Elisabeth Levy: Après le meurtre de masse, le procès collectif

Dans son dernier article mis en ligne sur son site Causeur, Elisabeth Levy confie qu’elle ne sent pas responsable du massacre d’Oslo et en profite pour régler ses comptes avec la bien-pensance qui, aussitôt le Jobard arrêté, n’a pas hésité à le désigner comme le porte- flingue des méchants réactionnaires et de tous ceux qui osent critiquer le multiculturalisme et l’immigration.

Quelques extraits de l’article « Oslo, la faute aux nouveaux réacs ? » que vous pouvez lire dans son intégralité ici.

En quelques heures, une vague de spécialistes en « motivations et inspirations de tueur de masse à pedigree d’extrême droite » déferle sur nos écrans. On pourrait penser qu’il faut du temps pour faire avouer ses secrets à un acte qui suscite d’abord l’effroi et l’incompréhension. Que nenni. En trois reportages dans la « fachosphère » – au moins, c’est pas cher – et au prix d’une palanquée de syllogismes et glissements sémantiques – dont leurs auteurs sont pour la plupart parfaitement inconscients de les commettre, convaincus qu’ils sont d’être dans le bon camp – l’affaire est pliée. Anders Behring Breivik est un symptôme. Peut-être un avertissement. Le nouveau visage de la bête immonde qui déploie ses multiples et hideuses têtes dans toute l’Europe, y compris, bien sûr, en France où il dispose d’idiots utiles mais aussi de complices objectifs tout aussi criminels que lui. Comme de toute façon, sur la Norvège, on ne sait pas grand-chose et qu’après quatre reportages pleins d’émotion on n’a plus grand-chose en rayon, on va s’intéresser aux vrais coupables. Ceux qui ont armé ce bras.
À qui la faute ? La question excite d’autant plus les médias que sur ce coup-là, ils peuvent lui donner la réponse qui leur plait. Et sortir l’attirail de l’indignation morale et la rhétorique du dimanche qui va avec – « les mots qui tuent », « les racines de la haine ». Le drame norvégien est peut-être l’occasion de réussir à l’échelle européenne la diabolisation qui a donné avec le FN l’heureux résultat que l’on sait, autrement dit de mettre à l’index une partie du corps électoral, coupable de ne pas savoir ce qui est bon pour lui.

Sur RTL, l’inénarrable Rokhaya Diallo remarque très sérieusement que dans sa logorrhée numérique, Breivik cite deux fois Alain Finkielkraut. « Ce n’est pas un hasard », lâche-t-elle sentencieusement avant d’en appeler à la responsabilité de l’intellectuel. On pourrait lui faire remarquer que Ben Laden a cité Emmanuel Todd et Allah, mais ce n’étaient pas le vrai Todd et pas le vrai Allah. Là, c’est autre chose. Ce Breivik sait lire. D’ailleurs, il faudrait songer à interdire 1984 qui est l’un de ses livres de chevet. À ce compte-là, comme l’a fait remarquer Rémi Lélian, il serait temps de placer sous surveillance les penseurs écologistes et trotskystes qui inspirèrent Richard Durn, le tueur de Nanterre et Audry Maupin. On pourrait aussi faire remarquer à mon estimable camarade de On refait le monde qu’il n’est pas très cohérent de brandir à tout bout de champ la tolérance et l’ouverture à l’autre et d’être incapable d’examiner une opinion différente de la sienne. Comme d’habitude, personne ne moufte. De même que personne ne sursaute, dans les jours qui suivent, en entendant répéter en boucle que le refus du multiculturalisme, c’est la haine des étrangers…..

…. L’intérêt de la manœuvre est évident : disqualifier et même criminaliser toute critique des transformations des sociétés induites par l’immigration – ou plus précisément dans le cas de la France par le renoncement à assimiler les immigrés. S’il existe un fil rouge menant d’Alain Finkielkraut à Breivik en passant par l’électeur de Wilders ou de Marine Le Pen, toute réticence à l’égard du multiculturalisme tel qu’il s’installe en Europe mène au meurtre. Bien sûr, vous avez le choix : ou vous pensez que les changements culturels produits par les flux migratoires sont une bénédiction pour nos sociétés sclérosées et, par conséquent, qu’il serait monstrueux de demander aux populations fraîchement installées de s’adapter aux mœurs locales, ou vous êtes un salaud prêt à sortir son revolver dès qu’il entend le mot « différence ».

lire l’article: http://www.causeur.fr/je-n%E2%80%99y-suis-pour-rien,10830