Démission de Taubira : qu’est-ce que ça change ?

Christiane Taubira a démissionné de ses fonctions de ministre de la Justice. Ministre honni à juste titre, Christiane Taubira a marqué la vie politique française des trois dernières années. L’égérie des féministes et des autonomistes guyanais se sera montrée fidèle à ses principes. Si son exercice l’a révélée sectaire, laxiste et inapte au dialogue, elle fut aussi inaccessible au découragement. Inlassable propagandiste d’un marxisme culturel assumé, son obstination finit par gêner la majorité gouvernementale. Un désamour partagé par Christiane Taubira, laquelle se montrait de plus en plus réfractaire au  revirement sécuritaire de façade de François Hollande.

Son départ constitue une opération de communication réussie, tant pour le président de la République que pour l’ancien garde des Sceaux. Ils sortent tous deux gagnants de cet écran de fumée politico-médiatique qui a les airs d’un divorce par consentement mutuel. Christiane Taubira se permet le luxe, à la dernière minute, de conserver un espace politique différencié. François Hollande peut quant à lui envisager de passer à peu de frais pour un dur avant les élections présidentielles de 2017. Les dégâts sont déjà actés.

Christiane Taubira a rempli sa mission qui était de soutenir la révolution culturelle fixée par le cahier des charges de l’officine Terra Nova : réformes sociétales, promotion de la « diversité », communautarisme, culture de l’excuse, discrimination « positive ». Désormais hors du gouvernement, Christiane Taubira pourra plus aisément fédérer autour d’elle un pôle destiné au lobbying « diversitaire » au sein du Parti socialiste. Nul doute que François Hollande saura faire appel à elle quand le besoin s’en fera sentir, notamment pour mobiliser l’électorat des « quartiers » lors d’un entre-deux-tours…

Quid de son remplaçant Jean-Jacques Urvoas ? Sous les traits du socialiste pragmatique se cache comme souvent un tigre de papier sur les questions réellement importantes. Si sa désignation a été saluée par le député ultra-sarkozyste Guillaume Larrivé, ce n’est pas un hasard. Comme le président des Républicains, Jean-Jacques Urvoas appartient à ces dirigeants politiques qui existent parce qu’ils s’agitent dans le vide. Il ne prendra aucune des mesures utiles qui s’imposent pour servir la nation et prendra celles qui serviront le pouvoir.

Ce proche de Manuel Valls, président de la commission des lois et responsable du cercle Thémis pour la fondation Jean-Jaurès, a également été le rédacteur de la fameuse loi renseignement. Un arsenal législatif inefficace pour lutter contre le terrorisme islamiste mais très efficace pour restreindre les libertés individuelles des Français.

Dossier brûlant, la fausse polémique autour de la déchéance de nationalité ne sert qu’à masquer le fait que la précédente loi n’était pas appliquée et que la nouvelle ne le sera pas non plus. Idem pour l’extension du champ d’application de la déchéance de nationalité aux binationaux nés Français et aux mononationaux, pure réforme cosmétique car les cas de déchéance seront limités aux crimes et délits les plus graves dont le contour reste, pour l’instant, très flou.

Rappelons, par ailleurs, aux amnésiques que Jean-Jacques Urvoas était un soutien inconditionnel du mariage entre personnes de même sexe et de ses suites. Christiane Taubira n’est plus ministre de la Justice, soit. Je ne vais pas pour autant sabrer le champagne. Les ministres passent, l’idéologie reste.