film Se7en de David Fincher. Plus particulièrement, il faut revoir la dernière scène (2) où le criminel joué par Kevin Spacey explique ses motivations et l’emploi de la cruauté : « Si tu veux que les gens t’écoutent, tu ne peux plus leur donner simplement une tape sur l’épaule, tu dois les frapper avec un marteau de forgeron. Et ensuite tu verras qu’ils t’accorderont une attention totale. » De même Breivik écrit « Une fois que tu as décidé de frapper, il vaut mieux en tuer trop que pas assez, sinon tu risques de réduire l’impact idéologique souhaité lors de la frappe. Explique ce que tu as fait (dans une annonce distribuée avant l’opération) et assure-toi que tout le monde a compris que nous, les Européens libres, allons frapper et frapper encore. » (p.847)

Aussi faut-il comprendre sa tuerie dans une perspective double : dans son esprit, il s’agissait moins de décimer la jeune génération de « marxistes culturels » que de faire la publicité de l’idéologie justificatrice de son geste, à laquelle il espère rallier le plus d’ « Européens libres ». Le terrifiant John Doe de Se7en déclarait : « Le problème, c’est que nous voyons un péché capital à tous les coins de rue, et que nous le tolérons. Mais cela va changer. Je donne l’exemple. Et ce que j’ai fait sera reconstitué, étudié et imité. » C’est aussi l’espoir pas si secret de Breivik qui écrit « Je saurais toujours que je suis peut-être le plus grand champion du conservatisme culturel que l’Europe ait connu depuis 1950. Je suis un des nombreux destructeurs du marxisme culturel et comme tel un héros de l’Europe, un sauveur de notre peuple, et de la Chrétienté européenne en même temps. Un exemple parfait qui devrait être copié, applaudi et célébré. Le Chevalier Parfait que j’ai toujours voulu être. Un Chevalier Justicier est un destructeur du multiculturalisme, et comme tel, un destructeur du mal, et un porteur de lumière. » (p.1436) On remarquera que même John Doe ne se prétendait pas si spécial, mais se considérait lui-même comme un pécheur dévoré par l’envie, qui méritait pour cela une punition capitale. Breivik n’a pas de telles modesties déplacées.

Justement parce que son geste vise principalement à rendre public le délire qui le pousse à faire ce geste, et à en propager la mythologie, que son acte est l’acte d’un dérangé. C’est la circularité du raisonnement qui manifeste son caractère pathologique. Breivik souhaite principalement que d’autres le rejoignent dans son rêve, qu’ils se loggent avec lui pour jouer en ligne au même jeu de massacre. Un authentique acte de résistance n’a jamais eu à être simultanément un acte de rééducation mentale de ceux qui en apprenaient l’existence. Quand les FFI faisaient sauter un train allemand, ils n’avaient pas besoin de se fendre d’un écrit de 1500 pages pour expliquer aux autres Français les motivations de leur acte.

Breivik a parfois des moments de doute, mais il se reprend très vite. Il raconte une soirée avec des potes, lors de laquelle il parla à une amie de sa « carrière d’écrivain ». « Je lui ai dit que je ne prévoyais pas de vendre le livre, mais plutôt de le distribuer librement afin de propager notre cause auprès d’une audience plus étendue. Christine m’a dit qu’elle croyait que j’étais idéaliste, ce qui est bien sûr vrai, mais je vis effectivement mon rêve. Je ne voulais pas discuter de ce point en particulier, car je ne voulais pas avoir l’air d’un petit merdeux ni dévoiler ma couverture, cependant cela m’a fait réfléchir. Sommes-nous, les conservateurs réactionnaires révolutionnaires vraiment en train de vivre notre rêve ou sommes-nous en train de faire un sacrifice ? Pour être honnête, si j’avais l’impression que d’autres personnes que moi pourraient faire le travail, je ne ferais pas ce que je fais, je peux vous le garantir. Je ne veux pas faire ce que je fais, je me concentrerais bien plutôt sur le fait de fonder une famille et sur ma carrière. Mais je ne peux pas le faire tant que j’ai l’impression d’être une personne piégée à bord d’un vaisseau spatial en feu avec aucun endroit où aller. Si tu vois ton vaisseau en feu, tu ne fais pas comme si tu l’ignorais et tu ne commences pas à te faire cuire des pâtes, non ? Tu éteins le feu, même si tu mets en danger ta vie. Tu n’aimes pas éteindre le feu, mais c’est ton devoir envers toi-même et les camarades de ton équipage. Et imaginons que tes camarades ont été infectés par un virus rare qui détruit leur bon sens, et qu’ils essaient de t’empêcher d’éteindre le feu. Tu ne peux pas te permettre d’être arrêté par aucun d’entre eux car cela conduirait à votre mort à tous. Tu feras tout ce que tu peux pour éteindre ce feu en dépit du fait qu’ils essaient de t’en empêcher. N’importe quoi d’autre serait illogique. Mais te sacrifier pour d’autres qui peut-être te détestent pour cela ne doit pas être nécessairement une expérience misérable. Après tout, nous avons la vérité et la logique de notre côté et nous apprendrons à trouver des récompenses et du réconfort dans nos actes. Après tout, quelques fois être sans pitié c’est la chose la plus miséricordieuse que tu peux faire. » (p.1419, c’est moi qui souligne)

