Finkielkraut sur les Gilets Jaunes : « On ne voyait pas cette France car on ne voyait que la diversité. Toutes les réserves de compassion étaient épuisées par les banlieues et les migrants »

Le philosophe Alain Finkielkraut apporte son soutien à la France des oubliés, et se sent plus proche «des ploucs que des branchés» mais s’insurge contre le «déchaînement de barbarie» qui a eu lieu samedi dernier.

Finkielkraut : (…) La classe moyenne et les classes populaires vivent en France dans un double état d’insécurité économique et d’insécurité culturelle. Ces gens ordinaires ont été chassés des métropoles par les loyers prohibitifs et des banlieues parce qu’ils ont perdu la « guerre des yeux », comme dit Christophe Guilluy.

D’autres, qui habitent depuis longtemps les villes moyennes, voient leurs commerces fermer du fait de la concurrence des grandes surfaces et leurs emplois détruits du fait de la désindustrialisation provoquée par la mondialisation. Celle-ci, qui devait signer l’apothéose de l’Occident, se transforme en défaite, au moins provisoire.

(…) Ce surgissement soudain, cette révolte des « somewhere » (les « gens de quelque part ») contre les « anywhere » (les « gens de partout ») m’a, en effet, ravi.

Le Figaro : Pourquoi cette France oubliée resurgit- elle avec tant de violence aujourd’hui ?

Finkielkraut : On ne voyait pas cette France car on ne voyait que la diversité. Toutes les réserves de curiosité et de compassion de l’opinion progressiste étaient épuisées par les banlieues et les migrants. On se rend compte depuis quelques semaines que la France ne se résume pas aux grandes villes et aux quartiers difficiles.

Au nom de l’ouverture, la diversité nous dissimulait l’existence d’une France majoritairement blanche qui n’est pas raciste pour un sou et qui a des fins de mois difficiles.

L’extrême gauche, prise en défaut, veut désormais plaquer sur la révolte des « gilets jaunes » la grille de lecture dont elle s’était déjà servie pour excuser les émeutes des banlieues en 2005, justifiant le recours à la violence sur les personnes et les biens au nom de la violence sociale.

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Le Figaro