« Il a dit qu’il allait me retrouver, me décapiter »

première publication le 18 sept 2014

Source: l’Humanité
Deux syndicalistes CGT et un militant PCF ont été menacés de mort mardi soir, à Paris, alors que les coiffeuses sans papiers en grève attendent toujours d’être régularisées.

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Elles se sont battues contre la surexploitation et les salaires de misère, elles ont bravé la menace de ne plus jamais pouvoir retravailler dans le quartier en se mettant en grève contre leur patron, et aujourd’hui, les salariées sans papiers du 57, boulevard de Strasbourg (10e), à Paris, doivent continuer à lutter chaque jour en craignant pour leur sécurité. En organisant un rassemblement hier, au lendemain de l’agression de deux syndicalistes CGT et d’un militant PCF, la CGT de Paris et les militants communistes du 10e arrondissement ont voulu interpeller les pouvoirs publics sur l’urgence de la situation au salon de beauté afro.

Une vingtaine de militants CGT et PCF, ainsi que plusieurs élus communistes étaient présents pour dénoncer cette agression. Un voeu des élus de la majorité de gauche a été déposé au conseil d’arrondissement, lundi, et le sénateur PCF de Paris, Pierre Laurent, a écrit un courrier à la préfecture.

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« Alors qu’une équipe de France 3 avait passé toute la journée à filmer à Château-d’eau, un individu est venu au salon pour nous dire que c’était son territoire, et qu’il allait me retrouver,me décapiter et décapiter mes enfants et toute ma famille », rapporte Maryline Poulain, responsable à l’union départementale CGT de Paris, en charge des questions des migrants, qui soutient les salariés du salon depuis le début de la lutte, au printemps.

Si la menace visait directement la syndicaliste, les propos semblaient également adressés aux deux autres militants présents : une déléguée CGT de Paris ainsi qu’un adhérent du PCF local. Ils ont tous trois porté plainte. « La police a bien compris que c’était sérieux, ils nous ont même dit de faire attention aux coups de rasoir », explique Maryline Poulain, encore sous le choc.

D’après les salariés du salon, l’homme qui a proféré ces menaces avait déjà agressé un militant CGT lors d’une précédente mobilisation dans un autre salondu quartier, au 50, boulevard de Strasbourg.

Pourtant, alors que les travailleurs sans papiers ont déposé plainte le 6 août pour « traite d’être humains », en dénonçant en détail l’organisation mafieuse des salons du quartier, et malgré la pression qui ne cesse de s’accroître sur les dix-huit salariés en lutte et leurs soutiens, le silence de la préfecture de police reste assourdissant.

« Est-ce qu’il va falloir qu’il y ait des blessés pour qu’ils réagissent ? » s’insurge Patrick Picard, secrétaire général de l’union départementale CGT de Paris. « On savait qu’ils étaient dangereux quand on s’est mis en grève, mais c’est difficile à supporter, d’entendre à chaque fois qu’on passe dans la rue les patrons des salons dire qu’ils espèrent que ça finira mal pour nous. On ne comprendpas pourquoi la police n’intervient pas », dénonce Aminata, l’une des coiffeuses du salon, qui malgré tout, affirme qu’elle ne « se décourage pas du tout ».

L’un des salariés présents affirme par ailleurs avoir été menacé par l’un des anciens gérants du salon. Pour Maryline Poulain, c’est clair : « Si la préfecture ne fait rien contre ces patrons et renvoie ces salariés dans la clandestinité, c’est qu’ils cautionnent ce système mafieux. »

Avant le début de la grève, fin mai début juin, les salariés du salon étaient payés à la tâche, et de manière très irrégulière, arrivant péniblement à atteindre 500 euros de rémunération mensuelle pour plus de douze heures de travail par jour, six jours sur sept. Grâce à la mobilisation, elles étaient parvenues à être déclarées, ouvrant la voie à une régularisation par le travail, mais comme mesure de rétorsion, le propriétaire avait placé le commerce en liquidation fin juillet, compromettant de fait la démarche. ■

par Loan Nguyen de l’Humanité le 18 sept 2014