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Jacques Attali : « Sans fédéralisme, c’est la fin de l’euro »

Jacques Attali, ami de Sarkozy soutien de François Hollande et conseillé de Mitterrand, a une qualité: il dit tout haut ce que les candidats UMP/PS/Modem vous cachent pendant les campagnes électorales. Après avoir avoué qu’il était nécessaire de faire entrer encore plus d’immigrés, il vient de déclarer à l’occasion d’une interview pour le journal Jeune Afrique que « Sans fédéralisme, c’est la fin de l’euro ». Et pour lui se sont les euro-bonds que proposent Hollande, Sarkozy et Bayrou qui nous permettrons de faire le grand saut.
Même si ces euro-bonds relèvent de la pure fumisterie, Attali dit clairement que voter pour les candidats « euro-bonds » c’est voter pour un président qui n’aura pas plus de pouvoir qu’un sénateur.
Il est aussi remarquable de voir comment le protectionnisme et l’instauration d’une politique industrielle font leur retour dans la bouche de ceux qui ont organisé l’ouverture des frontières et la destruction de l’emploi en France ( notamment dans le cadre du traité de Lisbonne, rejeté par les français, mais adopté par le PS, Le Modem et l’UMP). Mais si nos beni-oui-oui osent en parler, ils sont incapables de franchir le rubicon qui consisterait à rompre avec le dogme idéologique qui leur sert de guide depuis 30 ans.

Autant dire que leurs propositions ne sont que des promesses sans lendemain.

Jeune Afrique : Qui a été sanctionné par Standard & Poor’s (S&P) ? Nicolas Sarkozy pour avoir laissé filer la dette ? La France pour son modèle social devenu hors de prix ? Ou la classe politique, qui n’a pas voté un budget équilibré depuis 1974 ?

Jacques Attali : L’équilibre budgétaire n’est pas une fin en soi. Et il existe de la bonne dette. Si elle n’excède pas 60 % du PIB, si elle est consacrée aux investissements et si le taux de croissance est supérieur, ou voisin, aux taux d’intérêt, elle est même excellente. Le modèle social français n’est hors de prix que parce que l’on a massivement baissé les impôts sans réduire les dépenses publiques. Cette tendance a débuté sous le gouvernement de Lionel Jospin, en 2000. Ensuite, ce dérapage s’est accentué avec la crise financière venue d’Amérique, en 2008. La seule réponse a été de laisser filer les déficits en croyant que cette crise était passagère.
S&P sanctionne aussi les pays européens parce que leurs dirigeants ne sont pas allés assez loin pour « répondre aux problèmes financiers de la zone euro »…
L’euro disparaîtra s’il n’y a pas de fédéralisme, car une monnaie ne peut exister sans pouvoir politique. Ensuite, chaque pays doit mettre de l’ordre dans ses finances, mais si on ne fait que cela, on aura une récession cumulative. Il faut appuyer sur la pédale de frein, mais aussi sur l’accélérateur. Et ça, seule l’Europe peut le faire.Or, en tant que structure juridique, l’Union européenne n’a pas de dette. C’est une anomalie qu’il faut corriger. La zone euro doit être dotée d’une recette fiscale autonome – que ce soit la taxe sur les transactions financières ou une TVA européenne – afin de disposer d’un budget propre, de pouvoir emprunter et de financer ses investissements. Il s’agit des euro-obligations. Et là, nous basculerions dans le fédéralisme. D’une certaine façon, nous y sommes presque, puisque la Banque centrale a ouvert toutes les vannes en achetant une grosse quantité de titres et en mettant beaucoup d’argent en circulation. Mais il faut aller plus loin.

L’Europe défend le libre-échange, notamment dans les négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais un autre protectionnisme, fondé sur des normes environnementales et sociales, est-il envisageable ?
Il faut le faire. Les Européens ont choisi de donner la victoire aux consommateurs, car il y a un théorème simple : tout consommateur est un électeur, moins de la moitié des électeurs sont des travailleurs. Cette tyrannie du consommateur-électeur, qui veut acheter toujours moins cher, est suicidaire. Sauf si nous avons l’intelligence, pour reconstruire notre industrie, d’investir massivement dans l’éducation et l’innovation pour être en avance sur les Chinois et les autres. Ce que nous ne faisons pas.