Irlande : Un “succès” de l’austérité que la population paye cash

Lu et vu sur Fortune

L’Irlande est le premier pays de la zone euro à être sorti du plan d’aide de la troïka. Le 7 janvier, le pays revient sur les marchés financiers et emprunte à bas prix. La reprise est là: le taux de chômage est en décembre 2013 à 12,1% pour 14,7% un an auparavant. Le ministère des Finances se félicite du taux de croissance de l’économie (2% attendu en 2014). L’Europe se réjouit de ce succès. Mais est-ce vraiment un succès ?

En Irlande, les habitants ont vu leur vie et leur avenir complètement ravagés par l’austérité. Et malgré le retour de l’Irlande sur les marchés, eux ne voient pas leur vie s’améliorer.

Comment l’Irlande en est-elle arrivée là ?

Dans les années 90 et 2000, l’Irlande était une nation prospère, essentiellement portée par le secteur de la construction. Des chantiers fleurissaient un peu partout. Et les Irlandais étaient nombreux à emprunter, parfois plusieurs fois. Les banques suivaient. Les prix de l’immobilier atteignaient des sommets. Mais en 2007-2008, la bulle immobilière explose. Les prix chutent et emportent avec eux les banques, achevées par la crise financière mondiale.

 

Le gouvernement irlandais se voit obligé de les renflouer pour les sauver. Coût : 90 milliards d’euros. La dette publique passe de 25% du PIB à plus de 120%. Le pays rentre de plein pied dans la crise de la dette souveraine en zone euro.

Il doit alors accepter en 2010 un plan de sauvetage global de 85 milliards d’euros concocté par la troïka FMI-BCE-Commission européenne en échange de mesures d’austérité drastique.

L’Irlande refuse de toucher à son taux d’impôt sur les sociétés de 12,5%, taux très bas qui lui a permis d’attirer de grosses multinationales telles que Google, Facebook… au grand mécontentement de ses voisins européens.

L’impôt n’a pas bougé. Mais le niveau de vie des habitants, oui. Parmi les mesures prises par le gouvernement : licenciement de 12% des fonctionnaires entre 2008 et 2015, baisse de leurs salaires, réduction des allocations de chômage (passées de 144 à 100 euros par semaine pour les 22-24 ans, et de 184 à 144 pour les plus de 25 ans), augmentation de la TVA, de l’impôt sur le revenu, mise en place d’une taxe sur l’eau et la propriété,…

Un exode massif

La société caritative Saint Vincent de Paul a ainsi dû augmenter son aide directe aux familles de 50% entre 2008 et 2012. L’aide pour les dépenses énergétiques a augmenté de 200% depuis 2008 et celle pour les frais scolaires, de 22%.

La population irlandaise est assommée. Il n’y a pas eu de grands manifestations, comme dans d’autres pays. Ce n’est pas son style. Mais la rancœur est bien là.

De pays d’immigration, l’Irlande est devenue un pays d’émigration massive. 300.000 personnes ont quitté l’Irlande pour trouver un emploi à l’étranger depuis le début de la crise.

Et si le gouvernement, la troïka et certains économistes se réjouissent du “succès” des mesures prises, le FMI rappelle qu’il reste encore de nombreux défis à relever pour l’Irlande.

Les banques sont encore fragiles et la dette élevée. En outre, l’Irlande a tourné son économie vers l’exportation, ce qui la rend dépendante de ses partenaires. Et enfin, la demande intérieure reste très déprimée à cause de l’endettement des ménages et des mesures d’austérité.

RTBF

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