Jacques Julliard : « L’islam et l’islamisme ne sont pas deux choses séparées »

Alors qu’il publie un livre sur la gauche et le peuple, Jacques Julliard raconte son ami Jean d’Ormesson disparu, son engagement dans le syndicalisme, l’avenir du PS… et l’islam. Confessions d’un esprit du siècle.

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Vous suggérez que la gauche fait preuve de naïveté face aux dangers de l’islamisme présents à travers ce que vous appelez le « néocléricalisme musulman », et qui s’exprime dans les interdits alimentaires et « les mômeries sur le costume des femmes »…

En acceptant le « cléricalisme » musulman après avoir refusé le cléricalisme catholique, une partie de la gauche se prépare des lendemains difficiles et une plus grande difficulté de l’intégration des musulmans dans la société française. Ce n’est pas par hostilité à l’islam, mais par compréhension de l’islam et des problèmes des musulmans d’aujourd’hui, que je pense qu’il faut être intransigeant à l’égard de l’islamisme.

Le fait que de plus en plus de femmes musulmanes se voilent est, selon vous, un signe d’un islamisme en marche… N’assimilez-vous pas islam et islamisme ?

L’islam et l’islamisme ne sont pas deux choses séparées. Avec l’islamisme, nous sommes entrés dans la volonté de l’islam de jouer un rôle politique en France. Il est évident que toutes les manifestations publiques concernant le costume et l’alimentation – qui étaient beaucoup moins virulentes autrefois – se sont réveillées au contact de l’islamisme. C’est cela que j’appelle la tentation « cléricale » chez les musulmans, ce n’est pas seulement la tentation terroriste.

Tout comme dans le catholicisme, où cléricalisme et religion ne sont pas deux choses qui « n’ont rien à voir », hélas.

Une société qui n’accorde pas une place suffisante à la transcendance est-elle vouée à la déliquescence ?

Toute une série de bons esprits allant de Benjamin Constant à Tocqueville, jusqu’à Renan et bien d’autres, pense que si on ne fait pas une place à la transcendance dans la société, elle va se nicher là où elle n’a rien à faire, c’est-à-dire dans la politique. Une des faiblesses de la République dont je me réclame est de ne pas avoir compris cet enjeu. En réalité, la plupart des Républicains pensaient que la religion allait disparaître, que c’était un fantôme du passé. Il est vrai que la pratique religieuse en France diminue. Mais le besoin de transcendance n’a pas diminué. On peut même penser qu’il a progressé. […]

La Vie