Donald Trump : le Jean-Marie Le Pen des médias américains ?

FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Marc Crapez, les élites ont sous-estimé et dénigré Donald Trump : si bien que le trumpisme est quasiment traité comme le lepénisme.


Marc Crapez est chercheur en science politique associé à Sophiapol (Paris-X). Son dernier ouvrage, Un besoin de certitude a été publié chez Michalon. Vous pouvez également retrouver ses chroniques sur son site.


Trump, les élites l’ont sous-estimé, dénigré, démoli. En France, l’anti-trumpisme atteint des sommets, avec des titres qui versent dans l’épouvante: «Trump et les femmes: l’enquête accablante du New York Times», «La façon dont Trump se comporte avec les femmes est… effrayante». Toutes choses loin d’être avérées, tant sont discutables les procédés du NYT.

Aux Etats-Unis, Fox news est militant mais apporte un contrepoint capital. Car CNN et NBC sont faussement neutres. Les ex-femmes du milliardaire y passent en boucle, certaines avec des arguments idéologiques tels que: «Trump est anti-progrès». Le Washington Post estime qu’il provoque une «escalade d’attaques personnelles contre le caractère de Bill Clinton».

En réalité, Hillary Clinton porte une large part de responsabilité dans la tonalité de la campagne. Elle canarde son adversaire. Trump ressemble à un boxeur qui répond coup pour coup à une nuée d’adversaires. Il a de la répartie. La figure du milliardaire self-made-man lorgnant la présidence a déjà existé. Mais contrairement au poor lonesone cowboy Ross Perrot, Trump sait s’intéresser aux «cols bleus» blancs.

 C’est le secret de son succès. Un peu de sollicitude pour l’Américain moyen. La fin du déni des élites concernant le désastre de la désindustrialisation. La rupture avec la complaisance pour l’Arabie et la Chine. La dénonciation des politiciens qui n’osent pas agir, et de «crooked Hillary». Celle-ci persiste, pour disculper Obama, à imputer à Bush l’atonie de l’économie américaine, alors que Trump met le doigt dans la plaie. Il soulève la question «what’s wrong», à l’heure où l’émigration est «out of control» et où des adolescents agitent des drapeaux mexicains, brandissent des pancartes «brown pride» et insultent des passants, observe un éditorialiste de USA Today, Cal Thomas.

Le trumpisme est quasiment traité comme le lepénisme. Des contre-manifestants défilent contre sa venue -c’est-à-dire contre la sacro-sainte Freedom of speach!- avec des pancartes «on ne veut pas de Trump». Les syndicats appellent leurs troupes à bannir les produits Trump. Des multinationales ont claironné qu’elles ne verseraient qu’à Hillary Clinton. Sur la chaîne CNN, celle-ci déclare que Donald Trump «représente une menace spectaculaire pour notre pays, notre démocratie et notre économie». Pour couper l’herbe sous le pied de son concurrent de gauche, Bernie Sanders, Hillary attaque Wall Street… mais quatre de ses cinq plus gros donateurs sont des banques d’investissement.

A la mi-mai, la campagne a franchi un nouveau palier. Harcelé par les journalistes sur sa déclaration d’impôt, Trump a riposté en déclarant qu’il rendrait publique sa déclaration dès qu’Obama aurait rendu public son bulletin de naissance. En représailles, ce dernier l’a traité avec mépris, à l’occasion d’une allocution en toge universitaire. Pendant ce temps, Hillary commet une «boulette», selon les termes inquiets de Libération, en annonçant qu’elle donnerait un poste à son indispensable mari Bill… Le lendemain, soucieuse de faire diversion et de gommer la mauvaise impression, la voilà qui surjoue l’attaque contre son adversaire-à-la-solde-du-lobby-des-armes. Du coup, celui-ci rétorque que cette critique des armes émane d’une femme qui vit entourée de gorilles armés jusqu’aux dents… Et cela est-il faux?

La dernière semaine de mai, un businessman chinois, qui s’était déjà porté caution financière pour le couple Clinton, et qui est contributeur à la campagne d’Hillary, est accusé par Trump de ne pas avoir la nationalité américaine requise pour être ainsi donateur. Le 26 mai, rebondi l’affaire des mails subtilisés à Hillary. Lorsqu’elle était l’équivalent de ministre des affaires étrangères d’Obama, elle s’était dérobée à un protocole de sécurité. Il y aurait eu depuis parjure et entraves à la justice. Ce jour-là, comme bien d’autres jours, c’est Fox qui est dans le factuel, alors que ses concurrents sont dans la désinformation pure et simple.

Sur NBC, Chris Mattews, présentateur-vedette et vieux caïman, adopte le petit rire de connivence des élites anti-Trump. Nullement gêné, il a invité des partisans d’Hillary et de Bernie… mais pas de Trump! CNN élude le scandale et contre-attaque sur le thème «Comment le monde voit Trump». On réentend le leader mexicain traiter Trump de Hitler. Et l’opinion française est censée être représentée par Libération. CNN fait ainsi coup double: elle utilise sa propre propagande, déclinée à l’étranger, comme une boucle de rétroaction. Par ailleurs, l’un des invités attaque nommément Fox.

J’observe ce manège dans un hôtel d’une chaîne mondialement connue. Dans la chambre, comme partout, CNN NBC et Fox ont des canaux voisins, afin de pouvoir éventuellement zapper de l’un à l’autre. Mais dans la salle de sport, par exemple, où des appareils sont équipés d’écrans de TV, NBC et CNN sont placés en tête du menu déroulant, alors que Fox est relégué en dernier, non visible sur l’écran de départ. Quelqu’un fait de la propagande subliminale contre Fox.

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