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Robert Redeker : «Le but de la politique est la continuation de la nation dans la durée»

Le mot de «valeur» est prisé à gauche comme à droite. Le philosophe Robert Redeker dénonce l’usage de ce terme galvaudé qui dissimule une faillite de la politique et le triomphe du vide idéologique.

Professeur agrégé de philosophie, Robert Redeker est écrivain. Il a notamment publié Le soldat impossible (éd. Pierre-Guillaume de Roux, 2014) ; Bienheureuse vieillesse (éd. du Rocher, 2015) et dernièrement L’École fantôme (éd. Desclée De Brouwer, 2016).

Le mot «valeur» est partout en politique. On parle sans cesse des valeurs de la République. Qu’y a-t-il derrière l’omniprésence de ce mot ?

Pas grand-chose de consistant. Les valeurs ne sont ni des idées, ni des concepts, ni des principes. L’invocation politique rituelle des valeurs est une mode très récente. Plongez-vous dans la littérature politique d’il y a une trentaine d’années seulement, écoutez les discours d’alors, vous constaterez l’absence de ce recours obsessionnel aux valeurs. Au lieu de révéler ce que l’on pense, le mot valeur le dissimule. Pourquoi? Parce qu’il est aussi vague qu’abstrait. […]

On fait de la politique pour la nation, pour la France, pour le peuple, pour le social, pour l’histoire, jamais pour des valeurs. Les valeurs ne constituent ni la réalité d’un peuple ni un projet de société, ces objets de la politique. Elles sont trop inconsistantes pour définir un projet de cette nature.

Les valeurs ne sont que le cadre à l’intérieur duquel la politique peut se déployer. Elles ne sont pas un programme, elles sont des bornes. Les valeurs sont hors politique, elles sont extra-politiques. Loin d’avoir affaire aux valeurs, la politique rencontre les projets, les réalités et, par-dessus tout, la nation et le souci du bien commun.
À gauche particulièrement, ce mot est dans toutes les bouches…

La rhétorique creuse des valeurs est le linceul dans lequel a été enveloppé le cadavre de la gauche. C’est une thanatopraxie, le maquillage du cadavre. Cette fatigante psalmodie sur les valeurs évoque les récitations funéraires. C’est parce qu’elle est morte, parce qu’elle n’a plus rien à dire, plus rien à proposer pour l’avenir à partir de son passé (le socialisme), que la gauche se gargarise, de tréteaux en tribunes, avec les valeurs. […]

Une civilisation est-elle définie par des valeurs, des coutumes, des attachements ? Continuer la lecture de Robert Redeker : «Le but de la politique est la continuation de la nation dans la durée»

Robert Redeker : « Le vivre ensemble est une illusion verbale »

Un nouveau leitmotiv est repris depuis quelques mois par les politiciens, certaines associations, et une partie des médias : le vivre ensemble. L’objet de la politique serait d’organiser le vivre ensemble. L’École n’aurait d’autre mission que de l’enseigner. Les valeurs elles-mêmes se récapituleraient dans ce vivre ensemble. Cette expression est dans toutes les têtes et dans toutes les bouches. Mais cette mode sémantique signifie-t-elle quelque chose ?En relisant les philosophes, les moralistes, les écrivains des temps passés, la vérité se fait jour : jamais le vivre ensemble n’a été inscrit au rang des valeurs, jamais même il n’a été énoncé sous cette forme.

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Laurent Delahousse, ou l’envie de privatiser France 2

Qui a regardé le 20 heures de France 2 le 7 décembre ? Son paradoxe : il ne restera pas dans les mémoires alors qu’il est l’idéal-type du suicide du service public, de l’imposture journalistique, du journalisme du vide.

Laurent Delahousse, toujours bien mis et propret sur lui à défaut de travailler en vrai journaliste, a consacré près de dix minutes aux chutes de neige anecdotiques, qui n’ont rien d’exceptionnelles, que le mois de décembre, chose étonnante, s’est amusé à déverser sur quelques régions. Ces images ont déjà été vues mille fois, dix mille fois, cent mille fois ! Ces commentaires ont déjà été entendus des millions de fois. À la faveur de cet épisode climatique, les journalistes de France 2 n’inventent pas ; ils mettent leur cerveau en stand-by, sans doute par besoin de repos, ils répètent à l’envi toujours le même discours, lassant moulin à prières ! Il neige. Ça va s’arrêter. Ça va reprendre. Il fait froid. Il pourrait faire plus froid. Les routes risquent de glisser, Etc. Ils interrogent quelques quidams et pékins. Un camionneur, qui n’a rien à dire, qui dit exactement la même chose que l’an passé, qu’il y deux ans, qu’il y a dix ans. Une institutrice, une parente d’élève, un protecteur de SDF… Plus rarement un SDF. Les SDF ne parlent pas, on parle sur eux.

Plus : Delahousse a fait la totale aux malheureux contribuables qui financent France 2. Continuer la lecture de Laurent Delahousse, ou l’envie de privatiser France 2