Fédéraliste ou pas ? Le double discours de l’UMP et de la droite européenne

Le PPE, formation européenne de droite dont fait partie l’UMP, dément être favorable à une Europe fédérale. Pourtant, ses propres statuts affirment l’inverse.

L’échange est savoureux, quoique troublant. Ce jeudi matin, le journaliste politique Laurent de Boissieu relaie sur Twitter un article publié sur son blog et consacré aux positions de l’UMP en matière d’Europe. Au Parlement de Strasbourg, le mouvement est membre du Parti Populaire Européen (PPE). Ce dernier, explique le journaliste de La Croix, est partisan d’une Europe fédérale. En témoignent ses statuts, adoptés en décembre 2011 lors du congrès de Marseille.

PPE1Selon ce texte, le PPE s’appuie sur la «volonté commune [de ses membres] de fonder une Union européenne fédérale». Plus loin, il est dit que son but est de «promouvoir le processus d’unification et d’intégration fédérale en Europe». Peut-on parler plus clairement ?

Pourtant, lorsque Laurent de Boissieu relaie son article sur Twitter ce jeudi matin, il s’attire un ferme démenti de la part du compte officiel du PPE, qui juge «mensonger» d’être présenté comme un parti fédéraliste.

photo-3Renvoyé à ses propres statuts, le gérant du compte supprimera son premier tweet. «Si vous lisez nos productions actuelles, vous verrez que ce n’est clairement pas la ligne que nous défendons», ajoutera-t-il tout de même, avant de relayer le tweet d’une autre internaute selon laquelle le PPE est«tantôt fédéraliste, tantôt souverainiste» et «dans les faits, ni l’un ni l’autre».

Pourtant, un autre document fondamental, la «plate-forme» du parti adoptée en 2012, semble lui aussi favorable à une Europe fédérale : «Le PPE en appelle à un progrès graduel, mais résolu vers une authentique union politique», peut-on notamment lire dans ce texte (en anglais).

Il est vrai, en revanche, que le manifeste du candidat PPE à la présidence de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, est bien plus mesuré. Selon lui, le PPE «soutient une Union européenne qui se penche sur des questions cruciales, laissant les pays seuls responsables du règlement de problèmes de moindre importance». Principe qui, selon son interprétation, peut être accepté aussi bien par un fédéraliste (satisfait que les «questions cruciales» relèvent de l’Europe) que par un souverainiste (qui insistera sur la latitude laissée aux Etats membres).

De même, l’UMP a choisi… de ne pas choisir entre les deux camps. Dans un texte publié sur le site du parti, ses principaux candidats aux européennes affirment que«les batailles entre souverainistes et fédéralistes appartiennent au siècle passé. De même que nous refusons de sacrifier la Nation sur l’autel d’une utopie fédéraliste, personne ne pense que la France doit rester isolée».

Quant à la «charte des valeurs» du parti, elle présente l’Europe comme un «cadre dans lequel les Nations doivent pouvoir exercer leur souveraineté tout en se projetant dans un avenir commun». C’est joliment tourné, mais pas aussi clair que les statuts du PPE, auxquels l’UMP a pourtant souscrit. Il faut donc croire que ces derniers ne signifient pas grand-chose – en tout cas dans une période électorale marquée par l’euroscepticisme ambiant.

Favorable à la «construction» européenne, la déclaration de principes du PS ne parle pas ouvertement de fédéralisme. En France, EELV, le Modem et l’UDI sont les partis les plus favorables à une telle option.

Source : Libération