Ce passage est capital, car comme le disait un vrai chrétien, « Le fou n’est pas l’homme qui a perdu la raison. Le fou est celui qui a tout perdu, excepté la raison. » (G.K. Chesterton, Orthodoxie). Breivik sait très bien que l’obstacle principal à sa logique, c’est la miséricorde. Il a montré par ses actes qu’il a su la vaincre, car il s’est soumis à sa logique meurtrière jusqu’au bout. En cela, sa pensée s’apparente à celle des totalitarismes, comme tout connaisseur d’Hannah Arendt peut l’identifier immédiatement. (3)

Le manifeste de Breivik se voulait une sorte de « Grand récit », du même genre que le mythe de la grève générale dans le communisme, ou le « roman national » français. Il l’écrit lui-même : « Le but de cette approche littéraire fictionnelle est de contribuer à créer un nouveau type de style innovant d’écriture. En définissant, d’une manière détaillé et horrible un scénario de fiction, le lecteur sera choqué à cause de – espérons-le – la vraisemblance et le détail minutieux de ces élaborations. On doit noter que l’auteur, en tant que passionné de science-fiction, souhaitait apporter et créer un style totalement nouveau d’écriture qui ait le pouvoir de choquer le lecteur avec une intrigue de fiction incroyablement crédible. » (p.777) Bref, Breivik a écrit le mythe que son action meurtrière a voulu rendre « incroyablement crédible ».

Son grand récit est structuré comme tout mythe avec un paradis (la future Europe chrétienne, façon World of Warcraft), un chaos (l’actuelle Europe multiculturelle), un diable (l’islam), un traître (le multiculturalisme), un héros (le chevalier néo-Templier), c’est-à-dire Breivik lui-même. Tout comme les nazis pensaient avoir identifié la source de la décadence de l’Europe dans les juifs, comme les communistes dans les bourgeois, le tueur norvégien a trouvé ses boucs émissaires : les multiculturalistes. Les musulmans n’arrivent qu’en second lieu, somme toute, ils ne seraient pas coupables, ils ne seraient que ce qu’ils sont, et ne feraient que ce que leur nature culturelle les détermine à faire. Breivik a suivi jusqu’au bout sa logique sacrificielle, et a mis à mort ceux qu’il avait prédéfini comme coupables ontologiquement.

Et c’est ainsi que le mythe qu’il voulait revivifiant pour la conscience européenne, et sur l’élaboration duquel il avait travaillé énormément plus que pour planifier ses actions terroristes, est mort à sa naissance, car « les grands récits meurent de la prise de conscience de la violence qu’ils ont cautionnée ». (4) Le Norvégien a tué lui-même son mythe en perpétrant les assassinats d’Oslo, qui se voulaient son baptême sanglant. Breivik a déshonoré l’islamophobie, comme Geert Wilders l’a affirmé sans hésitations : « Que le combat contre l’islamisation puisse être dévoyé par un psychopathe d’une manière aussi violente est dégoûtant et c’est une claque pour le mouvement anti-islamiste mondial. » (5)

Rien de plus stupide, de plus contre-productif pour le combat contre le fanatisme musulman que de se transformer en son double mimétique, en son jumeau monstrueux. Le mal, cela a toujours été et sera la violence. Perpétrer un massacre inouï contre des jeunes, dont certains n’avaient pas treize ans, afin d’attirer la sympathie du peuple Norvégien ou Européen pour son combat est une idée d’une bêtise dont, pour paraphraser Orwell, seul un homme pourvu d’une « psyché aussi puissante » (p.1436 du « manifeste ») que celle Breivik était capable. Créer des martyrs, voilà ce qui ne peut que renforcer le parti de ceux que l’on combat. Quelle aubaine pour les partisans du multiculturalisme, quel formidable cadeau monstrueux que ces cadavres autour desquels communier et s’unir ! « Ne jamais faire de martyrs » devrait être un impératif auquel un militant de n’importe quelle cause devrait obéir si ce n’est par humanisme – je sais que ceux qui singent les chevaliers n’ont que mépris pour cette faiblesse – du moins par stratégie de combat – ce dont ils raffolent et discutent sans cesse.

Breivik incarne une folie symétrique à la folie de jihadistes, mais qui n’est pas nouvelle. Car la « guerre sainte » à laquelle il fait référence, les Croisades du Moyen-âge, dont il rêve, étaient déjà à l’époque des réponses mimétiques au jihad musulman, et comme telles des trahisons du christianisme, qui avait défendu jusqu’alors la non-violence. S’engouffrer dans cette mimésis et dans une montée aux extrêmes des fanatismes n’est pas une résistance au fanatisme, mais son exacte réussite. Il nous faut répliquer autrement, et jamais devenir identiques à nos ennemis.

(Dans le prochain article, j’analyserai minutieusement pourquoi Breivik a copié son idéologie sur celle des kamikazes musulmans, et en quoi elle est complètement dévoyée en considérant que le multiculturalisme est responsable de tous les maux en Europe.)

(1) On peut le trouver ici http://www.docstoc.com/docs/86567544/2083-AEuropeanDeclarationofIndependence

(2) http://www.youtube.com/watch?v=RynY9EK_i7E&feature=related

(3) « Un argument que Hitler comme Staline affectionnaient particulièrement, est celui-ci : vous ne pouvez poser A sans poser B et C et ainsi de suite, jusqu’à la fin de l’alphabet du meurtre. C’est ici que la puissance contraignante de la logique semble avoir sa source, elle naît de notre peur de nous contredire nous-mêmes. » Le système totalitaire, Ed. Seuil, Point essais, p.222

(4) Camille Tarot, Le symbolique et le sacré, Ed. La découverte, p.674

(5) http://www.expatica.com/nl/news/dutch-news/dutch-right-wing-lawmaker-slams-norway-massacre-suspect_165618.html