France: près de 25% des étrangers hors UE sont au chômage

(…) C’est une étude riche d’enseignements qui est pourtant passée quasiment inaperçue. Publiée le mois dernier par le département des statistiques du Secrétariat général à l’immigration et à l’intégration, elle porte sur “l’insertion professionnelle des immigrés et de leurs descendants en 2010”. Ce document, qui regorge de chiffres, complète les informations diffusées le 27 décembre par l’Observatoire des inégalités sur son site Internet (www.inegalites.fr).Cette association, qui compte parmi ses partenaires le mensuel Alternatives économiques et la Fondation Abbé-Pierre, se présente comme « un organisme indépendant d’information et d’analyse sur les inégalités ». (…)

Au sein de la population française, les immigrés des pays tiers représentent 6 % des actifs mais 13 % des chômeurs. (…) En 2010, leur taux de chômage était, selon leur origine, deux à trois fois supérieur à celui des Français de naissance.
Secrétariat général à l’immigration et à l’intégration

Qu’écrit cet Observatoire ? « Près d’un quart des actifs non ressortissants de l’Union européenne sont au chômage contre 9,1 % de l’ensemble de la population active et 8,6 % des Français ». C’est aussi ce que constate le Secrétariat général à l’immigration et à l’intégration. « Au sein de la population française, les immigrés des pays tiers représentent 6 % des actifs mais 13 % des chômeurs ». En 2010, leur taux de chômage était, selon leur origine, deux à trois fois supérieur à celui des Français de naissance : « Les immigrés turcs sont les plus touchés par le chômage (25,9 %), suivis par ceux du Maghreb (22,9 %). Ces derniers ont été très touchés par la hausse du chômage observée ces trois dernières années. »

Les chiffres fournis par l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (Onzus) confirment eux aussi que les immigrés d’origine non européenne sont plus fragilisés par la crise que les autres actifs de 25 à 59 ans. En Zus, leur taux de chômage dépasse de dix points celui des non-immigrés (26,7 % contre 15,4 % en 2010). Cet écart ne cesse d’augmenter depuis 2008. La situation des jeunes actifs (15-24 ans) est encore plus difficile : près de 42 % sont au chômage dans les zones urbaines sensibles, quelle que soit leur nationalité. « La surreprésentation de l’immigration non européenne en Zus contribue à expliquer les niveaux de chômage dans ces quartiers », souligne l’Onzus dans son dernier rapport annuel.

(…) Les migrants qui s’installent en France, surtout dans le cadre du regroupement familial, « arrivent la plupart du temps sans qualification et, pour un tiers d’entre eux, sans être francophones », remarquait Maxime Tandonnet dans un essai paru chez Flammarion en 2006 : Immigration, sortir du chaos. 40 % d’entre eux vont s’inscrire à l’ANPE (Pôle emploi) quelques mois après leur entrée sur le territoire français, poursuivait celui qui fut le conseiller immigration de Nicolas Sarkozy jusqu’en août 2011. « L’exclusion commence ainsi dès l’arrivée du nouveau migrant en France, en l’absence de la perspective d’obtenir un emploi ».

L’an dernier, Malika Sorel-Sutter s’étonnait dans son livre que l’État poursuive encore « sa politique immigrationniste quand il reste impuissant à résoudre les problèmes d’insertion et d’intégration qui constituent pourtant l’urgence absolue de la France ». Claude Guéant l’a manifestement entendue.(…)

L’immigration est-elle indispensable pour occuper les emplois dont les natifs ne veulent pas ? Concourt-elle à la prospérité des “non-immigrés” ?

Les études empiriques françaises sont malheureusement très rares sur ce sujet. Pour tenter de répondre à ces questions, il faut aller chercher des études étrangères, pour la plupart américaines ou britanniques, très peu diffusées dans notre pays. C’est ce qu’a fait Michèle Tribalat, directrice de recherche à l’Institut national d’études démographiques, dans son livre sur l’immigration en France, les Yeux grands fermés (Denoël, 2010).

