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Jean Cau: Le colonialisme américain, le gaullisme, la nation, et la gauche.

Cette vidéo date du monde d’avant. On y voit des gens s’exprimer librement, sans fioritures, sans fausse pudeur. Ceux qui s’expriment n’ont pas l’air de devoir s’excuser de ce qu’ils sont, de ce qu’ils pensent. Dans ce monde d’avant on fumait sur les plateaux télé. On y buvait aussi. Les mots que l’on y entendait ne sont plus d’usage aujourd’hui… Et on ne peut s’empêcher de penser que c’était bien la liberté…. et que c’était mieux avant….


Le colonialisme américain par FrenchCarcan

Comment Jean Cau est passé de la gauche à la droite

(…)Plus tard, je rencontre Sartre, je deviens son secrétaire et me voilà engagé dans les sections de l’intelligentsia française et je découvre, non sans quelque stupeur, que tous ces intellectuels étaient d’origine bourgeoise mais adoraient et le peuple et la gauche. Tiens, me dis-je, quelle bonne surprise! Ces gens n’ont jamais vu un ouvrier de leur vie, ils ont des domestiques et des bonnes mais ils sont de gauche. C’était parfait mais je considérais tout cela d’un œil assez critique et même assez narquois. Si bien que si j’ai été un intellectuel de gauche pendant ces années, j’ai été un intellectuel de gauche curieux, sceptique, en alerte et avec un énorme fond d’ironie.

Et puis, peu à peu, j’ai vu de quoi était fait cette espèce d’idéalisme. D’une énorme naïveté et plus encore au niveau des individus, de mes confrères intellectuels, romanciers, philosophes, etc.,

il s’agissait d’une liquidation de leur propre enfance et les explications de leur adhésion à la gauche auraient parfaitement eu leur place dans un manuel de freudisme à l’usage des populations sous-développées. C’était à qui liquiderait sa classe, sa famille, son passé dont il avait honte et qui lui pesaient. En bref, leur démarche était proprement névrotique et ils allaient au peuple plus par haine de leur classe, par haine de leur famille, par rejet de leur milieu d’origine que par une adhésion profonde, vraie, vivante. Ils allaient au peuple parce qu’ils n’en sortaient. Moi, pourquoi vouliez-vous que j’y allasse puisque j’en sortais et que je le connaissais ce peuple, et que je l’aimais et que j’en étais.

Ensuite, ce fut le fantastique coup de tonnerre du Rapport Krouchtchev. Je savais bien personnellement ce qui se passait en Union soviétique. J’avais lu Trotsky, j’avais lu Souvarine et Balabanov, j’avais même lu les comptes rendus des procès de Moscou de 36 et de 38 et donc les écailles depuis longtemps m’étaient tombées des yeux. Mais c’est une chose d’entendre quelqu’un dire que Dieu n’existe pas et c’en est une autre de l’entendre affirmer par le Pape au balcon de Saint-Pierre, vous comprenez. Lorsque Krouchtchev a proclamé que Pépé Staline n’existait pas mais qu’il avait été l’un des plus abominables tyrans que la terre ait jamais porté, je me suis dit que cela allait réveiller ma fameuse intelligentsia. En quoi je me trompais. Alors vous voyez que l’évolution que l’on me prête de la « gauche » à la « droite » est beaucoup moins sèche, beaucoup moins précise qu’on ne le pense. Je n’ai pas eu une nuit pascalienne où j’ai abjuré mon passé. Cela a été une mise en question assez difficile parfois, parce qu’il faut abandonner des amis, abandonner un milieu, des foules de choses. L’exercice ne va pas sans mal et il y faut un certain courage. Il faut vraiment mettre sa lucidité au-dessus de tout. C’est ce que j’ai essayé de faire.

Q : Etes-vous réactionnaire, je veux dire: en réaction, ou conservateur, dans la mesure où il y a quelque chose à conserver de notre civilisation?

Jean Cau : Mais vous n’avez pas d’avenir si vous n’avez pas de passé! Tout se fait avec de la mémoire, avec de l’histoire, avec des traditions que l’on essaie justement de transmettre, de sauver, de faire revivre. Est-ce que les Corses, les Occitans, les Basques sont réactionnaires parce qu’ils veulent parler basque, corse, etc., et qu’ils veulent vivre au pays, comme ils disent. Voilà, ma foi, qui pourrait passer pour réactionnaire. Il se trouve que maintenant, parce que la gauche peut l’exploiter politiquement, elle dit que ce n’est pas réactionnaire. Eh bien, si! C’est réactionnaire. Lorsqu’il s’agit de réagir contre certaines modes, contre certains affaissements, contre certaines démissions, louée soit la réaction! Si l’on me dit, par exemple, que les gosses ne doivent pas se droguer, qu’il faut prendre les mesures les plus brutales, qu’il faut rétablir la peine de mort pour les trafiquants de drogue, je suis pour cette saine réaction!

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