Après des mois de flou, il s’avère que les détenteurs de comptes à la Bank of Cyprus ont dû abandonner 47,5 % des montants détenus au-dessus de 100.000 euros. Les capitaux «confisqués» ont servi à recapitaliser la banque. Les épargnants pourront en théorie en récupérer une partie, dans un avenir tout à fait incertain.
Thérapie de choc
Contrairement à une idée reçue, les investisseurs russes, qui appréciaient l’accueil fiscal et bancaire chypriote, sont loin d’avoir été les seules victimes. Des milliers de ménages autochtones, qui comptaient assurer leur retraite, financer les études à l’étranger de leurs enfants ou se construire une maison, ont subitement été privés d’une partie de leur bas de laine. Aujourd’hui, les mouvements de capitaux sont encore restreints par l’État. Il est interdit de faire sortir plus de 5000 euros par mois sans justificatif.
Un peu plus d’un an après le début de cette thérapie de choc, la troïka est satisfaite du rythme des réformes engagées. Quant à l’économie chypriote, à l’image de la Grèce, qui est d’ailleurs à l’origine de la crise bancaire de l’île, elle entame sa troisième année de récession. En 2014, selon les prévisions de Bruxelles, Chypre devrait être le seul État membre de la zone euro à subir un recul du PIB (-4,8 %). En trois ans, l’économie du pays aura maigri de 13 %! Dans cette île ensoleillée toute l’année où le crédit facile, avant la crise, avait permis la prolifération de 4 × 4 rutilants et de résidences secondaires, le chômage pourrait frôler les 20 % à la fin de l’année.
Dans ces conditions, la colère contre Bruxelles, et Angela Merkel, incarnation des politiques d’austérité, est palpable chez certains. Et pourtant, aucune manifestation ou grève significative ne sont venues perturber l’île depuis qu’elle a plongé dans la crise. Mieux, le parti de droite au pouvoir, Disy, du président Nicos Anastasiades, qu’Angela Merkel a encore reçu il y a dix jours, fait la course en tête dans les sondages. Des cobayes bien dociles.