Du 11/09 aux révolutions arabes: les Etats-Unis et l’allié islamiste

Les média français nous ont vendu une petite fable bien puérile à l’occasion du soit-disant « Printemps arabe ». Libérés du joug de leur dictateur les peuples allaient enfin accéder librement à la démocratie. Or dans son dernier livre, Vérités et Mythologies du 11 septembre, l’ancien chef du service international de RFI, spécialiste des questions de défense et expert du monde arabo-musulman, Richard Labévière, affiche son scepticisme.
Il y dénonce notamment l’alliance qui lie les américains avec les frères musulmans. Une alliance qui rappelle tristement celle qui fut nouée par la CIA avec les talibans dans les années 80 pour mettre fin à la présence soviétique en Afghanistan, et qui fut la genèse de l’épopée islamiste d’Al Qaïda.
Et il suffit de prendre connaissance des derniers sondages effectués en Tunisie ou en Egypte (1) pour se rendre compte que le danger de voir des républiques islamiques s’imposer dans ces pays est bien réel.

Comme le souligne Marianne 2 et Richard Labévière dans son dernier livre, Vérités et Mythologies du 11 septembre, a trop vouloir jouer avec le feu, on se brûle les doigts:

(…) constatant que l’orientation du « pacte de Quincy » (1) continue à dicter la logique des pouvoirs aux Proche et Moyen-Orient, l’auteur émet une hypothèse : « Comme la révolution de mai 1968 a pu tourner à la contre révolution néo-libérale et globale, les « révolutions » arabes pourraient, tout aussi bien, générer des contre-révolutions post-mondialisation se caractérisant par une purification ethnico-religieuse et un hyper libéralisme généralisés ».

Un scénario idéal pour des Etats-Unis, toujours soucieux, de préserver leurs intérêts pétroliers et la stabilité à long terme de la région, quitte, comme le recommandent les think-tanks américains les plus influents à faire affaire avec les Frères musulmans. Les mêmes très inspirés cercles de réflexion (la Rand Corporation notamment, proche de la CIA, dont le chercheur français Laurent Murawiec sera écarté car il osait qualifier l’Arabie Saoudite « d’épicentre du terrorisme »), qui dans les années 80-90, recommandaient au pouvoir américain de renforcer son alliance stratégique avec l’Arabie Saoudite et ce qui allait quelques années plus tard devenir Al-Qaïda. Retour vers le futur ?

source

(1)http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110714.OBS7057/l-emergence-des-freres-musulmans.html

(2) Le Pacte de Quincy a été scellé en février 1945 sur le croiseur Quincy entre le Roi Abdel Aziz Ibn Saoud, fondateur du royaume d’Arabie Saoudite, et le président américain Franklin Roosevelt, en route pour la conférence de Yalta.
Il s’articule sur cinq points.
Le président Roosevelt en compagnie de Abdel Aziz Ibn Saoud et de William Leahy sur le Quincy

– La stabilité de l’Arabie Saoudite fait partie des “intérêts vitaux” des États-Unis qui assurent, en contrepartie, la protection inconditionnelle du Royaume contre toute menace extérieure éventuelle. Par extension la stabilité de la péninsule arabique et le leadership régional de l’Arabie Saoudite font aussi partie des «intérêts vitaux» des États-Unis.

– En contrepartie, le Royaume garantit l’essentiel de l’approvisionnement énergétique américain, la dynastie Ibn Saoud n’aliénant aucune parcelle de son territoire, les compagnies concessionnaires ne seraient que locataires des terrains.

– Les autres points portent sur le partenariat économique, commercial et financier saoudo-américain ainsi que sur la non-ingérence américaine dans les questions de politique intérieure saoudienne.