François Ruffin : «Voter PS au second tour en bon républicain, c’est fini»

Fermer la «parenthèse libérale» : le réalisateur et journaliste, figure de Nuit debout, lance mardi une campagne contre le Parti socialiste, veut fédérer par le social les opposants de gauche au gouvernement et rêve d’un grand mouvement «populiste».

(…)Vous en voulez beaucoup au PS…

Comment ne pas leur en vouloir ? Le «socialisme» est un si joli mot, avec une belle histoire : voyez comme ils le défigurent. Comme ils en font un synonyme de renoncement, de paillasson des banquiers ? Il y a 80 ans, le 7 juin 1936, avec le Front populaire et le Parti socialiste, étaient signées les conventions collectives.

Pour fêter cet anniversaire, le PS de François Hollande démolit le code du travail ! Et pourtant, j’ai toujours voté PS au second tour, en bon «républicain de gauche» à la Jaurès, même en 2012. Désormais, c’est fini. Nous lançons mardi une campagne intitulée «Nous ne voterons plus PS».

Dans la Somme, nous allons distribuer 66 000 tracts dans les boîtes aux lettres, simplement pour informer les gens : qu’a voté votre député, sur le traité Sarkozy-Merkel, le pacte de responsabilité…

Pourquoi tant de haine ?

Ce n’est pas de la «haine» mais de la détermination. Même si je n’ai jamais vraiment cru à la déclaration de Hollande en 2012 : «Mon adversaire, c’est la finance». Mais au lieu de livrer la moindre escarmouche, il s’est mis à leur service, et a livré l’économie à un banquier. Sur la loi travail, par exemple, on doit critiquer ce qu’elle contient, mais aussi ce qui n’y figure pas. Dans mon film, une usine dans le giron de LVMH part de Picardie pour aller en Pologne, puis en Bulgarie, afin de profiter de coûts du travail toujours plus bas. Que contient la loi El Khomri pour empêcher cela ? Quelle loi a été votée depuis 2012 contre les délocalisations ? Rien. Parallèlement, la part des dividendes rapportée à la masse salariale a triplé, passant de 4 % dans les années 80 à 12 % aujourd’hui. Or rien n’a été fait pour contrer ce mouvement. Pire : ce quinquennat a accentué la flexibilité et donné des milliards aux multinationales, comme si l’adversaire était le salarié, et non pas la finance.

Que répondez-vous à ce qui vont vous accusent de faire le jeu de la droite en militant contre le PS en 2017 ?

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