Financement de la campagne de Sarkozy : la voix accusatrice de Kadhafi

Addendum 30/01/14

Kadhafi – Sarkozy : liaisons dangereuses ? (vidéo)

Le 16 mars 2011, Saïf al-Islam, le fils de Kadhafi déclare à la chaîne Euronews : « Que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye ». Trois jours plus tard, la France, le Royaume Uni et les États-Unis lancent les premiers raids aériens contre le Guide libyen.

En avril 2013, les accusations du sulfureux homme d’affaires libanais Ziad Takieddine déclenchent l’ouverture d’une information judiciaire, les juges français s’intéressent aux soupçons de financement occulte de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Le journaliste Pascal Henry a enquêté sur les liens politiques et financiers entre la France et la Libye depuis 2003 jusqu’au déclenchement de la guerre le 19 mars 2011. Il révèle comment Mouammar Kadhafi est passé du statut de terroriste infréquentable à celui d’interlocuteur de premier choix.

Quels intérêts étaient en jeu ? Qui sont les hommes clefs de ce rapprochement ?

Publié le 28 janvier 2014:

Le magazine «Pièces à conviction» s’apprête à diffuser un enregistrement audio de 2011, dans lequel le dirigeant libyen assure : «C’est nous qui avons fourni les fonds» à l’ancien président.

3569154-un-deal-sarkozy-kadhafi-pour-liberer-les-infirmieres-bulgaresFrance 3 diffuse mercredi soir dans son magazine Pièces à conviction un enregistrement audio d’une interview, en mars 2011, de Mouammar Kadhafi qui évoque un financement politique occulte de la campagne de Nicolas Sarkozy.

L’ancien dirigeant libyen, tué en octobre 2011, n’apporte pas de preuve à l’appui de cette accusation déjà lancée par plusieurs dignitaires de l’ancien régime, en particulier son fils Saïf al-Islam, et rejetée par Sarkozy. Accordé à l’époque pour le Figaro, l’entretien, que la journaliste Delphine Minoui avait ultérieurement retranscrit dans son ouvrage Tripoliwood (Grasset, 2011), s’est déroulé le 16 mars 2011.

Les forces de Kadhafi semblent alors reprendre l’avantage un mois après le début de l’insurrection. Paris a officiellement reconnu quelques jours plus tôt l’opposition au régime. A la question de savoir s’il se sent trahi, Kadhafi, qui avait été reçu en grande pompe à Paris en décembre 2007, répond par l’affirmative. Puis, selon une traduction réalisée par l’AFP, il poursuit : «Sarkozy a une déficience mentale… c’est grâce à moi qu’il est arrivé à la présidence», «C’est nous qui lui avons fourni les fonds qui lui ont permis de gagner», «Il est venu me voir alors qu’il était ministre de l’intérieur. Il m’a demandé un soutien financier.»

Pourquoi aurait-il financé Sarkozy ? «Pour nous, en tant que Libyens, si le président de la République française gagne les élections grâce à nos fonds, c’est vraiment un gain», répond Kadhafi qui ne donne pas de montant ni de détail sur les modalités de versement. Le juge Serge Tournaire enquête sur ces accusations de financement de la campagne présidentielle de 2007, allégations que Nicolas Sarkozy réfute.

Elles avaient été formulées par Saïf al-Islamm dans un entretien à Euronews, le 16 mars 2011 : «Il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale.» Peu auparavant, l’agence officielle Jana avait promis de rendre public «un grave secret» sur la campagne de Nicolas Sarkozy.

Plusieurs dignitaires ont évoqué un tel financement : l’ancien Premier ministre Baghdadi al Mahmoudi, lors d’une audience d’extradition à Tunis, ou encore l’interprète de Kadhafi, Moftah Missouri. Rencontrée la semaine dernière à Paris, Anoud al-Senoussi, fille de l’ancien chef des renseignements Abdallah al-Senoussi, a affirmé à l’AFP que son père, actuellement détenu en Libye, avait disposé de preuves de ce financement. Mais d’autres ont nié, comme l’ex-secrétaire particulier du dictateur, Bachir Saleh, ou Moussa Koussa, l’ex-chef des services de renseignements extérieurs.