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Francis Kramarz : «Une augmentation de 1 % du SMIC détruirait de 15.000 à 25.000 postes»

Le PS démago a choisi d’augmenter le SMIC de 2%. Même si ce taux est faible, cela va tout de même fragiliser les plus petites entreprises. Un gouvernement courageux souhaitant relancer l’économie par le pouvoir d’achat, aurait choisi d’augmenter les salaires inférieurs à 1.500 euros par la prise en charge par l’État d’une partie des cotisations salariales financée par une contribution sociale à l’importation de 3 %. C’est une proposition protectionniste qui évite une augmentation des charges des entreprises et notamment des petites PME-PMI. Ne pas confondre cette idée avec la TVA sociale de Sarkozy qui ne peut avoir qu’un impact néfaste sur les produits français.

Dans un entretien au quotidien Les Échos, FRANCIS KRAMARZ (MEMBRE DU GROUPE D’EXPERTS SUR LE SMIC, DIRECTEUR DU CENTRE DE RECHERCHE EN ÉCONOMIE ET STATISTIQUE (CREST)) explique pourquoi l’augmentation du SMIC proposée par François Hollande va nous faire perdre des emplois.

Un coup de pouce au SMIC est-il justifié ?

S’il est politiquement légitime, il est économiquement néfaste. Pour de nombreuses raisons. Premièrement, car il est destructeur d’emplois.

On peut estimer qu’aujourd’hui une augmentation de 1 % du SMIC correspond à une destruction d’environ 1,5 % des emplois situés au salaire minimum, soit de l’ordre de 15.000 à 25.000 postes perdus. Un peu moins de 10 % des salariés sont rémunérés au SMIC, soit plus de 1,6 million de Français. Les

premières victimes seraient les jeunes peu diplômés, pour qui la marche à franchir pour entrer sur le marché du travail serait encore plus haute, ainsi que les salariés peu diplômés et plus âgés, qui risqueraient de perdre leur emploi et d’avoir très peu de chances d’en retrouver un autre.

Quelles sont les autres raisons ?

La deuxième est que pour lutter contre la pauvreté au travail, le SMIC n’est pas le meilleur instrument. Car le problème n’est pas le niveau du SMIC, mais le fait qu’un trop grand nombre de smicards ne travaillent pas assez d’heures ou de jours dans l’année (intérim, temps partiel, activité réduite). Il faut donc trouver le moyen d’augmenter le nombre d’heures travaillées. Troisième raison, ce sont principalement les petites entreprises qui seront affectées : la proportion de salariés au SMIC y est de l’ordre de 24 % dans les entreprises de moins de 10 salariés, contre 4,5 % dans les grandes. Au moment où les PME sont déjà très fragiles, une hausse du SMIC les fragiliserait encore plus. A cela s’ajoute le fait que la hausse du SMIC va comprimer la distribution des salaires et donc freiner les envies des entreprises d’établir une politique salariale à destination des bas salaires. Les études montrent aussi qu’une hausse du SMIC a un impact sur les prix ; certains secteurs, comme la restauration, risquant de répercuter sur leurs clients la hausse de leurs coûts. Enfin, cela pèse sur la dépense publique en alourdissant le coût des exonérations de charges.

Les Échos