Économie, Écologie...

Hans Werner Sinn : L’Union Bancaire ne sauvera ni l’Europe ni l’Euro.

Lu sur le blog d’Olivier Demeulenaere

« Il est difficile de contester la compétence de Werner Sinn. On est loin des ronrons politiciens ou des phrases creuses des officiels. Président de l’IFO allemand de recherche économique, il a toutes les distinctions imaginables dans son pays. Chaire d’Economie et de Finances Publiques à l’Université de Munich, chercheur invité à la London School of Economics, à Princeton, à Stanford, etc.

Il vient de republier un entretien dans le Handelsblatt. Comme on en parle peu, nous en profitons pour combler cette lacune et rappeler ses positions : Ce sont celles de quelqu’un qui a accès à toutes les informations, même celles que l’on cache, et qui ne pratique pas la langue de bois. Il est l’ennemi de la bien-pensance européenne. Vous ne lirez pas cela chez les économistes payés par les banques ou dans les médias.

Si on lui demande est-ce que la politique de la BCE est efficace, il répond : «Tout ce que Draghi a fait, c’est d’expliquer aux investisseurs, aux banques, aux hedge funds que les contribuables des pays encore sains allaient payer et faire en sorte que eux puissent faire leur plein sur leurs créances »

Sur la fameuse Banking Union scélerate : « Cela collectivise les dettes des banques. Ces dettes sont trois fois supérieures à celles des souverains. Ce sont normalement les créanciers qui devraient supporter les pertes, pas les contribuables, pas les retraités, pas les épargnants. Les banques devraient être autorisées à faire faillite. L’Union Bancaire ne sauvera ni l’Europe ni l’Euro. Elle ne va bénéficier qu’aux financiers de Wall Street, de la City et à quelques institutions financières allemandes. Les banques continuent à fonctionner sur le dos des citoyens sous couvert de la solidarité ».

Nous ne pouvons qu’applaudir la démystification de cette solidarité que l’on nous jette au visage !

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Sur l’Espagne : « La dette extérieure de l’Espagne est supérieure à toute la dette des pays en crise réunis , avec un chômage aussi gros que la Grèce. C’est une terrible combinaison. »

Cela fait plusieurs années que Sinn alerte sur ce qu’il appelle le scandale des soldes Target 2 de la Bundesbank (le système Target 2 est le système de paiement interbancaire de la zone euro). Avant la crise, les échanges commerciaux ou de capitaux étaient principalement réglés sur le marché interbancaire. La hausse des soldes Target que dénonce Sinn est le symptôme de la profondeur de la crise dans laquelle se débat la zone euro. Ces soldes indiquent que les banques centrales de l’euro zone sont obligées de se substituer au marché interbancaire qui, 4 ans après 2008, n’est toujours pas en état de fonctionner normalement. Sans ça, les banques des pays en difficulté ne pourraient pas couvrir leurs besoins de refinancement. Les banques allemandes montrant une aversion croissante pour s’engager dans les pays en crise, la Bundesbank est contrainte d’augmenter le niveau de ses interventions.

Pour Sinn, ce système de garanties de dettes imposées au réseau des banques centrales européennes – garanties qui atteignent désormais des centaines de milliards d’euros – pourrait constituer un coût effroyable pour les contribuables allemands en cas d’explosion de l’eurozone.

Fin février, Jens Weidmann, le président de la Bundesbank en personne, écrivait une lettre à Draghi pour l’alerter sur les risques posés par ce système de paiement interbancaire Target 2.

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Sur l’Italie : « les réformes de Monti ont été bloquées sitôt que Draghi a avancé son programme d’achat de bonds souverains. En suggérant la printing press, Draghi a retiré la pression, bloqué les réformes. Les syndicats refusent tout maintenant. Hélas l’absence de compétitivité ne disparait pas avec la protection des obligataires ».

Sinn pense que « plus on retarde les ajustements, ce que l’on fait maintenant, plus ils seront douloureux. Pendant ce temps, les investisseurs, les banques (les kleptos NDLR) vendent leurs dettes toxiques sans décote aux fonds gouvernementaux de sauvetage sur le dos des retraités et contribuables des pays qui sont encore sains ».

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Dans son interview, Sinn ne prend pas de gants pour dresser un constat lugubre de la réalité de l’économie des pays du sud de l’eurozone. Puisqu’avec l’euro, les pays en crise ne peuvent plus dévaluer leurs monnaies pour redevenir compétitifs, ils n’ont plus d’autre solution que de procéder à de douloureuses dévaluations internes afin de produire des biens moins chers et capables de soutenir la concurrence des autres pays de l’eurozone.

Malheureusement, selon Sinn, à l’exception de l’Irlande, ces dévaluations internes n’ont pas encore porté leurs fruits et, pire, aussi douloureuses soient-elles, elles continueront à n’avoir aucun effet positif significatif aussi longtemps que le robinet de l’argent des plans de sauvetage européens continuera à couler. Mais sauvetage européen ou pas, in fine, les pays qui ne veulent pas réduire leurs coûts de production n’auront pas d’autre choix que de sortir de l’euro.

Pour Sinn, il faudrait aider ces pays qui sortiraient de l’euro en mettant en place des annulations de dette et en injectant de l’argent dans leurs banques. Mais plus les mesures radicales seront retardées, plus les investisseurs privés pourront continuer à revendre sans perte leurs obligations toxiques aux fonds de sauvetage gouvernementaux. Et pour Sinn, ce sont donc les contribuables et les retraités des pays financièrement sains qui finiront par payer la note.

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Sur Merkel, c’est intéressant car cela permet de comprendre le faux calme actuel : «elle cherche à gagner du temps pour les élections fédérales, il ne se passera rien d’ici là. Elle fait le jeu des banques et des investisseurs, elle espère désamorcer les thèmes de l’opposition pour être réélue. Après on verra ».

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“Les investisseurs gagnent de l’argent et les retraités perdent du temps” affirme Sinn. Le fait que le gouvernement allemand parle de mettre en œuvre des mesures « pour gagner du temps » ne peut être interprété que d’une seule manière : Angela Merkel et ses ministres ont pris le parti des investisseurs privés.

Mais comment a-t-on pu en arriver là ? Pour Sinn, « la puissance de feu de l’industrie de la finance » a permis d’obtenir d’excellents résultats dans sa stratégie d’influence de l’opinion publique. Et c’est pour cette raison que les responsables politiques européens ont fini par considérer que la solution à la crise consistait effectivement à ramener la confiance chez les créanciers des pays du sud grâce à l’argent des contribuables des pays du Nord.

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D’une certaine façon nous croyons comprendre que la position conciliante actuelle de Merkel n’est pas garantie après l’élection… Faut-il alors s’attendre à des réveils agités ?

Sinn, la compétence au service du décapage ».

Bruno Bertez, le 21 décembre 2012

 

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