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« Sarkozy et l’Europe : moi et le néant » (J. Sapir)

Lu sur le blog d’Olivier Demeulenaere

J’ai hésité à reprendre cet article de Jacques Sapir, tant la tribune de Sarkozy dans Le Point relève en effet au mieux de la propagande, au pire du néant…

« Dans le numéro 2175 du magazine Le Point, l’ex-Président Nicolas Sarkozy vient de faire sarkozy-europe-moi-neantparaître un long article sur l’Europe, qui complète et répond à la tribune que le Président François Hollande avait fait paraître dans le journal Le Monde. Cette tribune, après un plaidoyer pro domo sur l’identité française (mais qui doute donc de celle de M. Sarkozy ?), s’articule autour de 5 points.

Le premier est l’affirmation que « l’Europe, c’est la paix ». On retrouvait la même affirmation dans l’article de François Hollande. Il est indiscutable que l’Europe occidentale a connu la paix depuis 1945. Ce ne fut pas le cas dans les Balkans, qui font partie de l’Europe, et qui ont été déchirés par des guerres pendant une dizaine d’année. Mais c’est aussi le cas de l’Amérique du Sud où les trois grands pays du Continent, l’Argentine, le Brésil et le Chili, sont en paix depuis longtemps. À tout prendre, il y eut moins de conflits en Amérique Latine qu’en Europe au XXème siècle, même s’il y en eut, connus ou pas. Cette situation particulière de l’Europe occidentale, on la doit à la coupure de l’Europe en deux blocs qui résulta de la seconde Guerre mondiale, puis à l’accession de la France au statut de puissance nucléaire qui gela définitivement toute possibilité de guerre en Europe occidentale.

Par contre, l’Union européenne a eu un effet destructeur sur les pays à sa périphérie, ce que l’on a constaté dans les années 1990 avec l’ex-Yougoslavie, et aujourd’hui en Ukraine. Il est donc faux et mensonger de prétendre que seule l’Union européenne garantirait la paix, et cette paix existe sur des continents où il n’y a pas de grand projet d’Union. Cette affirmation est cependant courante chez les européistes. Elle sert d’argument d’autorité. Il est particulièrement grave qu’un ancien Président la reprenne et néglige de signaler le rôle éminent que joua, et que continu de jouer, la dissuasion nucléaire française dans l’équilibre européen, dissuasion dont il eut pourtant la responsabilité. Cela discrédite en partie son argumentaire.

Le second point qu’il souligne est le rôle de l’Europe pour « mettre à la raison » les dirigeants européens. Mais, où est la raison quand on voit les résultats de la politique économique européenne, et des mesures décidées par les différents chefs d’État, dont Nicolas Sarkozy, de 2009 à 2012 ? Le chômage atteint 28% en Grèce, 26% en Espagne, et il s’approche, en chiffres réels, des 14% en Italie et en France. Où se trouve la raison quand on voit que l’Union européenne a été largement ouverte à la spéculation financière internationale, et qu’elle est incapable de s’en protéger ? Ce que Nicolas Sarkozy qualifie de raison, c’est la folie en réalité d’un système économique largement ouvert et complètement financiarisé. C’est cette folie, et les conséquences de cette folie, comme la pauvreté, le chômage, que refusent les peuples. Continuer la lecture de « Sarkozy et l’Europe : moi et le néant » (J. Sapir)