Jean-Pierre Le Goff : «Le mythe Johnny, entre nostalgie des Trente Glorieuses et sacralisation du rebelle»

Je n’aime pas le répertoire de Johnny Hallyday. Il n’a jamais écrit une seule de ses chansons et celles qui l’on rendu célèbre furent de simple traduction  des  standards du rock américain. Sa musique était  médiocre, son jeu de guitare rudimentaire  et  si ses chansons furent des rengaines populaires sympathiques elles ne possédaient pas la dimension poétique que véhiculent celles par exemple de Barbara ou de Léo ferré.

La France n’a donc pas perdu un grand artiste hier soir;  elle a  perdu bien plus.

Elle a perdu une star, une légende, un fantasme, une icône, un mythe.  Johnny c’était l’incarnation des années yéyé, celle d’une France émancipée des miasmes de la guerre, celle d’une adolescence éternelle. Johnny c’est la France d’avant l’Islamisation, le multiculturalisme, la domination idéologique et culturelle de la gauche.

Johnny Hallyday est et restera  pour les français un morceau de patrimoine; il était le rêve renversée du peuple, l’accomplissement libéral qui fait encore fantasmer aujourd’hui le petit employé blanc obligé de se lever tôt pour aller au chagrin tous les matins.

Le déchainement médiatique et populaire autours de sa mort n’est donc pas une surprise.  Mais cette hystérie d’émotion conditionnée ne doit pas nous interdire de réfléchir au phénomène et au mythe Johnny Hallyday. Comment en est-on arrivé à vouer une véritable dévotion a un chanteur de variété alors que la mort de personne bien plus valeureuse est passée souvent inaperçue? Que dire d’une société qui se met à traiter en immortel des rockers alors que les enfants qui sortent de ses écoles ne savent le plus suvent ni lire et écrire?

Jean-Pierre Le Goff dans une interview publiée par le Figaro revient sur le mythe Johnny Hallyday .

Le grand sociologue explique pourquoi Johnny Hallyday a pris tant de place dans notre imaginaire collectif. Pour lui le chanteur, figure de l’adolescent éternel, permettait l’idéalisation de la France d’avant la crise.


LE FIGARO. – La mort de Johnny Hallyday a déclenché une très forte émotion collective. Comment expliquer une telle popularité? Est-il devenu une mythologie nationale?

Jean-Pierre LE GOFF. – Oui, sans nul doute, et il y a plusieurs raisons à cela. Cette mythologie combine une forte nostalgie pour les années de sa folle jeunesse pour une partie de la population mais aussi pour la France d’avant la crise, celle des années 1960 et de la dynamique des Trente Glorieuses, à laquelle s’ajoute l’image du rockeur, perpétuel rebelle, qui est devenu l’un des traits marquants de la culture des sociétés démocratiques. Johnny Hallyday est l’incarnation nationale d’une culture rock qui transcende les âges et les catégories sociales. En ce sens, on pourrait dire qu’il est un facteur d’unité nationale, que l’on apprécie ou non ses interprétations.Il n’en a pas toujours été ainsi. Quand Johnny Hallyday est apparu sur scène à la fin des années 1950 et au début des années 1960, il a suscité critiques et indignation d’une partie de la population, des journalistes et des intellectuels…

Comment expliquer une telle réaction alors qu’aujourd’hui l’hommage est unanime?

Au départ, Johnny Hallyday est l’une des grandes figures du phénomène des «yé-yé», qu’Edgar Morin en son temps avait très bien décrit. Il incarne une rupture générationnelle au sein même d’une France en pleine mutation, la montée d’une nouvelle classe d’âge, l’adolescence, dont les comportements inquiètent alors beaucoup d’adultes. Les premiers rockeurs francisaient à leur façon le rock venu de l’autre côté …

Le Figaro

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