Politique

Faire une loi sur le mariage homosexuel au nom du principe d’égalité : mais de quelle égalité parle-t-on ?

Le projet de loi sur « le mariage et l’adoption pour tous » a été présenté ce mercredi en Conseil des ministres.

Chantal Delsol, née à Paris en 1947, est journaliste, philosophe,  écrivain, et historienne des idées politiques.

Les défenseurs du mariage pour tous le sont, en autres, au nom du principe d’égalité. Le mariage homosexuel est-t-il vraiment une question d’égalité ?

Chantal Delsol : Parler d’égalité ici est aussi inapproprié que si l’on réclamait des allocations familiales pour les couples sans enfants au nom du principe d’égalité, ou si des conducteurs sans handicap se plaignaient de n’avoir pas droit à des parkings pour handicapés, au nom du principe d’égalité. Le mariage est une institution qui vise à assurer aux enfants la stabilité dont ils ont besoin pour grandir. Des couples qui n’ont pas vocation à avoir des enfants n’ont pas besoin de se marier, puisque la finalité du mariage a disparu.

Si l’on réclame le mariage homosexuel au nom du principe d’égalité, alors on pourrait au nom du même principe réclamer toutes sortes d’autres mariages, car où faut-il s’arrêter ?

A force de tout considérer sous le prisme de l’inégalité ne sommes-nous pas en train d’attendre de l’Etat qu’il s’ingère dans des questions d’ordre privé ?

Chantal Delsol : D’une manière générale, plus l’égalité est importante dans une société, plus il y faut l’intervention étatique. Car jamais l’égalité ne s’instaure toute seule ! Il y faut la force souveraine.

Le fait d’accorder le mariage pour tous résout-il vraiment les souffrances que peuvent subir les homosexuels (les discriminations et le fait d’être différent) ?

Chantal Delsol : Toute notre morale est désormais fondée sur la sensibilité et sur la sensibilité individuelle. Si quelqu’un souffre, il faut lui donner ce qui lui manque. Mais le critère n’est pas là, du moins pas exclusivement. Il est d’ailleurs difficile de séparer la souffrance du caprice. La société ne peut pas satisfaire le désir d’un groupe au prix de la destruction d’institutions qui la font vivre. De plus, il est aberrant de confondre la différence et la discrimination. Discrimination signifie une différenciation injustement posée. Avec ce raisonnement, tous auraient droit exactement aux mêmes traitements, et la moindre différence serait injuste.

Même si cette loi est adoptée, le problème de la différence ne restera-t-il pas le même ? Ne confond-t-on pas droit au mariage homosexuel et lutte contre l’homophobie ?

Chantal Delsol : Bien sûr que si, puisque des différences subsisteront toujours qui réclameront encore d’aplanir les traitements. Les mariages les plus divers argueront de l’égalité qui manque.

A vrai dire, le plus étonnant, c’est que nos élites politiques prennent cela au sérieux. Ne voit-on pas qu’on nous balade ? Je regarde passer la gay pride : sur le char, des gens qui, les fesses à l’air, réclament de pouvoir adopter des enfants. Mais éduquer des enfants est une chose grave ! On ne rigole pas tous les jours. C’est un choix assez draconien. Ce n’est pas une foucade. Il me semble que cela, nos élites politiques doivent le savoir. Alors, un peu de courage, Messieurs !

Source : Atlantico

One comment on “Faire une loi sur le mariage homosexuel au nom du principe d’égalité : mais de quelle égalité parle-t-on ?

  1. De France Alienor on said:

    tout est dit! parfaitement d’accord!