Ivan Rioufol répond à l’éditorial du «commissaire» Laurent Joffrin

CONTROVERSE – Dans son éditorial du Nouvel Observateur, Laurent Joffrin s’en prend violemment à Eric Zemmour, Elisabeth Lévy et Ivan Rioufol qu’il accuse de derive «xénophobe, antieuropéenne et nationaliste». Pour l’éditorialiste du Figaro, son confrère est intellectuellement malhonnête.

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Dans son éditorial du Nouvel Observateur, intitulé «Je suis épouvanté», Laurent Joffrin vous accuse, ainsi qu’Elisabeth Lévy et Eric Zemmour, d’être à l’origine d’une «dérive idéologique inédite depuis la guerre» et dénonce «le retour d’une conception ethnique de la nation qu’il faudrait préserver de la corruption étrangère, musulmane ou juive». Que vous inspire cet article?

Ivan Rioufol: Je suis épouvanté à mon tour par la haine, la violence et la grande stupidité de l’argumentaire de Laurent Joffrin qui, parodiant Léon Blum, en appelle à sa prétendue lucidité pour nous désigner au peloton d’exécution. En France, les fascistes se nomment désormais Elisabeth Lévy, Eric Zemmour et Ivan Rioufol. Or, nous sommes tous trois des démocrates qui nous battons pour que la France préserve ses acquis de civilisation, de culture et de républicanisme. Cela illustre bien la maxime de Nicolas de Chamfort : «En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin.»

Laurent Joffrin vous reproche plus précisément de reprendre à votre compte l’idée du «grand remplacement» de l’écrivain controversé Renaud Camus. Partagez-vous réellement les thèses de celui-ci?

J’ai beaucoup d’admiration pour l’écrivain Renaud Camus et pour son courage. Mais il vient ici comme un cheveu sur la soupe. Depuis qu’il est au Nouvel Observateur, le commissaire Joffrin s’est fait une spécialité de dénoncer les journalistes déviants. Au-delà de ses convictions, on peut se demander s’il n’a pas un problème à régler avec sa propre histoire sachant les relations de son père avec Jean-Marie Le Pen et ses propres liens avec lui lorsqu’il était jeune homme. Joffrin est intellectuellement malhonnête. Il me reproche non pas une opinion, mais une arrière-pensée. Il s’indigne du fait que, dans un récent bloc-notes, j’ai qualifié la commission européenne de «remplaciste». De ce terme, il développe un chapitre délirant. Par ce mot, je veux signifier que la commission européenne a avalisé depuis 2004, et sans consulter les peuples, la fin du processus d’intégration au profit d’un nouveau modèle multiculturel. Joffrin me fait parler d’ «invasion» islamique, terme que je n’emploie pas. En bon stalinien, il procède par amalgame et me fait dire ce qu’il voudrait entendre. Mais non, je ne pense pas que «l’islam se transmet par la naissance» et je fais au contraire confiance à la majeure partie des musulmans pour s’intégrer dans le modèle républicain. Mon combat est dirigé uniquement contre l’idéologie totalitaire de

l’islam politique. Ce n’est visiblement pas le combat du patron du Nouvel Observateur.

Au-delà des accusations personnelles, Laurent Joffrin compare la situation politique actuelle à celle des années 30. Que pensez-vous de cette comparaison? A-t-elle un sens?

Cela révèle la panique de cette gauche qui a perdu la bataille des idées, perdu son magistère moral, et n’arrive plus à débattre sans se réfugier dans la calomnie. La référence récurrente aux années 30 est idiote: aujourd’hui les peuples aspirent, au contraire, à plus de démocratie. Dans son papier, Joffrin fait référence à Marcel Déat, député SFIO qui a basculé dans la collaboration. Il devrait méditer son parcours. Déat a d’abord été, comme Joffrin, un néo-socialiste, antiraciste, antifasciste, pacifiste, qui s’est ensuite déshonoré au nom de «l’apaisement» avec l’Allemagne nazie. C’est ce chemin qu’emprunte Joffrin quand il s’aveugle, au nom de» l’apaisement» avec le fascisme islamique qui tente de subvertir certaines cités, sur les vrais dangers qui, en France, menacent la démocratie, la république, la liberté d’expression, la laïcité, l’égalité homme-femme. Joffrin est un benêt dangereux.