FN/Picardie : «Il ne reste plus d’autre ‘identité positive’ disponible que nationale : ‘être Français’»

Dans une tribune au « Monde », trois sociologues et politistes à l’université de Picardie-Jules-Verne, Willy Pelletier, Emmanuel Pierru et Sébastien Vignon expliquent qu’à force de voir le lien social et les infrastructures s’effondrer depuis vingt ans, nombre de ruraux se réfugient dans la seule identité disponible : « être français ».

Le chacun seul, le chacun pour soi, le sauve-qui-peut général qui les accompagnent alimentent cette guerre des pauvres contre de plus pauvres qu’eux, dont se nourrit le vote FN.

Près de 21 millions d’électeurs ont élu Macron président. Souvent, ils s’envisagent plein d’avenir et ils en ont les moyens. Mais les autres ? Dans le monde rural pauvre, les votes FN ne cessent d’augmenter. En Picardie singulièrement, jusqu’à dépasser deux inscrits sur trois fréquemment. […]

Dans les villages de la Somme ou de l’Aisne, il n’y a plus, bien souvent, ni bureau de poste, ni médecin, ni infirmière, ni pharmacie, quasiment plus de bistrots, mais des magasins clos, des classes d’écoles primaires et des églises qui ferment. Les sociétés de chasse ou de pêche, les majorettes, les fanfares, les sapeurs-pompiers volontaires, les associations de sport ou de parents d’élèves peinent à se renouveler. Pas d’emplois non plus. Dans chaque village, des maisons en vente. Les anciens sont trop pauvres pour secourir leurs enfants et ces derniers sont trop pauvres pour secourir leurs parents. Il faut réencastrer les votes frontistes dans leurs contextes sociaux : des contextes de raréfaction des pratiques collectives, de déstabilisation des entre-soi ruraux et de dévaluation des pratiques autochtones . […]

Le monde rural pauvre juxtapose des solitudes, des reclus chez soi devant la télévision. On ne compte plus les électeurs qui déclarent voter FN « à cause de tout ce qu’on voit à la télé, on a peur que ça vienne chez nous », en faisant là écho aux craintes et aux fantasmes liés à l’installation de logements sociaux à la périphérie des villages. […]

Le « on est chez nous » exprime haut et fort cette insécurité. Ces votes Le Pen ne vont pas disparaître miraculeusement.

Le Monde

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