Être républicain, qu’est-ce que ça veut dire ?

L’historien Franck Ferrand  s’interroge dans les pages du Figaro sur l’omniprésence du mot « républicain » dans le discours politique.

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C’est le mot à la mode: dans les médias, ces temps-ci, les bonnes choses sont qualifiées de «républicaines», les mauvaises, d’«antirépublicaines». «C’était un grand républicain», proclame ainsi – parmi cent exemples – un communiqué de l’Elysée, publié à l’occasion de la mort de Maurice Faure.

PHO11d92d9a-b021-11e3-8639-82fb40492513-805x453Mais de quoi parle-t-on, au juste?

Quelqu’un pourrait-il m’expliquer en quoi le fait d’être «républicain» ou «républicaine» constituerait, en soi, un brevet de vertu?

Déjà, cela supposerait qu’on définisse clairement la notion, d’autant plus répandue qu’elle est complexe à cerner. Aux Etats-Unis, être Républicain traduit une appartenance politique. En Espagne, dans les années 1930, cela relevait d’un engagement fort. Mais en France, de nos jours, que signifie ce terme, si crânement revendiqué par le premier venu? Rien, ou pas grand-chose – n’en déplaise aux tribuns, aux éditorialistes, aux analystes qui, à tous vents, en usent et en abusent.

Qu’on permette à l’historien de souligner, pour commencer, que la forme républicaine d’un gouvernement n’a jamais garanti son caractère démocratique.

Même de nos jours, une république n’est pas forcément une démocratie: la dictature en vigueur à Pékin porte le nom de «République populaire de Chine» ; or, l’idée ne viendrait à personne de louer ses mœurs politiques! Le chef de l’Etat y est désigné à huis clos par le Parti, et s’il existe bien un parlement élu, celui-ci ne se réunit qu’une fois l’an et ne dispose d’aucun pouvoir concret… A l’inverse, une démocratie n’est pas obligatoirement une république: le Royaume-Uni sans doute est la plus emblématique des vieilles démocraties ; or son régime est bel et bien monarchique, même si la reine n’y détient de pouvoir qu’honorifique, et si son premier ministre est issu d’un parlement élu au suffrage universel direct.

J’irais jusqu’à rappeler que, selon un classement international établi en décembre 2013 par l’association autrichienne The Democracy Ranking en fonction du plus ou moins grand respect des droits humains au sein de 115 Etats souverains, les deux premiers (la Norvège et la Suède) sont des monarchies, et les deux derniers (le Yémen et la Syrie), des républiques! Que, dans les vingt «meilleurs élèves», onze relèvent d’un roi, d’une reine ou d’un empereur, alors que dix-huit des vingt plus mauvais affichent hautement leur dénomination républicaine – la France elle-même ne venant du reste qu’à la seizième place…

Allons-nous cesser pour autant d’entendre notre personnel politique employer, à l’envi, le terme «républicain» en lieu et place de «démocrate», «pluraliste», «équitable» ou simplement «respectueux des institutions»? Je crains que non, hélas, tant le suivisme et la facilité se sont depuis longtemps imposés dans ses rangs.

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