Deux partis, une seule idéologie

Quand la droite s’inspire de la gauche et vice-versa, comment attendre des miracles ?

Il n’aura pas fallu plus de six mois au nouveau gouvernement pour démontrer ce que les souverainistes – au nombre desquels j’ai l’honneur de compter- s’échinent depuis si longtemps à faire comprendre aux Français : les différences entre le Parti socialiste et l’UMP sont purement artificielles.

Combien sont-ils, électeurs à la fibre sociale bien galbée, à avoir déposé dans l’urne un bulletin « François Hollande » en avril dernier, délaissant avec amertume celui estampillé du nom de Jean-Luc Mélenchon ? Et inversement, combien sont-ils à droite, à avoir voté Nicolas Sarkozy tout en regrettant de faire faux bond à une Marine Le Pen qui mettait pourtant les mots exacts sur leurs sentiments ? Chacun souhaitant davantage battre le candidat de l’autre bord plutôt que faire gagner le sien, le vote de raison a triomphé du vote de conviction lors de la dernière présidentielle.

Pour l’électeur, la tentation de voter pour le Front national ou le Front de gauche est abrasée par la crainte qu’il sera le seul, que ceux qui pensent comme lui se résoudront finalement à voter pour l’un des deux grands partis qui représente toujours un moindre mal. La coopération échoue au profit d’une sanction atténuée, le fameux dilemme du prisonnier proposé par le mathématicien Albert W. Tucker semble avoir trouvé une nouvelle application lors de la dernière présidentielle.

François Hollande a gagné, mais le socialisme gouvernemental est mort en 1983. L’échec du programme commun et de ses mesures éminemment sociales a démontré que la synthèse entre socialisme et économie de marché n’était pas viable. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un parti de notables sociaux-démocrates agitant les totems de la lutte des classes en période électorale pour mieux s’en délester une fois parvenus au pouvoir.
Écartant soigneusement la politique de la demande qui vise à stimuler la consommation en revalorisant les salaires et les prestations sociales, le gouvernement a préféré opter pour les mesures du rapport Gallois, lequel préconise un accroissement et une diversification de l’offre afin de doper la compétitivité des entreprises françaises, de les faire monter en gamme, et à terme, d’embellir la conjoncture économique et sociale du pays. Rien de bien socialiste dans tout cela.

À droite, la situation est identique. Dans ce qui est encore l’UMP, c’est le général De Gaulle que l’on invoque en période électorale, par des envolées lyriques venant flatter la sensibilité plébéienne sur ce sujet phare qu’est la grandeur de la France. Une idée sur laquelle Nicolas Sarkozy s’est fait élire en 2007, et qu’il a ensuite réduite à l’état de vieil adage désuet dans son exercice du pouvoir, tout comme le PS l’a fait pour la lutte des classes et le progrès social. Ayant gagné à cette époque en donnant de tout à tout le monde, il fallut bien qu’il y ait des lésés au terme de son mandat. Comme pour l’insécurité ou le pouvoir d’achat, ce reniement de l’engagement gaulliste n’a semble-t-il pas été pardonné.

Le constat est là, les deux grands partis sont imbriqués dans la construction d’une Europe unifiée sous le sceau social-démocrate, et c’est pour cela qu’ils se détournent de leur base idéologique. Mais cette révolution du paysage politique et des institutions s’opère en sourdine, et bien peu réalisent que la politique de la France ne se décide non plus à Paris, mais à Bruxelles. Reconnaître les choses telles qu’elles sont, ce serait finalement pour le PS et l’UMP comme une invitation faite aux électeurs à rejoindre les rangs des deux fronts.

Pas étonnant, dans ces conditions, que se forme une communauté de vue au sein de la vie politique française. L’échec du socialisme, la pérennisation de l’économie de marché, et enfin l’avènement de l’Union européenne, tous ces facteurs ont bel et bien brouillé les repères politiques. Mais les clivages sont difficiles à déloger de l’imaginaire collectif, notamment lorsque les médias jouent dessus et magnifient le duel factice qui a lieu tous les cinq ans pour le fauteuil de chef de l’État.
Dès lors, subsistent encore quelques sujets sociétaux pour rappeler à l’électorat que l’on a changé de gouvernement en mai dernier. Le droit de vote des étrangers ne se fera pas ; quant au mariage pour tous, il se fera sans doute au risque de fracturer la société française.

Idéologiquement, un seul grand thème distingue encore droite et gauche, c’est celui de l’immigration. La droite oppose un profond scepticisme devant l’ouverture des frontières et le multiculturalisme célébrés par la gauche. Mais cela est encore trop peu. Dès lors, comment être de gauche en 2012 ? Définir un ennemi de la cause ; recréer perpétuellement le fascisme en galvaudant le mot ; voir, comme Renaud Dély, une droite « brune » là où il n’y a que qu’une droite conventionnelle affranchie de ses oripeaux centristes ; bref, recréer la guerre d’Espagne et le contexte des années 30, telle est la diversion que certains ont choisie.

 

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