En avril 2008, la Chambre des lords britannique a publié un rapport intitulé “The Economic Impact of Immigration”, à l’issue de travaux auxquels ont participé le ministre de l’Immigration et ses services, une vingtaine d’universitaires, des syndicats professionnels et patronaux, des organisations non gouvernementales, etc. Les éléments de réponse qu’ils apportent sont très instructifs. Selon eux, l’afflux massif d’immigrants au Royaume-Uni, dans les années 2000, n’a pas réduit le nombre d’emplois souffrant de pénurie. « Ce nombre est resté voisin de 600 000 car l’immigration accroît à la fois la demande et l’offre de travail, créant ainsi de nouveaux besoins de main-d’oeuvre », résume Michèle Tribalat.

La conclusion des lords est claire : « L’argument qui soutient qu’une immigration nette est nécessaire pour occuper les emplois vacants et que les immigrants occupent des emplois que les locaux ne peuvent ou ne veulent pas exercer est fondamentalement erroné. Il ignore les alternatives potentielles à l’immigration pour répondre aux pénuries de main-d’oeuvre, y compris l’ajustement par les prix dans un marché du travail compétitif et l’accroissement de l’offre de travail local qui en résulterait en l’absence d’immigration. » Professeur d’économie et de politique sociale à l’université de Harvard, l’Américain George Borjas conteste lui aussi l’argument selon lequel de nombreux immigrants occupent les emplois dont les natifs ne veulent pas.

Selon lui, la politique migratoire est une politique de redistribution des richesses : « Le débat ne porte pas sur le fait de savoir si le pays se porte mieux – le gain net semble être beaucoup trop faible […] Le débat porte en réalité sur le fait que certains y gagnent considérablement quand d’autres y perdent. En bref, le débat sur l’immigration est une lutte serrée entre les gagnants et les perdants », écrit-il dans son livre Heaven’s Door (la Porte du paradis).

Qui gagne ? Qui perd ? D’après Barry Chiswick, professeur d’économie de l’Illinois, la réponse varie selon les caractéristiques des migrants et de l’économie du pays d’accueil. Michèle Tribalat a résumé ses travaux dans son livre : « Une immigration très qualifiée aura tendance à réduire les inégalités salariales, tout en contribuant positivement aux finances publiques. Ces immigrants très qualifiés apportent avec eux des savoir-faire scientifiques et techniques, des idées nouvelles qui sont bénéfiques à l’économie. Au contraire, une immigration peu qualifiée contribuera à l’accroissement des inégalités de revenus, favorisera les personnes hautement qualifiées, les employeurs et augmentera le recours à l’aide publique des résidents peu qualifiés qui entrent en compétition avec les immigrants de même niveau de qualification, lesquels ont tendance à peser sur les finances publiques. »

C’est ainsi que Barry Chiswick explique la stagnation du salaire réel des travailleurs peu qualifiés au cours des vingt dernières années aux États-Unis. Les résidents dont ils parlent ne sont pas tous américains d’origine. Ce sont même souvent des étrangers installés aux États-Unis, mais encore mal intégrés, qui subissent les conséquences de vagues d’immigration plus récentes.

Qu’en est-il pour la France ? Les migrants qui s’installent en France, surtout dans le cadre du regroupement familial, « arrivent la plupart du temps sans qualification et, pour un tiers d’entre eux, sans être francophones », remarquait Maxime Tandonnet dans un essai paru chez Flammarion en 2006 : Immigration, sortir du chaos. 40 % d’entre eux vont s’inscrire à l’ANPE (Pôle emploi) quelques mois après leur entrée sur le territoire français, poursuivait celui qui fut le conseiller immigration de Nicolas Sarkozy jusqu’en août 2011. « L’exclusion commence ainsi dès l’arrivée du nouveau migrant en France, en l’absence de la perspective d’obtenir un emploi ».

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